Les mécanismes du blâme

«Dans un contexte de relations sociales mondialisées, les frontières nationales, en particulier, sont un important point de bouleversement des relations, les corps migrants qui les traversent étant objet de préoccupation», dit l'autrice.
Photo: Tolga Akmen Agence France-Presse «Dans un contexte de relations sociales mondialisées, les frontières nationales, en particulier, sont un important point de bouleversement des relations, les corps migrants qui les traversent étant objet de préoccupation», dit l'autrice.

Les épidémies ont depuis toujours généré des préjugés et des hostilités. Elles nous obligent à repenser nos relations à autrui puisque la contagion met notre interconnexion en lumière : on se méfie de l’air qu’on partage et des objets qu’on touche qui portent potentiellement les traces microbiennes d’autrui. Dans un contexte de relations sociales mondialisées, les frontières nationales, en particulier, sont un important point de bouleversement des relations, les corps migrants qui les traversent étant objet de préoccupation. Elles servent de point d’appui à la construction de coupables et au déploiement d’accusations. D’aucuns sont tantôt blâmés de les traverser, de les fermer, de les garder ouvertes. Cette quête du bouc émissaire, qui est une tendance récurrente lors d’épidémies, est constatée depuis les débuts des mentions de la COVID-19.

Lors de la propagation initiale de la maladie, alors que le risque chez soi est faible, s’articule le récit « typique » de l’épidémie, soit l’accent sur l’émergence de la maladie dans un lieu tropical, appauvri et éloigné de l’Ouest. À ce moment, les accusations sont extériorisées, dirigées à l’encontre du gouvernement chinois (qui aurait camouflé des données, qui serait corrompu, qui aurait « fait disparaître » ceux qui voulaient exposer la vérité).

On en profite pour affirmer ses compétences : la maladie n’est qu’un risque « là-bas » et si elle venait chez soi, nous serions prêts, dit-on, à la gérer adéquatement. On parle du Canada comme d’un pays bien préparé, surtout depuis son expérience avec le SRAS. On met alors l’accent sur le potentiel d’une menace, qui ne deviendrait un danger chez soi que si des individus provenant de « là-bas » traversaient les frontières nationales pour apporter les éléments pathogènes. Dès lors, comme on l’a vu lors de la crise du SRAS, plusieurs se méfient de personnes d’apparence chinoise (certains ont rappelé que deux scientifiques chinois ont été escortés hors d’un laboratoire de Winnipeg l’été dernier et les ont accusés d’être des espions qui auraient volé le coronavirus et l’auraient passé en fraude en Chine) et des « quartiers chinois » (à New York, à Vancouver).

Incompétence et repli sur soi

Puis, progressivement, le risque se généralise. Émergent des propos qui empruntent au concept de santé globale l’idée que nous sommes tous interconnectés et que la présence de la maladie à un endroit menace le monde entier. Les dynamiques d’accusation changent : la critique devient progressivement institutionnalisée, dirigée envers l’Organisation mondiale de la santé (qui ne déclare pas la pandémie, qui a une agentivité limitée) et les autorités nationales occidentales (notamment celles européennes et états-unienne), qui seraient impuissantes, ou simplement incompétentes, face aux risques mondialisés. On mentionne qu’on devrait pouvoir gérer la maladie et limiter les déplacements internationaux de patients, mais qu’une insuffisance des interventions, un manque de gestion des frontières, des erreurs humaines et des incompétences sont la source de la propagation.

Ensuite, on note un repli sur soi encore plus prononcé — une dynamique de recroquevillement — où on critique de plus en plus des figures de proximité, notamment le Canada et ses institutions, pour une inaction, une négligence, une inaptitude. Ces accusations traduisent une perte d’espoir envers les institutions qui devraient protéger et améliorer la santé de la population. On répète des critiques qu’on a depuis longtemps déployées (systèmes de santé insuffisamment préparés, manque de ressources dans les CHSLD, communautés autochtones négligées, etc.), l’épidémie étant le catalyseur d’un dialogue qu’une culture a avec elle-même.

Nous constatons alors le passage de l’accusation de boucs émissaires extériorisés et associés à des figures lointaines à la désignation de cibles de proximité. Ceci n’est pas nouveau. Nous l’avons vu pour le H1N1, où la critique initiale du Mexique fut progressivement remplacée par une dénonciation de la campagne de vaccination canadienne. Pour l’Ebola, l’accusation des communautés affectées en Afrique de l’Ouest (pour leurs « pratiques culturelles », voyages, « réticences » aux prescriptions d’autorités sanitaires) fut remplacée par la critique des mesures prises par le Canada (suspension des visas, surveillance insuffisante des voyageurs). La critique du Brésil (pour ses problèmes sociaux et ses lois sur l’avortement) fut remplacée par une dénonciation du système de santé canadien non préparé lors de l’épidémie du Zika. Tout s’opère comme si nous suivions une organisation cognitive semblable pour porter accusation.

L’entraide plutôt que la division

La production d’un bouc émissaire n’est pas intrinsèquement « mauvaise ». Elle est une stratégie de distanciation et d’extériorisation de la menace qui permet d’entretenir un sentiment de non-vulnérabilité. Elle permet d’entretenir une perception positive de soi puisqu’on accuse des groupes desquels on se distancie. La quête du bouc émissaire simplifie l’explication donnée à l’événement, elle permet de synthétiser l’expérience et de l’organiser de manière claire, concise et linéaire. Elle peut aussi permettre de se rassurer puisqu’en attribuant la responsabilité de la maladie à une figure concrète, on transmet l’idée qu’on a réussi à localiser la source du problème, ce qui offre un certain sentiment de contrôle en situation d’incertitude.

Cependant, le tout peut rompre des liens solidaires, diviser des communautés, mener à des schèmes et à pratiques individualistes et égocentriques qui, comme on le voit avec l’état des lieux dans certaines épiceries, nuisent à la collectivité. Il est important de reconnaître nos patrons cognitifs automatiques qui consistent à produire certains boucs émissaires, et de plutôt adopter un regard collectif et de s’entraider puisque la gestion des épidémies requiert un raffermissement des liens sociaux, la confiance, la collaboration et la coopération communautaire.

16 commentaires
  • Raymond Labelle - Abonné 16 mars 2020 02 h 43

    Trouver que le gouvernement fédéral se traîne ou s'est traîné les pieds....

    ...n'est pas nécessairement un symptôme irrationnel de recherche de bouc-émissaire. P'têt' ben que ça s'peut.

    Oui, bien sûr qu'on doit attendre ce que les experts et la science ont à dire sur la question de la limite aux accueils de touristes étrangers. Mais pour les modalités d'accueil de nos ressortissants, c'est clair. Mais ça fait combien de temps que cette crise dure? Et combien de temps ça prend pour répondre à la question: devrait-on admettre les touristes étrangers? Et dans quelle mesure supplie-t-on toute personne qui arrive de se mettre en isolation volontaire pendant 14 jours, symptômes ou non? La science est très claire là-dessus.

    Voir comment ça se passe concrètement à cet article: https://www.ledevoir.com/politique/quebec/575042/desaccord-entre-legault-et-trudeau

    À noter que le nombre de cas n'est pas proportionnel aux populations, si on compare avec l'Ontario. Corrélation n'est pas raison, mais ça semble plus proportionnel aux arrivées d'aéroports - minimalement, ça pose la question.

    • Raymond Labelle - Abonné 16 mars 2020 09 h 39

      "Et dans quelle mesure supplie-t-on toute personne qui arrive de se mettre en isolation volontaire pendant 14 jours, symptômes ou non? La science est très claire là-dessus." Il semble que ça ne se fasse pas vraiment encore d'après l'article que je cite. Et pas besoin de mobiliser du personnel de santé pour ça, des agents de douane peuvent le faire. Ils ont juste besoin dans une petite formation de se faire expliquer qu'on peut être porteur sans avoir de symptôme (et les informations basisques sur le danger de la contamination).

    • Raymond Labelle - Abonné 17 mars 2020 09 h 15

      Justin dit que les mesures qu'il propose sont fondées sur la "science": c'est vrai pour les recommandations d'usage et les limitations de mouvement.

      Or, l'interdiction d'entrées aux arrivées non commerciales de personnes ne s'applique pas aux États-Unis (sauf pour les personnes avec symptômes), en tout cas à l'heure actuelle. Et les États-Unis sont la plus grande source d'arrivée au Canada, et le virus s'y répand.

      L'épidémiologie, la microbiologie, la biologie et la médecine ont-ils découvert que les étasuniens étaient moins contagieux que les autres être humains? Sur quel principe "scientifique" se fonde donc cette exemption? De façon ironique, le Mexique a fermé sa frontière avec les États-Unis. Leurs scientifiques sont-ils en retard sur les nôtres, n'ayant pas découvert que les étasuniens n'étaient pas contagieux?

      Scénario parano: Justin appelle Trump pour lui dire qu'il ferme la frontière aux ressortissants étasuniens qui viennent pour des raisons non commerciales, Trump lui demande de ne pas le faire pour l'instant, car ceci est un humiliation pour les E-U. Bon, pas très "scientifique" comme explication.

      Soyons bon princes, et tentons d'imaginer une explication plausible: une telle interdiction pourrait créer des blocages dans les aéroports, créant ainsi des foyers d'infection. Je suis très généreux - et s'il y a une explication plausible précise, comme celle-ci, pourquoi qui nous le dit pas? Au lieu d'invoquer abstraitement la "science" comme argument-massue d'intimidation qui n’explique rien?

      On soupçonne des raisons plus politico-économiques que la "science".

  • Cyril Dionne - Abonné 16 mars 2020 08 h 10

    Le monde des licornes

    C’est bien beau tout cela lorsqu’on vit dans une utopie de 50 piastres. Tout le monde est beau et il est gentil. Diantre, la moitié de la planète est en guerre tout le temps.

    Bon. Enlevons nos lunettes à la Justin et constatons seulement les faits. Le COVID-19 n’est pas indigène du Québec. Il a été importé par des gens venus d’ailleurs maintenant chez nous. Si on avait fermé les frontières et ou bien exercé un contrôle sur celles-ci en mettant obligatoirement tout voyageur venant de l’extérieur en quarantaine, nous n’aurions pas à faire à ce problème. Il est pourtant bien documenté que durant la grippe espagnole, des villes qui ont appliqué des mesures draconiennes au début de l’épidémie, eh bien, se sont bien tirées de cette crise. Les autres, on ne comptait plus les morts. Idem pour la peste noire venue d’Asie qui a ravagé l’Europe au 14e siècle. Des régions entières ont été décimées par la peste alors que d’autres ont été pratiquement intouchées parce qu’ils avaient appliqué des mesures contraignantes.

    Bon. Pour les coupables, eh bien, la dictature chinoise nous vient tout de suite en tête. Si celle-ci avait dit la vérité au lieu de s’empresser de cacher la vérité à la planète et en mettant en prison les lanceurs d’alerte, nous serions probablement en meilleure position pour contenir cette pandémie. Une dictature est toujours une dictature et la propagande et la désinformation sont toujours leurs armes favorites. Enfin, il y a aussi notre enfant roi, Justin, qui joue le rôle de premier ministre, le rôle de sa vie et qui croit que sont état postnational est plus important que ses citoyens. Pardieu, c’est la mondialisation à parti de schèmes de frontières ouvertes à la libre circulation des gens qui sont à l’origine de ce problème.

    En passant, à Ottawa, on assiste présentement à une contagion communautaire et les responsables disaient hier qu’il y a plus de mille cas non répertoriés. Merci Justin (not).

    • Raymond Labelle - Abonné 16 mars 2020 12 h 45

      Les autorités locales chinoises ont demandé aux médecins qui avaient trouvé le virus de se taire alors qu'il aurait fallu mobiliser la population - disons pendant deux semaines cruciales. Comble de malchance Wuhan est une mégalopole. Comble de malchance, une plaque tournante de transport aérien et ferroviaire. Comble de malchance, le virus y a éclaté autour du nouvel An chinois, la période de l’année où les gens voyagent le plus pour visiter de la famille.

      Mais il faut reconnaître que, par la suite, l’État y a mis le paquet en tant qu’efforts et a fini par réussir. Mais c’est pendant la période initiale que c’est le plus payant d’agir pour contrôler le virus.

      Ceci dit, malgré la faille des autorités locales, il y avait une infrastructure médicale qui avait déjà identifié le virus. Et la Chine avait l'inconvénient que ce virus était inconnu - les autres pays ont bénéficié de l'expérience de la Chine et de l'identification du virus par celle-ci. Et à la faute des autorités locales s'est ajouté de la vraie malchance.

      Est-ce que les choses se seraient mieux passées si le premier foyer avait été en Inde ou... à Toronto, à malchance égale? Je n'en suis pas sûr.

    • Raymond Labelle - Abonné 16 mars 2020 14 h 34

      Il faut dire que, même après son erreur, l'efficacité de la Chine était aussi accompagnée en partie d'une certaine brutalité, pas toujours nécessaire. Taïwan, la Corée du Sud et Hong Kong ont pu bien faire avec des mesures fermes, mais sans brutalité - et aussi avec l'aide du civisme de leurs citoyen.nes j'imagine. Il y a eu civisme en Chine aussi - mais les autorités ont été brutales à l'occasion semble-t-il.

      À ce sujet, la chronique de François Brousseau: https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/575029/l-autre-asie

  • Claude Bariteau - Abonné 16 mars 2020 08 h 56


    Le COVID-19 voyage par avions et se répand par contacts avec les voyageurs.

    Au Québec, les premiers cas ont été identifiés sur des personnes arrivées par avion. Plusieurs des cas qui expliquent la montée du nombre de personnes affectées s'expliquent par le recours par un voyageur des transports en commun pour se rendre dans un hôpital et revenir chez lui. Il a ce faisant accentué l'irradiation de la maladie.

    En Italie, la prolifération du COVID-19 a pour source des voyageurs et s'est accélérée parce que des personnes infectées furent placées dans des salles communes avec d'autres patients non affectés, ce qui peut expliquer le pourcentage plus élevé de morts.

    Par mesure de protection, plusieurs pays ferment l'entrée des voyageurs des pays affectés le plus, voire de tous les pays, et rapatrient leurs concitoyens.

    Ce n'est pas un geste de non-solidarité internationale, ni un geste découlant d'un penchant à trouver des boucs émissaires, mais un geste de solidarité envers la population sous la responsabilité des gouvernements en matière de santé, mais aussi envers les autres populations du monde, car la maladie est devenue pandémie et demande des gestes inédits pour l'enrayer.

    C'est la réalité de base et elle nécessite une solidarité et des mesures à la hauteur des problèmes rencontrés.

    • Raymond Labelle - Abonné 16 mars 2020 10 h 41

      À défaut d'interdire à tous les voyageurs, on pourrait interdire aux touristes. À défaut d'interdire aux touristes et en tout état de cause, on pourrait supplier en personne les voyageurs d'aller en isolement volontaire et contrôler la fièvre, ce qui être fait par un agent de douanes - pas obligé de mobiliser du personnel de santé pour ça. Et lorsqu'on demande d'aller en isolement volontaire, au moins faire un suivi pour les personnes qui avaient des symptômes - idéalement tout le monde, mais priorités selon les moyens. Tout ça n'a pas encore été sérieusement fait par les autorités fédérales. Le prétexte d'attendre un rapport de la santé publique est fallacieux quant aux mesures par défaut. Les mesures par défaut ne laissent aucun doute quant à leur pertinence - celles-ci peuvent auraient dû être adoptées le plus rapidement possible.

    • Raymond Labelle - Abonné 16 mars 2020 14 h 35

      Bon, ça commence à se faire. Mieux vaut tard que jamais.

    • Raymond Labelle - Abonné 16 mars 2020 18 h 02

      Mais tard créé des dommages qui n'auraient pas eu lieu si on avait mieux agi plus tôt.

  • Céline Delorme - Abonnée 16 mars 2020 09 h 06

    Répandre la désinformation tout en la dénonçant.

    Je suis d'accord avec les principes émis par Mme Roy. On doit viser l'entraide et la collaboration entre tous les humains.
    Mais il est très dommage et surprenant que, voulant dénoncer la désinformation, Madame écrive elle-même de la désinformation.
    Madame dénonce un "Fake news" qui accuse faussement des scientifiques chinois, mais pour ce faire, elle invente et répand un "fake news" de racisme gratuit par le gouvernement canadien, ce n'est pas beaucoup mieux.
    Sous le titre Incompétence et repli sur soi "deux scientifiques chinois ont été escortés hors d’un laboratoire de Winnipeg l’été dernier et les ont accusés d’être des espions qui auraient volé le coronavirus et l’auraient passé en fraude en Chine."
    Cette phrase n'est pas très claire: on se demande où est le sujet: qui aurait fait de fausses accusations envers ces scientifiques, soi-disant par racisme ou incompétence? On devine que Mme Roy en accuse les autorités canadiennes.
    Une courte recherche sur Radio-Canada nous informe que effectivement des scientifiques du laboratoire de Winipeg sont sous enquête de la GRC depuis l'été 2019, en lien avec des tranferts de virus dangereux en Chine, des permis et autorisations ont été écrites, mais étaient-ils conformes aux normes? Les autorités ne communiquent aucune information à ce sujet, pour raison de confidentialité. Les autorités dénoncent une fausse théorie du complot circulant dans les réseaux sociaux, et assurent qu'il n'y a aucun lien entre cette enquête et le coronavirus: Voir article:
    "CBC 27 janv. 2020: Online claims that Chinese scientists stole coronavirus from Winnipeg lab have 'no factual basis"
    Je n'ai trouvé aucune information plus récente qui donne le fin mot de l'histoire à ce sujet: L'enquête est en cours et Radio-Canada fait des demandes d'accès à l'information pour connaitre la suite de l'histoire, selon le même article.

  • Yves Mercure - Abonné 16 mars 2020 09 h 10

    De la nature des liens

    L'appartenance résout le problème fondamental du petit d'humain : totalement dépourvu au départ, il transige vers des dépendances plus raisonnées avec la croissance des individus et communautés. L'attribution de valeurs communes s'inscrit dans cette recherche de solidarité coopérative à travers des jugements constant sur l'environnement. La Valence des jugements et leurs qualités objectives cédant le pas à la recherche d'efficacité du groupe pour fin de survie, s'ensuivent des progressions plus ou moins heureuses, lesquelles façonnent l'espace social. Le regard vers l'extérieur vise ainsi à jauger la zone de compétition et permet d faire les choix les plus prometteurs quant à bien asseoir l'espace vital.
    Seule la finesse sociale d'aboutissement permet de maintenir cet espace dans son intégrité fonctionnelle sans d voir entrer en guerre avec le voisin ou le lointain. Ce processus ne peut se dérouler autrement, mais la finesse de l'ensemble se heurte aux limites circonstanciées : lors de crises, les fractionnements inévitables amènent des réactions et des jugements divergeants. La ruée vers les produits sanitaires indiqué les dérive du jugement qui s'appuie sur le visuel sans prise de recule. Une autre frange se cantonne à l'autre extrême dans une inhibition d'action qui montre l'anxiété sans dévidoir. Entre-deux, de meilleurs appréciations donneront tout de même des actions comportant incohérences et oppositions. Plus le fractionnement de base de l'espace social précédent la crise est important, plus la cohésion s'envole dans la confrontation. Plus l'espace social est cohésif quant aux valeurs, moins la confrontation est probable.