Des idées de politiques économiques pour gérer la crise

«Chantier 1: ce chantier vise à renforcer et même à développer notre industrie québécoise et canadienne en matière de fabrication d’équipements médicaux et paramédicaux», mentionne l'auteur.
Photo: Alberto Pizzoli Agence France-Presse «Chantier 1: ce chantier vise à renforcer et même à développer notre industrie québécoise et canadienne en matière de fabrication d’équipements médicaux et paramédicaux», mentionne l'auteur.

La crise de la COVID-19 est sans précédent dans l’histoire récente. Nos gouvernements sont mis à rude épreuve pour agir rapidement, et ce, dans un contexte de grandes incertitudes. L’idée maîtresse de cette réflexion est qu’il est possible, pour le Québec comme pour le Canada, de concevoir des interventions de l’État de manière à faire « d’une pierre trois coups », c’est-à-dire de permettre à la fois de gérer la crise sanitaire, de soutenir l’économie pendant cette pause obligée et de rebondir rapidement après la crise si nous appuyons nos interventions sur une vision à long terme de la société.

La forte progression du virus et la dégringolade de l’économie forcent les gouvernements à mettre en place rapidement des mesures qui permettent de soutenir le système de soins de santé afin de répondre à la demande de soins, que l’on tente de réduire par des mesures de confinement et de précaution dans l’espoir d’aplatir la courbe de propagation du virus et de soutenir les travailleurs et les entreprises qui sont forcés à l’arrêt durant cette crise sanitaire et pour stabiliser le système financier.

Il faut espérer que d’ici quelques mois, des médicaments viendront changer la donne complètement, et ce serait tant mieux ! Cependant, il serait plus sage de garder cet espoir tout en gérant la crise et en mettant en place dès maintenant des politiques pour favoriser un rebondissement de l’activité économique après la crise. Il s’agit donc de gérer la crise en ayant une vision de la sortie de crise.

Le monde de l’après-COVID-19

Il faut toutefois prendre en considération qu’au lendemain de cette crise, les choses ne seront plus jamais comme avant. À cet égard, cinq constats s’imposent déjà.

Plus de gouvernement : Les gouvernements seront à la fois plus endettés et plus présents dans la société et dans l’économie ;

Plus de commerce électronique, de télétravail, de numérique et de robots : Ces activités auront pris des proportions très importantes et auront fait basculer nos sociétés dans l’ère numérique plus rapidement que nous l’avions escompté ;

On note une poussée vers la démondialisation et peut-être vers les échanges interprovinciaux.

De plus fortes préoccupations écologiques : Les préoccupations écologiques, couplées à de nouvelles tensions sociales, rendront les décisions collectives plus ardues et plus complexes ;

Enfin, de nouvelles formes de coopération entre le secteur privé et le secteur public s’imposeront.

En tenant compte de cette nouvelle réalité qui va s’imposer, il est important d’avoir une vision à long terme pour le Québec. Cette vision est d’abord celle d’une société dotée d’une « réserve stratégique » pour faire face à d’autres crises. En effet, il s’agit de constituer un « grenier » réel et virtuel de denrées, d’équipements et d’autres ressources humaines et matérielles qui accélérerait notre capacité à répondre — et probablement à meilleurs coûts.

Il s’agit aussi d’une société soutenue par des écosystèmes régionaux et sectoriels robustes et efficaces qui sont capables de gérer la triple transition — démographique, écologique et numérique — que notre monde doit réaliser.

Finalement, cela serait une société animée par un gouvernement décentralisé vers ses régions qui s’appuie sur les outils du numérique et de l’intelligence artificielle pour rejoindre les citoyens, afin de leur offrir ses services et de renouveler la participation démocratique dans le respect de leur vie privée.

Comment passer à l’action et mettre en œuvre cette vision ? Quatre chantiers de travail public-privé sont proposés dans l’immédiat. Ces chantiers ont comme caractéristiques communes d’aider immédiatement à la gestion de la crise, de soutenir nos économies dans presque toutes les régions et de mieux positionner certains secteurs-clés du monde quand la COVID-19 sera chose du passé.

Chantier 1 : ce chantier vise à renforcer et même à développer notre industrie québécoise et canadienne en matière de fabrication d’équipements médicaux et paramédicaux, en collaboration avec les autres provinces et le gouvernement fédéral.

Chantier 2 : ce chantier a pour objectif de renforcer notre industrie agroalimentaire locale en accélérant son passage vers le numérique, favorisant ainsi l’adoption de normes de sécurité alimentaire, de traçabilité et de logistique de haut niveau.

Chantier 3 : ce chantier veut accélérer la transition vers le numérique et la robotisation de nos infrastructures de transport et de logistique.

Chantier 4 : à ces trois chantiers vient se greffer un projet de constitution d’une « réserve stratégique » pour faire face aux prochaines crises.

Ces chantiers sont donc des projets ciblés pour renforcer la réserve stratégique en temps de gestion de crise, pour fortifier nos écosystèmes régionaux et sectoriels, et pour décentraliser et déconcentrer les activités gouvernementales en numérisant une plus grande partie de l’activité gouvernementale.

Cet ensemble de recommandations peut dès maintenant être mis en branle afin de placer le Québec et le Canada sur la trajectoire de sociétés qui ont surmonté la COVID-19.

Cette crise sanitaire sans précédent nous offre une belle occasion de positionner le Québec comme une économie moderne, inclusive et démocratique. C’est une occasion qu’il faut saisir.


 
10 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 2 avril 2020 00 h 40

    Et le financement?

    Je suis surpris que l'ex-président et chef de la direction de la Caisse de dépôt et placement du Québec ne nous conseille pas d'investir dans l'achat de papier commercial adossé à des actifs non bancaires (PCAA) pour financer ses chantiers.

  • Richard Lépine - Abonné 2 avril 2020 07 h 09

    Non, pas vous!

    Celui qui n'a pas vu venir la tempête parfaite du papier commercial et avait engagé la Cdpq dans ce type de marché qui a fait perdre des milliards de dollars au bas de laine des Québécois viendrait ici nous donner des leçons pour géré l'avenir de l'économie du Québec? À sa place je me garderais une petite gêne.

  • Réal Boivin - Inscrit 2 avril 2020 10 h 01

    ET IL EST PROFESSEUR ASSOCIÉ À HEC?

    Nos universités sont en déclin ou quoi?

    Après avoir perdu des milliards du bas de laine des québécois, il ose nous donner des ''conseils''. Non merci.

  • Yves Corbeil - Inscrit 2 avril 2020 12 h 08

    Je me serais garder une petite gène

    Le remboursement d'une partie des pertes était-il dans les cartons quand vous avez quitté la caisse ou cela a passé comme de la simple gestion de risque dans le millieu des actions financières. En plus vous n'êtes pas un séparatiste et ce que vous nous parler, pourrait aller pour un pays, pas une succursale canadian.

  • Daniel Tétreault - Abonné 2 avril 2020 12 h 44

    Décentralisation ?

    Honnêtement, je ne vois pas en quoi la décentralisation des pouvoirs administratifs et politiques est une avenue à privilégier. Pour l'instant, la crise actuelle laisse présager qu'il nous faut des leaders forts au plus haut de la chaîne de commandement. C'est tout le contraire des idées de M. Rousseau.