Tolérance zéro pour les mutilations génitales féminines

Le 6 février a été déclaré «Journée internationale de tolérance zéro à l’égard des mutilations génitales féminines».
Photo: Aaron Favila Associated Press Le 6 février a été déclaré «Journée internationale de tolérance zéro à l’égard des mutilations génitales féminines».

Dimanche, le 8 mars, toutes et tous, nous fêterons les femmes, et c’est très bien. Mais nous avons vraisemblablement oublié de penser aux femmes le 6 février, nous avons oublié de commémorer cette date déclarée par les Nations unies « Journée internationale de tolérance zéro à l’égard des mutilations génitales féminines ». Or, il faut en parler : chaque jour, environ 6000 jeunes filles sont excisées, soit en gros près de trois millions chaque année. Autrement dit, où que ce soit, une jeune fille est victime de mutilation génitale toutes les 10 secondes. Autrement dit encore, depuis que vous avez commencé à lire ce texte, six nouvelles excisions ont été pratiquées. Dans le monde entier, Québec y compris. Le silence a longtemps prévalu : le sujet est tabou, la volonté politique, absente, les notions de respect des coutumes autres et le principe de non-ingérence l’emportant.

La première observation de cette pratique peut être située au IIe siècle avant Jésus-Christ. Par la suite, on a pu l’observer dans des groupes divers : chrétiens, musulmans, animistes, juifs, bouddhistes… Aucune religion n’en prescrit l’ordonnance — sauf à faire une interprétation erronée de certaines recommandations.

L’opération est faite à l’aide d’un rasoir — non aseptisé, cela va sans dire. La douleur est fulgurante, atroce, indicible ; jamais, au grand jamais, ces femmes ne pourront oublier ce jour ! C’est que le clitoris possède, outre une vascularisation abondante qui le rend érectile, 8000 terminaisons nerveuses qui en font l’organe le plus sensible qu’on puisse trouver chez l’être humain ; son équivalent masculin, le gland du pénis, n’en possède, lui, que 6000. La mort peut survenir dans l’immédiat, à la suite d’hémorragies incontrôlables ; par la suite, risquent de se produire des hémorragies, des infections, comme le tétanos, susceptibles de se répandre vers les ovaires, l’utérus ou le vagin. Si la petite fille survit, elle est exposée à des complications parfois très graves, le sida y compris. Etc., etc.

Quant à l’âge auquel sont pratiquées les mutilations génitales féminines (MGF) (avant 15 ans et, pour la moitié des cas, avant 5 ans), on constate une tendance nette à intervenir sur des enfants de plus en plus jeunes, voire des bébés — ce qui pose problème quant à ladite valeur initiatique de cette pratique.

Ce massacre sexuel, il est bien clair qu’il n’est en rien, mais absolument en rien, l’équivalent d’une circoncision masculine, à savoir l’ablation totale ou partielle du prépuce, cette petite peau qui enveloppe l’extrémité du pénis. La circoncision n’a pratiquement jamais de retentissement sur le corps ou sur la psyché. Il reste que, tout comme l’excision, elle constitue une atteinte à l’intégrité physique d’un être vivant, qui plus est un enfant, lequel ne peut opposer aucune résistance. Bref, quand bien même la circoncision ne présente aucune analogie avec une MGF, on ne peut que demander, pour elle aussi, son interdiction.

Au Québec, à l’instar de plusieurs pays d’immigration, il n’existe pour le moment aucun recueil de données sur cette pratique, par ailleurs illégale puisque pénalisée au Canada. Par ailleurs, un grand silence, pour ne pas dire un déni pur et simple, entoure ici ces pratiques. Or, la vie privée ne saurait être protégée à tout prix : quelles que soient les raisons invoquées (personnelles ou culturelles), il est des cas où c’est la protection de la vie tout court qui doit l’emporter, où le tabou du silence doit être brisé. Il est impératif d’empêcher que de petites filles encore intactes soient atteintes dans l’intégrité de leur corps et la qualité de leur psychisme. Ces petites filles sont maintenant des Québécoises, elles sont appelées à vivre dans une société autre que celle de leurs origines, une société à laquelle elles sont en train de s’intégrer.

N’hésitons donc pas, faisons tout notre possible pour leur éviter ce sort infâme. N’oublions jamais que les arguments du genre « c’est leurs traditions, leur religion » ou encore « Les parents veulent qu’il en soit ainsi » sont tenus pour nuls par les lois québécoise et canadienne. Si votre voisine ou votre voisin vous annonce que sa petite fille va passer ses vacances en Afrique dans le pays de sa famille ou si la responsable de la garderie que fréquente votre enfant vous apprend que telle petite est revenue après quelques jours d’absence sans vouloir parler de ce qui l’a retenue chez elle et que, dès lors, son comportement n’est plus le même, bref, si de quelque façon telle ou telle situation vous semble louche, n’hésitez pas, faites part de vos doutes à la Direction de la protection de la jeunesse. Signaler n’est pas dénoncer, c’est simplement faire connaître aux autorités judiciaires ou administratives des faits susceptibles de donner lieu à des poursuites.

 

6 commentaires
  • Irène Durand - Abonnée 7 mars 2020 08 h 46

    Le message est clair.

    Merci mesdames pour ce texte qui dit clairement l'importance de modifier des comportements barbares.

  • Réal Boivin - Abonné 7 mars 2020 08 h 54

    Tous et toutes debouts contre l'excision!

    Enfin une grande cause pour ce 8 mars qui a le potentiel de réunir tout le monde autour d'une grande bataille contre le massacre organisé des fillettes. Et en plus, on peut aussi en profiter pour attaquer tous les supposés rites religieux qui mutilent aussi les garçons.

    • Mario Laprise - Abonné 7 mars 2020 15 h 43

      Très bon article. Ce geste horrible est perpétré au nom de croyances absurdes, de traditions inhumaines. Dans la charte des droits de tous les pays cette barbarie devrait être interdite et surtout, sanctionnée sévèrement.
      Sous prétexte de ne pas s'ingérer dans la vie privée des gens venant d'ailleurs ou depuis longtemps installées ici, nos sociétés tolèrent ces actes immondes, tant la circoncission que l'ablation du clitoris. Il faut en faire des délits criminels passibles de sanctions de prison ou autres.

  • André Joyal - Inscrit 7 mars 2020 12 h 58

    «...n’hésitez pas, faites part de vos doutes à la Direction de la protection de la jeunesse.»

    Vraiment???? Pas à celle de l'Estrie entéka!

    Quelle horreur que cette tradition. Quant on pense qu'elle est pratiquée à 90% sur les fillettes d'un pays qui fut , il y a 3-4 millénaires, une grande civilisation : l'Égypte. L'ONU devrait envoyer des sexologues partout où cette pratique barbare se manifeste, afin de faire savoir aux hommes ô combien il est meilleur, pour EUX, de faire l'amour à une femme non excisée. Car ils l'ignorent totalement, les pôvres! Le fun est bien plus le fun quand on donne du fun. Ces hommes n'entendront plus dire que «l'amour fait mal». Rendons leur ce service.

  • Suzanne Chabot - Inscrite 8 mars 2020 19 h 50

    On ne laisse pas passer quelque occasion que ce soit !


    Toutes les occasions sont bonnes pour taper sur le dos des musulmans, qui ne représentent qu'un ou deux pourcents de la population.

    En cette journée de la femme, les problèmes ne manquent pas au Québec qui auraient pu faire l'objet d'articles approfondis.

  • Michel Gélinas - Abonné 8 mars 2020 23 h 30

    Bravo d'avoir inclus la circoncision!

    C'est aussi une pratique barbare, la circoncision, le prépuce étant une partie importante du sexe masculin. Il recouvre le gland et le protège de frottements irritants. Il y a de centaines de terminaisons nerveuses dans le prépuce lesquelles en frottant le gland participe au plaisir sexuel. Le prépuce n'est pas là pour rien, c'est le fruit de l'évolution. C'est un crime de s'en prendre à l'intégrité physique des garçons dans leur jeune âge pour les priver toute leur vie d'une partie de leur pénis, en les mutilant. Ça part des religions juive et musulmane. Encore une fois l'intervention de 2 religions pour marquer leur emprise sur les humains en les marquant presqu'au fer rouge! Il y a des séquelles et des douleurs aussi, votez les cris de l'enfant qui se fait circoncire et les infections aussi. Il faut interdire la circoncision.
    Bien entendu, l'excision, sujet principal de ce texte intelligent, doit être interdit.

    Merci PDF dont j'admire le jugement et le bon sens de ses positions sociales depuis longtemps, sur la laïcité, par exemple, d'avoir tenu compte, avec toute l'équité qui caractérise ce regroupement, du droit des garçons à leur intégrité physique.