Le buffet chinois de l’apprentissage pendant le confinement

«Auprès de certains, l’école en ligne est une solution, mais pour bien des contenus, c’est un véritable casse-tête», dit l'autrice.
Photo: Getty Images / iStockphoto «Auprès de certains, l’école en ligne est une solution, mais pour bien des contenus, c’est un véritable casse-tête», dit l'autrice.

Avec les meilleures intentions du monde, divers organismes, maisons d’édition, commissions scolaires, chroniqueurs ont envoyé des listes d’applications, de ressources, d’idées de programme et de matériel aux parents. On saute sur l’occasion d’occuper nos 5 à 12 ans quelques heures, tout en réalisant que l’école, ce n’est pourtant pas un buffet chinois d’apprentissages morcelés. Un programme scolaire ne se résume pas à proposer quelque chose d’inédit toutes les 20 minutes. Apprendre, ce n’est pas une thérapie occupationnelle.

Les élèves ne sont pas près de retrouver leur école. Parmi toutes les ressources offertes avec tant de générosité, lesquelles choisir, à quoi se fier, qu’est-ce qui permettrait de prévenir la perte des acquis ? Comment enchaîner les activités de façon logique ? C’est quoi déjà la division avec crochet (oups, ce n’est pas comme dans mon temps) et c’est quoi donc l’idée principale d’un paragraphe informatif ?

C’est avec un grand soulagement que nous voyons arriver les courriels des enseignants avec une sélection d’activités qui, elles, de toute évidence, poursuivent exactement le programme là où il avait été subitement laissé il y a moins de deux semaines. Cela semble si facile, et pourtant…

Auprès de certains, l’école en ligne est une solution, mais pour bien des contenus, c’est un véritable casse-tête. Pour tout apprentissage très simple, toutes les modalités sont envisageables. Quand il s’agit d’enseigner un objet complexe, toutefois, la proximité et l’expertise d’un enseignant qui sait accompagner pas à pas n’ont pas d’égal. Un enseignant a besoin de sentir le « signal » des élèves de la classe pour ajuster son enseignement. En ligne, ce signal est brouillé et lointain. C’est si facile pour un élève d’être largué quand il est à distance.

Sans compter que, dans bien des familles, les parents travaillent et ont besoin de leur ordinateur. Dans d’autres familles, l’Internet haute vitesse, nécessaire pour se brancher adéquatement sur les plateformes d’enseignement en ligne, n'est pas au rendez-vous. Pour d’autres encore, le seul objet branché est un téléphone cellulaire qui appartient à un parent.

En somme, il y a plusieurs choses à retenir de cette expérience collective de fermeture des établissements scolaires. En voici quelques-unes :

1- Les enseignants ont visiblement une expertise qui ne relève pas de l’intuition et de la simple passion. Derrière leurs pratiques, il y a des savoirs et une expertise difficiles à égaler, même auprès de deux enfants seulement, qui sont pourtant les nôtres.

2- En ce moment, l’enseignement en ligne, comme celui à la maison, met en exergue les inégalités sociales actuelles en matière d’accessibilité aux savoirs. Certains enfants suivront un programme continu et rigoureux parce que les parents ont des moyens financiers et intellectuels. D’autres élèves seront plus à risque non seulement d’éprouver des difficultés au retour à l’école, mais de perdre en plus leurs acquis durant ce trop long congé qui s’annonce.

3- Les enseignants sont les experts pour poursuivre les apprentissages là où ils ont été laissés. Accueillir un élève qui vient de déménager au beau milieu de l’année, établir un programme allégé pour un élève qui a fait une commotion cérébrale, intégrer un élève parti quelques semaines à l’hôpital, enseigner à toute une classe d’élèves immigrants en situation de grand retard scolaire sont seulement quelques exemples qui démontrent que la connaissance des contenus, des élèves et du curriculum s’articule dans la tête des enseignants qui savent planifier et enseigner ce qu’il y a de mieux.

Maintenons les enfants actifs intellectuellement, ouverts, résilients et en santé et acceptons qu’au retour à l’école tout va bien aller, grâce aux enseignants compétents.

3 commentaires
  • Loyola Leroux - Abonné 25 mars 2020 13 h 30

    Mais quels sont donc ces fameux acquis ?

    J’ai enseigné pendant 36 ans et je suis père de 3 garçons. A chaque fois que j’ai demandé la liste des acquis qu’un jeune du primaire doit avoir appris, je n’ai jamais eu de réponse, que des haussements d’épaule. Mais quels sont-ils, ces fameux acquis que les ‘’élèves à risque’’ risquent de perdre ? Et s’ils les perdent si facilement, peut-on les appeler des acquis ? Pweut-on perdre ses tables de multiplications par exemple ?

  • Charles-Étienne Gill - Inscrit 25 mars 2020 15 h 41

    Merci

    Il y a peu de commentaires, mais merci pour ce rappel très pertinent.

  • Yves Corbeil - Inscrit 25 mars 2020 18 h 45

    Bien d'accord avec vous

    Mais ça me laisse perplexe quand j'entends le ministre dire, personne ne va doubler son année, tous le monde va passé. J'imagine le prof de deuxième année qui recoit sa nouvelle cohorte en Septembre peut-être ou la maitié ne connait pas son alphabet et les trois quart ne peuvent compté jusqu'à 50 encore moins écrire quoi que ce soit comme du monde.

    Et le ti-cul qui passe d'une sixième amputé entrant du haut de ses quatre pieds au secondaire, Non il y a quelque chose d'inquiétant dans tout cela et nos bonzes ne semble pas comprendre le phénomène du décrochage ni le diplôme au rabais. L'école doit être plus qu'un Dollorama même si celui-ci est un service essentiel en temps de crise sanitaire.