La démocratie en quarantaine?

La crise actuelle nous rappelle toutefois que la démocratie et la participation publique ne peuvent être tenues pour acquises.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne La crise actuelle nous rappelle toutefois que la démocratie et la participation publique ne peuvent être tenues pour acquises.

En quelques jours, la COVID-19 a bouleversé la façon dont nous vivons, dont nous travaillons et dont nous socialisons. Notre économie, basée sur l’échange et sur la proximité, est frappée très durement par les conséquences de cette pandémie. On commence déjà à mesurer les effets de cette crise sanitaire sans précédent sur l’expression citoyenne et sur la démocratie : les travaux des parlements, les assemblées publiques et les consultations citoyennes sont suspendus jusqu’à nouvel ordre.

Notre démocratie s’est bâtie grâce à des impulsions citoyennes, qui sont au centre de la vie politique et qui ont donné une forme à notre gouvernement, à nos lois et à nos programmes sociaux. Au Québec, nous valorisons la participation citoyenne depuis longtemps et en 2020, plus aucune politique publique et plus aucun grand projet ne peuvent se permettre de faire l’économie d’une consultation.

La crise actuelle nous rappelle toutefois que la démocratie et la participation publique ne peuvent être tenues pour acquises. La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a annoncé la semaine dernière le report de toutes les consultations publiques prévues sur le territoire de la ville. Quelques jours plus tard, la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Andrée Laforest, a demandé à toutes les municipalités du Québec de reporter les consultations prévues nécessitant la présence physique de citoyennes et de citoyens afin de limiter la propagation de la COVID-19. En même temps, le gouvernement du Canada mène présentement une consultation publique passant inaperçue dont l’objectif est d’éliminer les évaluations environnementales exigées pour les forages exploratoires à l’est de Terre-Neuve-et-Labrador.

Tout cela n’est pas surprenant dans les circonstances, mais nous avouons bien candidement ne jamais avoir anticipé les effets qu’aurait une telle pandémie sur notre démocratie. Imaginez six, douze, dix-huit mois sans débat !

La COVID-19 constitue non seulement un danger pour la santé de la population, elle pose également un risque pour la santé démocratique et pour la culture de délibération du Québec.

Au-delà du défi colossal de santé publique, la situation qui prévaut aujourd’hui aura des effets sociaux et économiques sur des centaines de milliers de Québécoises et de Québécois, sur les entreprises et les organisations de la société civile, mais aussi, comme nous en prenons de plus en plus la mesure, sur la capacité des individus et des groupes à éclairer les choix politiques. Il y a fort à parier que ces conséquences seront ressenties bien au-delà de la crise actuelle.

Contraints de nous réinventer

La réponse collective aux nombreux ressacs que nous commençons tout juste à appréhender doit donner une place à la voix citoyenne, à l’écoute et au partage. Le gouvernement aura besoin de s’appuyer sur une diversité de perspectives pour passer à travers la crise et pour assurer une reprise durable, en allant au-delà des moyens de consultation traditionnels à sa disposition.

Le défi est considérable, car bien que la participation numérique ou en ligne prenne de l’ampleur, elle génère rarement dans ses usages actuels autant de valeur que les rencontres en personne. Cela ne doit pas nous empêcher d’expérimenter et d’utiliser le numérique, qui a encore des potentiels inexplorés et l’énorme avantage de permettre l’échange et la délibération à distance. Soyons imaginatifs, recourons aux technologies, mais sans perdre la parole des moins connectés, des moins lettrés et de toutes ces personnes qui sont les plus susceptibles de subir l’isolement et les contrecoups de la crise sanitaire dans laquelle nous sommes ensemble plongés. Ces voix doivent être entendues, maintenant plus que jamais.

Jusqu’à présent, la réponse du gouvernement du Québec est parfaitement à la hauteur. La population suit les mots d’ordre du trio Legault-Arruda-McCann. Nous encourageons tous les acteurs politiques, et en particulier le premier ministre François Legault et la ministre responsable des Institutions démocratiques, de la Réforme électorale et de l’Accès à l’information, Sonia LeBel, à prendre la mesure du défi démocratique qui nous guette. Il faut ensemble affronter ce tournant important dans la manière dont nous prenons part aux débats démocratiques.

Cette crise est l’occasion de nous distinguer, de faire la démonstration de la qualité et des bénéfices du dialogue social au Québec. Plus que jamais, nous avons besoin de miser sur la participation publique, afin que les citoyennes et citoyens puissent contribuer aux décisions collectives.

L’INM s’engage à travailler dans ce sens.

7 commentaires
  • Claude Saint-Jarre - Abonné 28 mars 2020 09 h 04

    Bravo

    À L'INM pour son désir ici exprimé. Je sens que les médias reprennent un peu du poil de la bête. S'ils demeurent, toutefois...L'INM a soutenu un mouvement, mais presqu'invisible à l'échelle de la population totale, l'écriture citoyenne de la Constitution,avec le professeur Christian Lapointe. Cela est à continuer,en proposant des ateliers constituants, dans l'esprit du livre Constituer le Québec. Et ce, régionalement.

  • Jean Duchesneau - Abonné 28 mars 2020 09 h 27

    Pourquoi cela n’est-il pas surprenant ?

    "En même temps, le gouvernement du Canada mène présentement une consultation publique (...) dont l’objectif est d’éliminer les évaluations environnementales (...) Tout cela n’est pas surprenant dans les circonstances (...) ". Julie Caron-Malenfant et Michel Cossette

    Est-ce normal pour un gouvernement d'utiliser à d'autres fins, le pouvoir exceptionnel qu'on lui a attribué afin de faire face à la crise sanitaire ? Çà n'est peut-être pas surprenant de la part du gouvernement Trudeau, mais çà ne devrait pas l'être pour un gouvernement minimalement "honnête". On se rappellera que la semaine dernière, ce même gouvernement a incidieusement tenté d'utiliser le parlement convoqué en urgence afin d'étendre son pouvoir discrétionnaire de dépenser. On se rappellera que cet homme de théâtre qui en campagne électorale s'est déguisé en géant vert pour après les élections se métamorphoser en "capitaine goudron".

    Mais est-ce si surprenant que Trudeau fils agisse à la manière du père qui, lors de la crise d'octobre, en avait profité pour utiliser la Loi des mesures de guerre afin de faire la chasse aux séparatistes. Qui lors du repatriment de la Constitution de 1982 a institué la Loi sur le multiculturalisme afin de dissoudre à jamais ce peuple de "mangeux de hot dog.

    Bas les maques !

  • François Beaulne - Abonné 28 mars 2020 09 h 36

    Pour un régime présidentiel

    D'accord avec les commentaires de Monsieur Saint-Jarre. J'ajouterais que, tant qu'à parler constitution, pourquoi ne pas saisir l'occasion de cette pandémie du covid-19 pour en tirer des leçons plus larges sur notre vie démocratique.
    En ce sens, la principale, voire même la seule proposition au menu est l'introduction d'un mode de scrutin proportionnel dont les impacts sur notre pérennité comme nation francophone en Amérique reste à être démontré.

    La crise actuelle placera les Québécois dans un sérieux dilemme lors des prochaines élections. Si 94% des Québécois se disent satisfaits de la façon dont le PM Legault gère cette crise sans précédent, et avec raison,, ils seront fortement tentés de lui confier un second mandat. Mais cette confiance bien méritée pour l'individu n'est pas automatiquement extensible à l'ensemble de son parti.

    Or, dans le système actuel, devient chef du gouvernement celui qui dispose du plus grand nombre de sièges au parlement. Si on souhaite une personne en particulier comme chef de gouvernement (et ça pourrait s'appliquer) au PM Legault) mais qu'on ne se sent pas d'affinités particuilières avec son parti, on doit voter pour son parti quand même.
    Pour rendre le processus plus démocratique et plus représentatif de nos choix on devrait pouvoir scinder le vote pour le chef du gouvernement et celui pour l'ensemble des députés.
    Cette mesure serait, de plus, davantage conforme avec le principe démocratique fondamental de séparation des pouvoirs.
    Après tout, le chef du gouvernement de la Catalogne, qui n'est pourtant pas un pays souverain, ne s'appelle t'il pas Président?

  • Jean-François Trottier - Abonné 28 mars 2020 10 h 38

    Rarement vu autant de "citoyen" au pouce carré

    Chaque fois que je lis "citoyen", je crois voir en même temps que je suis un sous-homme.

    Parfois j'écris mon opinion, surtout je critique les prétentieux, dans ce journal.
    Suite à ma "carrière" en gestion, je ne crois pas aux grands bouleversements, toujours entièrement payés par les plus faibles. Les humains, que je respecte et aime, demandent du temps pour s'adapter, même aux changements nécessaires.

    Je ne descend pas dans la rue. Je ne revendique rien sinon le respect dû aux êtres vivants.
    Je crois aux racines, à la terre que je dois à mes petits-enfants, et donc je donne ce que je puis à mes enfants.
    Ça ne fait pas de moi un "citoyen".

    Quanf je lis "action citoyenne", je comprends "mobilisation", un discours guerrier que je déteste. Je ne suis pas, je n'ai jamais été en guerre contre nos dirigeants qui sont, selon ce discours, tous vendus.
    Oh! J'en ai détesté, comme le snob et prétentieux Pierre Eliot Trudeau, "que voulez-vous" Chrétien et son émule Justin qui jouent les imbéciles, l'incompétent Charest, la nullité Couillard enfirouapé dans sa fatuité.

    Alors, qu'est-ce que c'est, cette "action citoyenne" ?
    On jurerait qu'elle recouvre l'idée que tout le monde doit penser pareil et demander "solidairement" la même chose d'un même cri au nom de la démocratie, de la liberté, de la justice, de bien beaux mots qui, utilisés habilement, obligent à agir, comme dans "action", et surtout pas réfléchir. De quels débats parlent les auteurs si la cause est entendue d'avance?
    Je place donc "citoyen" sur la même tablette des "beaux mots", et ça ne me redonne toujours pas ma dignité.

    En passant,
    "Notre démocratie s’est bâtie grâce à des impulsions citoyennes" est archi-faux. Elle s'est implantée dans une lutte à mort entre les pouvoirs terrien et financier. En toute mâlitude, en plus.
    "Imaginez six, douze, dix-huit mois sans débat !" S'il n'y a aucun débat, qu'est-ce que les auteurs font ici? Chanter des comptines?

  • Cyril Dionne - Abonné 28 mars 2020 10 h 45

    C’est l'humanité qui est en quarantaine

    Je ne veux pas devenir prophète de malheur, mais la participation citoyenne devra se faire très rapidement vue l’ampleur de la pandémie et de la crise économique qui s’ensuivra. On salue tout de même les politiciens qui ont reporté les consultations publiques pour être reprises plus tard sans prendre de décisions sur les dossiers. Ce qui est très inquiétant, c’est l’hypocrisie du gouvernement libéral en place à Ottawa qui utilise les crises pour en passer une petite vite aux citoyens. Le plan de relance, le PCU, était non seulement accompagné d’une aide rapide aux citoyens et aux PME, mais aussi octroyait des pouvoirs extraordinaires au ministre des finances pour augmenter taxes et impôts. Pourquoi tout le monde est surpris si Justin Trudeau tente de faire fi des évaluations environnementales exigées pour les forages exploratoires à l’est de Terre-Neuve-et-Labrador? Pardieu, le pétrole est le produit numéro un en ce qui concerne les exportations du Canada et c’est ce qui procure sa richesse. L’Alberta est devenue une des provinces les plus pauvres du Dominion et rejoint ainsi, la plupart des provinces de l’Atlantique. Désolé, mais on ne produit plus rien dans nos manufactures.

    Désolé aussi pour les écoanxieux de ce monde à la sainte Greta Thunberg, mais les produits fossiles reviendront en force si les pays voudront se sortir du marasme économique de l’après COVID-19. On espère aussi qu’il existera encore une économie puisque les marchés boursiers prennent toute une dégringolade depuis quelques semaines et leur périple n’est pas terminé. On espère aussi que la Caisse de dépôt et de placement du Québec existera encore. On espère aussi qu’on pourra continuer à emprunter pour se sortir de ces crises, ce qui n’est pas trop certain. On espère aussi qu’on pourra récupérer nos emplois à la hauteur et salaire d’hier puisque les dettes accumulés des particuliers n’ont pas changé même si l’inflation risque de devenir incontrôlable l’an prochain.