La tentation américaine de prendre un raccourci

Le président américain, Donald Trump
Photo: Alex Brandon Associated Press Le président américain, Donald Trump

Le confinement est le seul outil efficace pour arrêter la pandémie. Mais la distanciation sociale coûte cher sur le plan économique et, aux États-Unis, des voix, dont celle du président, s’élèvent pour dire qu’il faudrait peut-être envisager un changement de stratégie.

Dans son édition de jeudi dernier, le Wall Street Journal fait la proposition suivante en éditorial : « Rethinking the Virus Shutdown » (« Repenser la fermeture liée au virus »). En raison de leur faiblesse financière et de la lenteur bureaucratique de l’aide annoncée par Washington, « des millions d’entreprises iront en faillite et des dizaines de millions de travailleurs seront sans emploi… »

On concède qu’« il devrait y avoir des mesures sévères pour isoler et protéger les plus vulnérables de la société… », mais « aucune société ne peut protéger la santé publique durant longtemps au prix de sa santé économique ».

Conclusion : « L’Amérique a un besoin urgent d’une stratégie face à la pandémie qui est plus soutenable économiquement et socialement que la fermeture complète actuelle. »

Quand il parle de redémarrer l’économie à Pâques (dans moins de 14 jours), le président partage cette vision, qu’il a exprimée en majuscules dans un tweet il y a quelques jours : « We cannot let the cure be worse than the problem itself » (« Nous ne pouvons laisser le remède être pire que le problème lui-même »).

En conférence de presse, l’hôte de la Maison-Blanche a ajouté : « Nous n’allons pas laisser cela se transformer en un problème financier de longue durée. »

En entrevue à Fox News, lundi dernier, Larry Kudlow, conseiller économique de M. Trump, a explicité la pensée du président : « Nous ne pouvons pas fermer l’économie. Le coût est trop lourd pour les individus. » « Des compromis difficiles devront être faits », a-t-il ajouté, en précisant que cela se produira « si le confinement fait plus de mal que de bien ».

Dans les derniers jours, M. Trump a évoqué l’idée d’une classification régionale de la sévérité de l’effet de la COVID-19 pour redémarrer progressivement la machine économique américaine. Cette approche permettrait de défaire en douceur la politique de confinement.

Les statistiques vont bientôt commencer à sortir pour montrer la gravité de la situation : le chiffre de 3,3 millions de nouveaux chômeurs en une semaine (cinq fois le record précédent, atteint en 1982) illustre bien le caractère sans précédent de la tornade économique actuelle.

Quand entre 50 % et 60 % des travailleurs demeurent à la maison, l’impact sur le produit national brut est évidemment percutant. L’économiste en chef de la Banque Nationale, Stéfane Marion, prévoit une chute de 32 % du PNB du Québec au deuxième trimestre. (L’économie québécoise rebondirait de 42 % entre juillet et octobre.)

JP Morgan avance une chute de 41 % de l’économie chinoise au premier trimestre, tandis que la baisse serait de 22 % en Europe.

Deux grandes questions demeurent sans réponse pour l’instant :

1. Quand la courbe de la pandémie sera-t-elle vraiment aplatie ? (On parle de 14 jours sans nouveau cas après l’annonce de la dernière personne contaminée…) En prenant les paramètres chinois, la fin surviendrait dans la première moitié de mai au Canada. Mais chaque région touchée a probablement son modèle…

2. Les États ont sorti l’artillerie lourde : baisse des taux d’intérêt à près de 0 %, injection de centaines de milliards en liquidités par le rachat de titres gouvernementaux, assouplissements réglementaires et fiscaux et, surtout, distribution de centaines de milliards de dollars en subventions aux particuliers (dont 75 % du salaire des employés des PME affectées par la pandémie) et aux entreprises (dont 40 000 $ pour les PME). Ces interventions produiront un effet certain dans l’économie, mais dans combien de temps et avec quelle vigueur ?

L’action des gouvernements devrait être mieux concertée avec celle des banques, qui vont devenir souvent les « king makers » en désignant les PME survivantes et les entreprises perdues…

Une fois les outils d’appui financier mis en place, les gouvernements devront, pour gérer l’isolement des travailleurs, établir le plan de la phase 2 du confinement en proposant des initiatives de solidarité et d’entraide pour venir en aide à ceux et celles qui n’arriveront pas à gérer une situation familiale sans précédent.

L’aide gouvernementale apporte un baume aux malheurs des travailleurs et des dirigeants d’entreprise. Mais il faut résister à la tentation de vouloir accélérer le rythme de changement de la biologie du virus tout en priant pour la découverte rapide d’un vaccin…

Pour stopper la pandémie, il n’y a pas de plan B. Le confinement serait la seule solution qui marche vraiment. La tentation de vouloir tricher dans l’évolution biologique est une erreur qui retardera le retour à une situation sociale saine et forte. Ce sera peut-être au Canada de mettre des soldats à la frontière pour empêcher les Américains de trouver refuge dans un pays qui a eu la patience de lutter contre la pandémie jusqu’au bout.

5 commentaires
  • Françoise Labelle - Abonnée 30 mars 2020 09 h 38

    Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu'ils font

    Votre texte date de quelques jours.
    Depuis, l'oracle de Mar-a-lago, écoutant enfin le Dr Fauci plutôt que les Drs Fox, a prédit plus de 100,000 décès dans le royaume et il a frustré ses chrétiens de droite en reportant à plus tard l'ouverture pascale. Ceux-ci devraient prier pour ceux qui sont sacrifiés parce qu'on a coupé en science, comme nos conservateurs, et qu'on était pas prêt. Un comité sur la planification en cas de pandémie a été sacrifié à d'autres priorités, comme la bourse-casino et l'inutile armée.

    Les services de santé britanniques prévoient un arrêt de l'activité jusqu'en juin. L'idée de cibler certaines villes comme les chinois l'ont fait à Wuhan implique une quarantaine et des mesures musclées. N-Y n'est pas une ville quelconque. Outre les difficultés d'application, cette mesure contredit l'idée d'une réouverture précoce de l'économie. On relance la production mais qui achètera? Les endettés, les précaires sans protection qui forment le gros des emplois créés depuis 2010 selon Brookings? Selon Politico, outre 170 milliards pour les promoteurs immobiliers (!!) et 500 milliards pour les corporations qui ont déjà reçu 260 milliards de cadeaux fiscaux, sans compter l'intervention de la Fed qui prêtera aux entreprises (Art. 13.3), une partie des mesures devraient aller vers l'américain moyen qui risque d'être plus économe. L'injection de liquidités vient avec le risque d'inflation mais la chute de la demande vient avec un risque de déflation. On pense au prix du brut (pas à la pompe!). Les chiffres de certains états (Texas) révèlent l'absence de tests: pas de tests pas de virus.

    En 2004, l'outil des taux de la Fed ont eu peu d'effets (A.Tooze, Crashed, p.38). Les taux sont près de 0. À propos de Kudlow, en 2007, malgré l'imminence de l'éclatement de la bulle immobilière, les montages bancals défiant l'imagination dénoncés par ceux qu'on ne voulaient pas écouter, le conseiller de Trump clamait que les fondamentaux étaient solides.

  • François Beaulé - Inscrit 30 mars 2020 09 h 47

    L'éradication du virus ou l'immunité de la population

    Le pari de la Chine n'est pas seulement d'aplatir la courbe ou de ralentir la propagation du virus. C'est de tenter de faire disparaître le virus de son territoire. Les mesures qu'elle a dû prendre pour s'approcher de cet objectif sont très strictes. Elle a séparé les malades de leur famille autoritairement et contrôlé sévèrement les déplacements des individus. Et elle risque la recontamination par des voyageurs qui rentrent de pays étrangers. Le Canada est-il capable d'appliquer des mesures aussi strictes ? L'appareil de surveillance et de répression des États démocratiques n'est pas aussi développé que celui d'un dictature. Peut-il même assurer l'étanchéité de sa longue frontière avec les États-Unis ?

    Un simple ralentissement de la contagion augmenterait la durée de la période de confinement de la population et de la récession économique tout en endettant grandement l'État. Le choix de maintenir les bourses ouvertes et le refus de geler les hypothèques et autres emprunts imposent des dépenses gigantesques à l'État pour soutenir les entreprises et les particuliers. Combien de temps ces mesures seront-elles possibles ? Il faut mettre en lumière la contradiction des fortes dépenses de l'État pour stimuler l'économie et des mesures de confinement qui réduisent l'activité économique en contraignant la production et la consommation. Le gouvernement appuie très fort à la fois sur les freins et sur l'accélérateur...

    La population acceptera-t-elle une longue période de confinement qui ressemble à un emprisonnement à domicile ? Les jeunes notamment ont besoin de vivre leur jeunesse. Et ils sont particulièrement résistants au coronavirus. Serait-il possible de séparer la population entre les plus de 40 ans et les plus jeunes pour permettre à ces derniers de recouver leur liberté et de développer une immunité au virus ?

  • Yves Corbeil - Inscrit 30 mars 2020 09 h 52

    Encore Trump, «Damned if he does, damnes if he doesnt»

    Ça fait quatre ans qu'ils vous envoient à droite et qu'il se dirige à gauche. Il dit tout ce qui lui passe par la tête et vous êtes méchante gang qui répètent ses conneries sans prendre la mesure de ce qu'il fait vraiment pour son pays. Les erreurs passés de ne pas s'être préparer adéquatement pour faire face à une catastrophe de la sorte ne sont pas exclusivement américaines, ells sont mondiale car tous les pays ont négligé de mettre les ressources nécessaires dans la recherche. Ouin c'est ça, un pourcentage de ton PIB fixe afin que les scientifiques puissent poursuivre leur travail quand c'est l'accalmie. Parce que tous ce que l'on voit présentement PARTOUT, c'est une chorégraphie improvisée de tous les dirigeants mondiaux. Svp, arrêtez de nous les cassées avec Trump, le notre au Canada, yé cacher dans son bunker depuis le début de la crise pendant que les soldats se débatent avec les moyens du bord qu'il avait mis de côté pour faire face à une menace de la sorte. Et vous savez quoi monsieur, il suit le même chemin que celui que vous dénoncez depuis qu'il est au pouvoir au Sud à plus ou moins un infime détails près.

    Quand on aura notre pays, on pourra se vanter ou se cacher pour notre gestion de crise en attendant on fait comme les autres, on chorégraphie notre sortie de crise avec les moyens du bord pis notre gros bon sens à nous autres mais ya toujours Ottawa qui pends au dessus de notre tête.

    Pis votre niaiserie avec notre armé à frontière, vous nous démontré un jugement aussi déficient que celui dont vous prétendez depuis quatre ans qu'il en a pas.

  • Clermont Domingue - Abonné 30 mars 2020 10 h 15

    Bon sens.

    Je partage votre analyse et je suis d'accord avec votre conclusion de gros bon sens.

  • Donald Bordeleau - Abonné 30 mars 2020 10 h 18

    Encore quelque mois

    https://www.liberation.fr/france/2005/12/07/res1968-la-planete-grippee_540957

    On assiste probablement à une réplique de la grippe de Hong Kong qui venait de Wuham.

    Le principe de précaution est de rester à la maison.

    Bravo à tous.