Concilier travail et amour au temps de la COVID-19

Qu’est-ce que c’est une vie en santé ? Quelqu’un a posé cette question à Freud qui lui a répondu brièvement : pour avoir une vie saine, il nous faut « aimer et travailler ». Cet équilibre entre l’amour et le travail devient encore plus difficile compte tenu de tous les bouleversements qu’on vit dans le monde du travail.

Si aujourd’hui on se réfère aux travailleuses et aux travailleurs du secteur de la santé et des services sociaux comme « nos anges gardiens », il ne faut pas oublier que les traitements qu’on leur accorde depuis longtemps sont loin d’être le paradis : surcharge de travail, bâillonnement des personnes qui osaient soulever les problèmes, épuisement professionnel, une hausse des lésions pour violences au travail, difficultés dans la conciliation travail et vie personnelle, pour n’en mentionner que quelques-uns.

La crise actuelle de la COVID-19 vient davantage renforcer cette réalité et, d’un coup, met en évidence la mauvaise gestion de l’employeur à l’égard de nos « anges gardiens ». Un exemple : le service de garde pour les familles assurant des services essentiels. En principe, cela peut nous paraître logique, mais comme toujours, très éloigné de la réalité quotidienne du travail de nos anges gardiens et cette solution peut aggraver le problème.

Depuis le 21 mars 2020, l’arrêté ministériel donne le pouvoir au gouvernement d’annuler et de modifier, à sa guise, les congés et les horaires de tous les employés assurant des services essentiels. Dans les faits, il faut savoir qu’actuellement de nombreuses familles utilisent leurs congés personnels afin qu’un des parents s’occupe des enfants à la maison. Ainsi, la raison principale qui motive la prise de congés personnels des employés des services essentiels est la suivante : faire absolument tout pour éviter d’envoyer leurs enfants dans les services de garde du gouvernement. Pourquoi ? La raison en est fort simple : mettre ensemble les enfants est contraire à tous les avis des experts en santé publique. Or, l’arrêté ministériel permet désormais aux gestionnaires de refuser aux employés de prendre des congés personnels pour s’occuper des enfants. Mis sur pied au lendemain de la suspension des classes, le service de garde pour les parents assurant des services essentiels est probablement la mesure la plus dangereuse prise jusqu’à maintenant par le gouvernement.

Alors que l’avis de ne pas regrouper les enfants pour éviter la propagation du virus fait l’unanimité chez les spécialistes, voilà qu’on demande à nos « anges gardiens » d’envoyer leurs enfants dans des services de garde. Ainsi, non seulement ils doivent se battre avec le virus au travail, mais ils devront également gérer un risque encore plus grand : voir leurs enfants revenir du service de garde contaminés par la COVID-19. Par cette mesure, ne vient-on pas hausser de manière injustifiable le niveau de détresse et le risque de contagion chez une partie de la population la plus indispensable pour faire face à la crise actuelle ? Allons-nous vraiment prendre ce risque pour nos médecins, nos infirmières, nos ambulanciers et nos autres spécialistes en soins et services sociaux et leurs enfants ?

Pour les milliers de familles québécoises assurant des services essentiels, l’effort de guerre demandé ici représente une souffrance mentale accrue. On ne peut pas demander aux parents d’aller au front et de laisser en même temps leurs enfants exposés à l’ennemi. Si cela est mis en pratique, ne court-on pas le risque d’ajouter une détresse supplémentaire à nos anges gardiens déjà très affaiblis et très souffrants ? Nous croyons que cette mesure gouvernementale est une stratégie inefficace qui pourrait se retourner rapidement contre nous et causer de nombreuses pertes. Ne pas offrir d’autres solutions à ces familles québécoises assurant des services essentiels constitue une grave erreur.

La solution mise en place par le gouvernement pour assurer les services essentiels est psychologiquement inhumaine pour les parents et, sur le plan scientifique, totalement contraire aux avis des spécialistes en santé publique. Le gouvernement a l’obligation et le devoir de protéger tous les enfants, y compris les enfants des familles assurant les services essentiels.

Nous pensons que le gouvernement devrait garantir un revenu minimum à toutes les personnes qui s’engagent à garder à la maison les enfants des familles assurant des services essentiels. En plus, il faut être à l’écoute de nos anges gardiens et surtout les aider à mettre en place des stratégies de conciliation travail et famille qui leur conviennent. Concilier « travail et amour » dans un temps de guerre, doit considérer les besoins réels de nos employés pour les protéger ainsi que leurs enfants.


 
1 commentaire
  • Janick Lepage - Inscrite 25 mars 2020 10 h 25

    J'ajouterais que l'arrêté ministériel suspendant les conventions collectives ne permet pas seulement de refuser aux employés de prendre des vacances. Il permet au gouvernement de les déplacer selon les besoins. Donc, un intervenant qui a quitté un service, comme la protection de la Jeunesse, pourrait être rappelé, sous prétexte qu'elle a de l'expérience et serait capable d'être en fonction sans délai. Cette personne peut avoir choisi de quitter ce service car elle n'est pas à l'aise avec ce type de mandat, parce que sa situation familiale ne lui permet pas de devoir faire du temps supplémentaire de façon imprévue à cause d'une urgence, etc etc etc. Mais, elle n'a pas son mot à dire.

    Cette situation est exceptionnelle, mais est ce que c'est humain d'en demander autant ?