L’école, ce n’est pas que des devoirs et des leçons

«Bien que tous devront s’adapter, la situation actuelle affectera encore plus les jeunes qui vivent en situation de vulnérabilité», écrivent les auteurs.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir «Bien que tous devront s’adapter, la situation actuelle affectera encore plus les jeunes qui vivent en situation de vulnérabilité», écrivent les auteurs.

Les écoles sont un chaînon essentiel dans le développement des enfants et des jeunes. Leur fermeture, due à la crise sanitaire actuelle, chamboulera leur quotidien et celui de leurs familles. Bien que tous devront s’adapter, la situation actuelle affectera encore plus les jeunes qui vivent en situation de vulnérabilité. Pour ceux-ci, l’école est un important filet de sécurité.

En collaboration avec les services sociaux, de santé, les centres de pédiatrie sociale et autres ressources communautaires, l’école est un lieu unique qui permet aux enfants vulnérables — ceux dont le parcours de vie est difficile — de développer leur résilience. Pour les jeunes qui vivent dans des familles aux prises avec de la violence, des problèmes de santé mentale et de toxicomanie, ainsi qu’avec un manque de ressources, les enseignants et le personnel scolaire constituent les anges gardiens quotidiens qui leur donnent l’aide, le soutien et les ressources pour prendre leur envol.

La prévention et l’intervention liées aux difficultés scolaires, émotionnelles et sociales des enfants vulnérables s’appuient sur des approches de santé publiques et systémiques dont l’objectif est de permettre à ces enfants d’aller mieux, non seulement à l’école, mais aussi dans leur famille. De multiples initiatives destinées aux enfants vulnérables et chapeautées par les écoles interpellent de plus en plus les familles pour, d’une part, leur offrir du soutien et, d’autre part, les impliquer dans nos efforts collectifs pour accompagner ces enfants.

Bien que la décision de fermer les écoles s’appuie sur une politique de santé publique incontestable, nous trouvons important de souligner l’impact négatif potentiel de cette mesure sur les enfants vulnérables et leur famille. L’absence de l’école comme système de soutien se fera particulièrement sentir dans ce contexte où la pression augmente sur chaque individu. Pour ces raisons, il importe de prévoir dès maintenant comment les écoles pourront poursuivre leur mission d’accompagnement de ces enfants et de leurs familles sur les plans psychologique et social, au-delà des mesures scolaires minimales telles que la mise en ligne d’activités scolaires.

Répercussions sur les enfants

Pour comprendre l’importance des ressources à injecter dans le système scolaire, il importe de bien mesurer le retentissement de la fermeture des écoles sur ces enfants. D’abord, le confinement à domicile augmente le nombre d’heures passées dans des milieux souvent stressants, parfois toxiques, voire violents. Les nombreux témoignages à la Commission Laurent nous l’ont malheureusement confirmé. L’une des choses que nous démontre également la Commission Laurent (et la documentation scientifique) est la nécessité pour les familles vulnérables d’être soutenues collectivement (au sens d’une réponse sociale) pour répondre de la meilleure façon aux besoins de leurs enfants. De fait, la réponse aux besoins des enfants, bien qu’elle mette au premier plan les parents comme acteurs, engage toute la société.

En affirmant qu’il ne demande pas aux parents de se substituer aux enseignants, le ministre ne doit surtout pas oublier les autres contributions « non scolaires » que l’école offre aux enfants. Les enfants vulnérables (notamment ceux vivant de la maltraitance) risquent de présenter un parcours scolaire difficile : échecs et retards scolaires qui les obligent souvent à fréquenter des classes spécialisées. Un arrêt de plusieurs semaines pourrait avoir un effet possiblement dévastateur sur leur motivation, leur cheminement et leurs apprentissages, scolaires et non scolaires. Une série de devoirs et de leçons disponibles sur le web ne suffira pas à combler l’absence de l’école.

Par conséquent, nous intimons le premier ministre et le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur du Québec à s’engager dès maintenant à fournir aux écoles, aux enseignants et au personnel scolaire les ressources nécessaires pour aider ces enfants (et leurs familles) afin qu’ils puissent garder le cap vers la réussite personnelle, scolaire et sociale.

Des actions à mener

Nous recommandons quatre actions principales. La première est de donner des directives claires pour que les enseignants et le personnel scolaire soient encouragés à entrer en télécontact avec ces élèves (et leurs familles, lorsque c’est possible et nécessaire) pour prendre de leurs nouvelles, les soutenir, les accompagner.

La seconde est de développer un plan clair de maintien des acquis scolaires et sociaux pendant la période de fermeture des écoles et après celle-ci, afin de limiter le retard que pourraient présenter ces enfants. Il faudra déployer les ressources nécessaires : technicien en aide pédagogique, orthopédagogue, spécialiste de l’adaptation scolaire, sont quelques exemples des postes d’emploi qui devront être priorisés pour soutenir les enseignants.

Troisièmement, il est important de prévoir en amont des partenariats intersectoriels entre les écoles et les services sociaux et communautaires pour assurer le maintien et la continuité de la réponse collective aux besoins des enfants vulnérables et de leurs familles, en particulier là où les écoles risquent de voir diminuer leur capacité à jouer pleinement leur rôle.

Finalement, les écoles regorgent d’employés impliqués, compétents et passionnés qui ont des points de vue qui devraient être pris en compte dans la mise en place des actions. Dans cette même veine, les comités d’élèves et de parents peuvent être mis à profit afin que tous puissent exprimer leur voix et participer à l’élaboration des solutions. Des directives provinciales émises par le ministère sont essentielles, mais elles ne peuvent se substituer à l’expertise et à la connaissance des acteurs de ce milieu afin que tout un chacun puisse rebondir après cette crise sans précédent, même si celle-ci nous force à fermer les écoles, lieu d’apaisement si important pour les enfants vulnérables.

1 commentaire
  • Loyola Leroux - Abonné 25 mars 2020 13 h 48

    L’école est-elle une succursale du Ministère des Affaires sociales ?

    Je peux comprendre, c’est très humain, que, comme on le disait autrefois, vous prêchiez pour votre paroisse, mais je considère que vous détournez, à votre faveur, le rôle de l’école, qui est, faut-il le rappeler, d’instruire, avant d’éduquer et de socialiser et autres patentes de notre ingénierie sociale, apprendre à lire, écrire et calculer, avant toute chose.

    Les plus vulnérables, qui ne peuvent apprendre, devraient être pris en charge, dans ses institutions séparées, par le MAS, au lieu de nuire aux autres élèves dans leurs apprentissages normaux.

    La réussite personnelle et sociale, c’est l’affaire de la famille. La réussite scolaire, c’est l’affaire de l’école.

    Considérant les familles vulnérables, de générations en générations, comme l’a démontré la Commission Laurent, le paradigme mis de l’avant dans les années 60, par nos ingénieurs sociaux, ne devrait-il pas être remis en cause ? Ne croyez-vous pas que l’État providence devrait adopter une nouvelle approche avant qu’une autre génération ne perpétue ces inégalités ? Les subventions gouvernementales et une panoplie de programmes sociaux, créés à l’origine pour offrir une aide passagère aux plus démunis, ne sont-ils pas devenus la norme qui multiplie les problèmes ? Enfin, on discute…