Rétablissons de bonnes relations avec la nation mohawk

Les gouvernements sont à la fois juges et parties, ce qui ne facilite en rien la résolution des conflits avec les populations des Premières Nations.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les gouvernements sont à la fois juges et parties, ce qui ne facilite en rien la résolution des conflits avec les populations des Premières Nations.

Les propos du premier ministre du Québec quant à la présence d’AK-47 sur le territoire de Kahnawake ont provoqué des réactions très négatives dans la population de Kahnawake. La plupart des acteurs sociaux de cette communauté, y compris le chef de la police, ont vivement dénoncé ces paroles qualifiées de provocatrices et d’irresponsables. Les médias mohawks montrent bien comment de tels propos portent atteinte aux bonnes relations entre la nation québécoise et la nation mohawk. Tout comme le font le Conseil mohawk de Kahnawake, les Gardiens de la Paix (les policiers), les Maisons longues (traditionalistes) et les manifestants mohawks auprès de leur communauté, M. Legault doit rassurer les Québécois en les informant que les manifestants n’ont jamais eu l’intention de faire usage d’armes à feu. Tous ont été clairs sur cette question. Trente ans après la crise d’Oka, il s’agit d’un acquis important que nous partageons entre nos nations. Ne risquons pas de perdre ce que nous partageons.

Selon le premier ministre, la Sûreté du Québec aurait pu intervenir sur le territoire de Kahnawake, « si possible », avec l’appui des Gardiens de la Paix. Cela signifie que les agents de la SQ, armés, pourraient se retrouver face à d’autres agents de la paix, également armés, et que la SQ devrait mettre les autres policiers en état d’arrestation pour obstruction. Qui veut de cette situation ? Personne ne souhaite une telle détérioration des rapports avec la nation mohawk. Le premier ministre se doit de clarifier la situation au sujet des règles d’intervention de la SQ à Kahnawake. Il doit également intervenir afin de faire reculer les préjugés que ses propos ont suscités auprès de la population québécoise.

Si la SQ n’est pas intervenue, c’est parce qu’il n’y a pas eu de demande d’assistance de la part des autorités policières de Kahnawake. Ces règles sont établies dans l’entente trilatérale entre le Conseil mohawk de Kahnawake, le gouvernement fédéral et celui du Québec. D’autre part, les trois conditions — fondement juridique, nécessité d’agir et urgence de la situation — qui pourraient justifier une intervention de la SQ et qui ont été établies par le coroner Guy Gilbert à la suite de la mort du caporal Marcel Lemay à Oka en 1990, n’étaient pas réunies. Ce rapport avait conclu à une intervention inappropriée de la SQ, qui a depuis longtemps mis en oeuvre les recommandations du coroner. Il est primordial que la SQ maintienne les rapports harmonieux qu’elle entretient avec les Gardiens de la Paix de Kahnawake. Les policiers de Kahnawake ont déclaré qu’ils n’avaient nullement l’intention de mettre en oeuvre l’injonction accordée au Canadien Pacifique. Cette compagnie a précisé aux médias mohawks que l’injonction demandée visait à ce que d’autres blocages ne se reproduisent pas sur le territoire du Québec. À Kahnawake, elle a continuellement souhaité une solution négociée. Manifestement, le Canadien Pacifique tient à maintenir de bonnes relations.

Consentement préalable

Le litige actuel avec les Wet’suwet’en concerne le « consentement préalable, libre, et éclairé » des Autochtones au sujet d’un projet de gazoduc sur leur territoire. La Commission des droits de la personne de la Colombie-Britannique a récemment relevé qu’il y a eu atteinte à ce droit que possèdent les Chefs héréditaires. Elle dénote aussi que la GRC a fait usage de force excessive à l’endroit des manifestants. En 1997, les Chefs héréditaires ont été reconnus par la Cour suprême comme les détenteurs des droits ancestraux de leur nation hors des réserves. Cette reconnaissance aurait dû mener à la signature d’un traité qui tienne compte de cette nouvelle norme juridique appuyée par le Canada lorsqu’il a adopté une motion appuyant la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. Le premier ministre du Québec, qui a également appuyé la Déclaration des Nations unies, devrait intervenir en ce sens. Il devrait faire des représentations auprès de ses homologues afin que la « paix des braves », complément à un traité moderne, soit la Convention de la Baie James et du Nord québécois, se produise également chez les Wet’suwet’en dans le Nord de la Colombie-Britannique, tout comme il souhaite qu’elle s’étende à toutes les nations autochtones au Québec.

Les gouvernements sont à la fois juges et parties, ce qui ne facilite en rien la résolution des conflits comme ceux qui sont au coeur des revendications de la nation wet’suwet’en. La solution à l’impasse actuelle passe par un mécanisme indépendant des gouvernements.

Plutôt que d’exagérer nos différences, il importe dans cette situation de mettre en lumière ce que nous avons en commun. D’une part, il est d’intérêt public que les populations qui ont tissé de longues relations avec des territoires éloignés méconnus de la plupart des Canadiens et des Québécois puissent bénéficier d’une nouvelle norme juridique qui accroît leur participation au processus décisionnel. D’autre part, le chef de Kahnawake, Joe Tokwiro Norton, et le secrétaire de la Maison longue (traditionaliste), Kenneth Atsenhaienton Deer, ont tous les deux affirmé que cette lutte en appui aux chefs héréditaires wet’suwet’en constitue également une lutte contre les changements climatiques.

Le Québec est directement concerné par le fait que de vastes parties de son territoire n’ont pas fait l’objet de traité. Des « traditionalistes » sont également présents parmi les nations autochtones au Québec. Le premier ministre Legault doit prendre l’occasion de cette crise pour appuyer l’engagement du gouvernement fédéral à mettre en oeuvre la recommandation de la Commission royale sur les peuples autochtones (1996) au sujet de la réunification des nations autochtones, ce qui participerait à créer des conditions d’une meilleure gouvernance. Tirons profit de cette « crise » pour regarder vers l’avenir plutôt que d’associer la nation mohawk à des armes de guerre !


 
15 commentaires
  • Hélène Gervais - Abonnée 9 mars 2020 06 h 02

    Vous rêvez en couleur ....

    les mohaks de kanawaké ne sont et ne seront jamais intéressés par ceux qui vivent à l’extérieur de leur clan; ce sont de fortes têtes qui jamais ne consentiront à un dialogue avec les blancs. Ils ne parlent qu’anglais, font ce qu’ils veulent sans jamais dialoguer. Que le premier ministre ait fait une bourde ou pas n’y change strictement rien. Ce qu’ils veulent c’est l’intimidation. Toutes les raisons sont bonnes pour eux de montrer qu’ils sont les boss. Alors arrêtez de penser que ces autochtones, qui prétendent n’être ni Kébécois ni kanadiens vont s’abaisser à dialoguer.

  • Léonce Naud - Abonné 9 mars 2020 06 h 02

    Les Iroquois ont promis un deuxième Oka

    L’auteur de ce texte prétend que « les manifestants n’ont jamais eu l’intention de faire usage d’armes à feu. Tous ont été clairs sur cette question ». La réalité est tout autre. Manifestants à la barricade ainsi que chefs ou porte-parole Iroquois ont affirmé à plusieurs reprises que toute intervention d’un corps policier non-autochtone sur le territoire de cette réserve produirait comme résultat une seconde crise d’Oka, c’est-à-dire l’usage d’armes de guerre comme ce fut le cas il y a 30 ans quand le caporal Lemay fut assassiné par un tir de Kalatchnikov.

  • Raynald Blais - Abonné 9 mars 2020 06 h 58

    Et ça les wet’suwet’en le savent bien

    Tout comme la compagnie du Canadien Pacifique qui affirme maintenant que l’injonction obtenue ne visait pas Kahnawake, le premier ministre M. Legault devrait s’excuser, puisque « … les manifestants n’ont jamais eu l’intention de faire usage d’armes à feu ».

    À l’exemple du Québec, la bourgeoisie et l’État canadiens pourraient-ils favoriser par des excuses la signature d’un traité moderne qui permettrait de résoudre les futurs problèmes avec les Premières Nations? Certains le croient.

    L’un de ces problèmes à résoudre est celui créé par la lutte des wet’suwet’en pour défendre leurs droits ancestraux et l’environnement car ils retardent le développement économique du pays, y compris celui des territoires faisant l’objet de leurs droits. Sous le capitalisme, un traité qui servirait à reconnaître les droits des Premières Nations et à réduire les barrières au développement économique ne règlerait pas définitivement les litiges mais il permettrait au développement de progresser méthodiquement tel que voulu par les plus conciliants de la bourgeoisie canadienne.

    Et ça les wet’suwet’en le savent bien.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 9 mars 2020 13 h 01

      "Le premier ministre Legault devrait s’excuser, puisque « … les manifestants n’ont jamais eu l’intention de faire usage d’armes à feu »." - Raynald Blais

      Il y en a qui, comme Monsieur Blais, donneraient le bon Dieu sans confession aux autochtones parce qu'ils sont ce qu'ils sont. Pourtant, comme le mentionne un autre intervenant, des chefs ou porte-paroles des manifestants aux barricades ont affirmé à plusieurs reprises que toute intervention d’un corps policier non-autochtone sur le territoire de la réserve produirait une seconde crise d’Oka. Il me semble que c'est suffisamment clair pour être porté à l'attention d'un public qui se demande pourquoi les choses piétinent. La réalité se trouve là. Les cachotteries de la bien-pensance ont fait leur temps.

      Les autorités en place se doivent de respecter la souveraineté de la nation mohawk. Toutefois le blocage de voies ferrées de la part de ses éléments les plus radicaux agissant pour leur propre compte constitue une forme de chantage inacceptable, d'autant plus que les Mohawks ne sont pas directement concernés par la crise de pouvoir qui agite la nation Wet'suwet'en. La solidarité autochtone tant célébrée par certains est factice. En fait, les activistes de tout poil instrumentalisent cette crise qui sévit à l'autre bout du pays pour faire avancer leur propre agenda et asseoir leur influence au sein de leur communauté.

      Ce n'est pas en voulant amadouer à tout prix ces provocateurs qui savent d'avance qu'ils vont pouvoir en mener large que les choses s'amélioreront. Neville Chamberlain en a fait l'amère expérience à Munich en 1938.

      Il y a aussi des mots clefs du discours servi ici qui ne trompent pas. "Capitalisme", "bourgeoisie" et tutti quanti. On voit tout de suite à quelle sorte d'idéologie - et à quel parti politique - l'auteur est abonné. Pas très convaincant tout ça...

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 9 mars 2020 22 h 16

      « Il y a aussi des mots clefs du discours servi ici qui ne trompent pas. "Capitalisme", "bourgeoisie" et tutti quanti. On voit tout de suite à quelle sorte d'idéologie - et à quel parti politique - l'auteur est abonné. Pas très convaincant tout ça... »

      Dommage. Votre commentaire était intéressant.

    • Raynald Blais - Abonné 10 mars 2020 05 h 55

      Je ne suis abonné qu'au Devoir, M. Morin.

  • Pierre Rousseau - Abonné 9 mars 2020 08 h 19

    Des gouvernements de mauvaise foi

    S'il n'y a pas eu de traité avec les Wet'suwet'en c'est en raison de l'intransigeance des gouvernements fédéral et provincial qui ont toujours insisté que les peuples autochtones renoncent à leurs droits ancestraux et les abandonnent en faveur de la couronne. La Convention de la Baie-James et du Nord québécois comprend aussi cette clause que les Eeyou (Cris) et les Inuits ont finalement accepté, de guerre lasse, et ce n'est pas un bon exemple pour bien d'autres Premières Nations, comme les Wet'suwet'en, qui refusent d'abandonner leurs droits ancestraux. Il faut aussi noter que cette « politique » a été abandonnée en 2019 dans le cadre du processus de négociation des traités de Colombie-Britannique. La Cour suprême du Canada avait d'ailleurs constaté que les gouvernements n'étaient pas toujours de bonne foi et dans l'affaire Haida Nation (2004), elle les exhortait de négocier de bonne foi, pour l'honneur de la couronne.

    Si on en revient à M. Legault, on voit encore une fois la mauvaise foi des gouvernements qui aiment semer le vent du racisme latent et systémique dans notre pays. Ah les méchants Iroquois ! On met de l'huile sur le feu en pleine crise, ce qui ne pourrait être une plus grande marque de mauvaise foi. Quand ça va bien, on vante les rapports avec les nations autochtones et on parle de réconciliation mais aussitôt que ces dernières veulent faire respecter leurs droits constitutionnels et internationaux, on monte sur nos grands chevaux et on tombe dans le piège des stéréotypes et on blâme les victimes du colonialisme.

    Comme l'écrit M. Trudel, il y a des décennies que nos gouvernements ont une feuile de route pour rétablir les droits des peuples autochtones (dont les 440 recommandations de la Commission royale et les autres, pour un total d'environ 1 000 recommandations) mais les politiciens ont refusé d'agir. Ce sont eux qui sèment le vent et on peut craindre qu'ils vont nous faire récolter la tempête.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 9 mars 2020 16 h 02

      "Si on en revient à M. Legault, on voit encore une fois la mauvaise foi des gouvernements qui aiment semer le vent du racisme latent et systémique dans notre pays... On met de l'huile sur le feu en pleine crise, ce qui ne pourrait être une plus grande marque de mauvaise foi. " - Pierre Rousseau

      Nonobstant les demandes légitimes des autochtones et le fait que le gouvernement fédéral se traîne les pieds depuis toujours dans cet épineux dossier, des faits demeurent:

      1) des activistes amérindiens en porte-à-faux avec leur propre communauté bloquent des liens de transport essentiels pour la vie économique

      2) la raison invoquée pour cette action concerne une nation amérindienne en Colombie-Britannique et non les Mohawks de Kahnawake.

      3) le gouvernement fédéral refuse d'intervenir en disant que c'est à la police "provinciale" de le faire.

      4) cette dernière n'agit pas davantage et la population s'interroge sur la cause de cette surprenante inaction.

      5) pressé de questions, le premier ministre donne la raison.

      Doit-on le taxer de mauvaise foi pour avoir dit les choses comme elles sont? Je crois que non. Ce type de choses doit se savoir et n'a rien à voir avec un supposé "racisme systémique" à la mode ces temps-ci chez les branchés. Ce n'est pas le temps de faire des cachotteries dans le but de bien paraître.

    • Léonce Naud - Abonné 9 mars 2020 21 h 02

      Cher M. Rousseau : se peut-il que les politiciens aient refusé d'agir sur ces 1000 recommandations parce que la plupart n'ont ni queue ni tête ?

  • Anne-Marie Courville - Abonnée 9 mars 2020 09 h 14

    L'erreur de la création des réserves

    Jean Chrétien croyait que la création des réserves serait la solution pour avoir la paix avec les Indiens.
    C'est le contraire qui se produit et on en a la preuve aujourd'hui. Mais une majorité d'indiens est en accord avec les québecois et veulent de bonnes relations avec nous comme nous voulons de bonnes relations avec eux.
    On devrait parler de P A I X plutôt que de guerre.

    Chantale Lafond