Repenser le tourisme à l’ère du confinement

«Selon l’OMT, le tourisme est la plus grande industrie du monde, un emploi sur dix y est relié», rappelle l'auteur.
Photo: Andrea Pattaro Agence France-Presse «Selon l’OMT, le tourisme est la plus grande industrie du monde, un emploi sur dix y est relié», rappelle l'auteur.

Depuis des années, le tourisme était une industrie en forte croissance, avec des chiffres mirobolants de retombées, d’emplois, de déplacements, etc. L’Organisation mondiale du tourisme (OMT) clamait que le tourisme était la plus grande industrie du monde avec 10 % du PIB de la planète. C’est un emploi sur dix dans le monde qui était lié au tourisme. Les mécanismes bien huilés de cette industrie dopée à la croissance se sont arrêtés. Une maladie nommée COVID-19 dans le rôle du sabot dans les engrenages de la machine à vapeur fit retentir un grand grincement composé de bateaux de croisière incubateurs de pandémie, d’aéroports pris d’assaut par les voyageurs à rapatrier à la maison et de grandes places touristiques européennes vides d’êtres humains.

Cet arrêt du tourisme vient avec une panoplie de conséquences et de souffrances, n’hésitons pas à le dire, pour les millions de travailleuses, fortement représentées dans les emplois précaires du secteur, et de travailleurs qui, en à peine quelques semaines, ont vu leurs emplois se dérober sous leurs pieds. Selon le World Travel & Tourism Council, ce serait 50 millions d’emplois qui sont présentement à risque.

Prévoir l’avenir du tourisme dans un monde post-COVID-19 est tout un défi. Les discours scientifiques et médiatiques sur les effets de la crise actuelle sur le tourisme abordent peu la perception de la mobilité, qui est au cœur même du tourisme. Paradoxalement, d’un côté, les populations se voient limitées et contraintes dans leurs mobilités du quotidien par des mesures de distanciation sociale et de confinement, ce qui leur fait prendre conscience de l’importance et de la valeur de la mobilité quand elle vous est soudainement enlevée en un très court laps de temps.

Ironie du sort, les micromobilités du quotidien sont contraintes sous l’impact des macromobilités hédonistes du tourisme international qui ont permis aux voyageurs hôtes du virus de répandre ce dernier.

La mobilité et le risque

D’un autre côté, la mobilité est désormais recadrée par les médias et les discours politiques comme une source de risque et de crise plus qu’une source de loisirs, et de statut social. La mobilité internationale est en forte régression, avec la réapparition de frontières à l’intérieur de l’espace Schengen, et la fermeture par le Canada et les États-Unis de leurs frontières communes. À titre de rappel, le 11 septembre 2001, les contrôles frontaliers s’étaient resserrés, mais la frontière était restée ouverte. Il s’agit d’un nouveau territoire en matière de mobilités internationales et de la perception subjective que les citoyens en auront.

La question maintenant est de savoir comment ces nouvelles subjectivités qui prennent forme dans les populations seront intégrées et institutionnalisées par les acteurs politiques. La mobilité volontaire à des fins de loisir est au cœur même des valeurs des sociétés occidentales contemporaines. Celle-ci fait partie intégrante des marqueurs de statuts et de classe, car sa redistribution et son accessibilité sont fort inégales entre les individus, mais où tout un chacun aspire à cette mobilité d’une manière ou d’une autre.

Quelle place prendront les mobilités internationales dans le régime de sens qui s’institutionnalisera après la crise de la COVID-19 ? La mobilité sera-t-elle une valeur primordiale de nos sociétés après des mois de restrictions ? Est-ce que certaines formes de mobilités resteront contraintes et limitées à quelques individus hautement privilégiés ? Combien de temps la mobilité sera-t-elle réservée uniquement aux déplacements nécessaires ? Qui, comment et pour qui sera défini ce qu’est un déplacement nécessaire ?

C’est sur l’ensemble de ces questions que nous devrons nous pencher dans les prochains mois puisqu’elles joueront un rôle primordial dans notre manière d’aborder et de repenser le tourisme à la sortie de la crise de la COVID-19. Si ces questions peuvent apparaître sombres, elles portent aussi le potentiel de réfléchir au redéploiement du tourisme dans une perspective de justice et d’équité sociale, surtout pour les travailleuses et travailleurs les plus précaires, d’une relation plus respectueuse avec les populations, l’environnement et les milieux d’accueil, et ce, en mettant un accent sur la rencontre de l’altérité plutôt que seulement sur la consommation de l’altérité.

1 commentaire
  • Bernard Plante - Abonné 27 mars 2020 15 h 53

    Avenir à venir

    Lorsqu'on déambule dans les rues et parcs presque déserts on a comme la vague impression que la planète pousse un soupir de soulagement en profitant de cette accalmie qui lui permet enfin de respirer un peu. On ne sait pas ce que cela signifiera pour le tourisme mais d'une façon ou d'une autre un jour les déplacements non-nécessaires deviendront rares, entre autre lorsque le soubresaut du gaz de schiste se sera éteint (un puit de gaz de schiste a une durée de vie d'environ 5 ans) et qu'on prendra conscience que le pétrole est une denrée rare qui doit être réservée aux usages de nécessité.

    Que deviendra alors le tourisme? Difficile à dire mais difficile aussi de croire en une quelconque future hausse. Mauvais nouvelle pour cette industrie qui devra se réinventer, mais bonne nouvelle pour la planète et ses habitants non-humains.