Ne pas oublier le secteur communautaire

Pour la livraison de denrées alimentaires, par exemple, les jeunes adultes pourraient être mis à contribution.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Pour la livraison de denrées alimentaires, par exemple, les jeunes adultes pourraient être mis à contribution.

Cette semaine au Téléjournal d’Ici Télé de 18 h, Centraide et Moisson Montréal lançait un cri du cœur. On sait qu’au Québec les OBNL peuvent compter au quotidien sur des bénévoles dévoués… et pour la plupart âgés. Les organismes communautaires fonctionnent avec un nombre restreint d’employés dont beaucoup sont jeunes et ont des enfants. Actuellement sans garderies ni écoles, cela ajoute une pression à leur charge de travail, en plus de la pénurie de bénévoles. Ces travailleurs ne font pas partie du réseau de la santé, rien n’est prévu pour eux dans les mesures de maintien des services essentiels.

Les problèmes économiques et psychosociaux ne diminueront pas avec la COVID-19, au contraire ils vont croître pour les usagers des services communautaires ; banques alimentaires, livraisons de repas à domicile, soutien contre l’isolement social, victimes de violence de toutes sortes. La situation difficile va perdurer. Une pandémie c’est très sérieux.

Que pouvons-nous faire pour aider ? Les bénévoles aînés font partie de la catégorie à qui on demande de se confiner, et pour d’autres qui offrent leur temps et qui sont aux prises avec des maladies chroniques dont certains en traitements d’immunothérapie. Bref, grosse pénurie en vue.

Une solution temporaire à cette lacune pourrait venir des jeunes adultes qui fréquentent les cégeps et les universités et qui sont privés de cours. Pourquoi ne pas mettre en place une banque de recrutement, via les associations étudiantes, en lien avec des OBNL ou Centraide ou les municipalités, pour joindre ces personnes qui pour plusieurs possèdent des véhicules. Ils pourraient pallier le manque de ressources pour quelque temps. Ils font partie des citoyens les moins à risques. Livrer des repas ou déposer des sacs de denrées alimentaires n’exige pas de contact rapproché.

Cependant, il faudrait que les OBNL aient accès aux équipements de protection et aux mesures de prévention adéquates ; désinfectants, masque, services de garde aux besoins, pour protéger ces nouvelles recrues. Et des fonds suffisants pour couvrir les frais liés à leur implication bénévole.

Les grands oubliés des mesures gouvernementales d’aide aux travailleurs des services essentiels semblent d’ailleurs être le milieu communautaire et les services de maintenance et de salubrité qui sont pourtant si nécessaires au fonctionnement de base d’une société.

Il ne faut pas perdre de vue que ces organismes rendent des services essentiels aux personnes dont le secteur privé et les services gouvernementaux se sont délestés. Les personnes à faibles revenus, la lutte contre l’isolement social, les victimes de violences, les corporations communautaires de ménages ou d’aide à domicile, les accompagnateurs de personnes qui continuent de recevoir des traitements médicaux vitaux, etc.

Donc, en ces temps difficiles, je suis persuadé que certains jeunes adultes voient l’importance de la solidarité sociale. Leur contribution volontaire et altruiste n’attend peut-être qu’un peu d’organisation et de structure de la part d’associations étudiantes et des milieux communautaire et municipal pour se manifester. Les problèmes socioéconomiques et psychosociaux ne sont pas ralentis eux par la COVID-19. Au contraire, cela les percute davantage.

Ayant fait du bénévolat dans le milieu communautaire jusqu’à récemment, je pense beaucoup aux usagers de ces services depuis quelques jours. Mais je vois qu’il peut exister des solutions simples à la situation actuelle qui, elle, est très complexe. Les travailleurs réguliers et les bénévoles du milieu communautaire sont très résilients, débrouillards et ingénieux. Il faut cependant les soutenir et leur donner les moyens d’agir.

1 commentaire
  • Pierre Gagnon - Abonné 19 mars 2020 17 h 39

    Sens des valeurs

    La nation refuge : 28 commentaires
    Ne pas oublier le secteur communautaire : 0 commentaire
    On préfère reprendre la rengaine éculée sur la résurgence tant souhaitée du 'sentiment national' plutôt que de réfléchir sur le sort possiblement désastreux qui s'annonce pour une couche substantielle de nos concitoyens. Honte!