Pour un mode de scrutin paritaire

«Pour permettre une meilleure représentation féminine dans la sphère politique, les mesures ne doivent pas viser simplement le nombre de candidates aux élections», affirme l'autrice.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne «Pour permettre une meilleure représentation féminine dans la sphère politique, les mesures ne doivent pas viser simplement le nombre de candidates aux élections», affirme l'autrice.

Le gouvernement du Québec a déposé en septembre 2019 son projet de loi 39 modifiant le mode de scrutin. Si l’événement a été qualifié d’historique, c’est parce que le système actuellement en vigueur n’a subi aucune modification… depuis 1862 ! Inutile de mentionner que le mode de scrutin que nous connaissons n’est plus adapté aux attentes de la société québécoise.

On l’a démontré à maintes reprises : l’une des principales lacunes du mode de scrutin actuel est la déformation de la volonté populaire. À la dernière élection, la CAQ a récolté 37 % du vote populaire, mais a obtenu 59 % des sièges à l’Assemblée nationale. De leur côté, le Parti québécois et Québec solidaire ont remporté chacun 8 % des sièges, alors que la population québécoise a voté pour ces partis dans une proportion de 17 et 16 %, respectivement. Encore, je vous épargne tous les résultats électoraux des scrutins précédents où une minorité de citoyens a, par distorsion systémique, imposé ses choix à la majorité. Dans le système actuel, on décèle une tendance qui ne sert pas les intérêts des citoyennes et des citoyens.

Le 8 mars offre toutefois l’occasion de mettre en lumière une autre distorsion du mode de scrutin actuel : celle concernant la parité femme-homme. En moyenne, au cours des 20 dernières années, on compte seulement 30 % de députées élues. La dernière élection a connu une avancée significative, avec un taux de 42 % de femmes élues. S’il est important de saluer ce progrès, rappelons-nous qu’il n’est d’aucune façon garant de l’avenir.

En dépit de l’importance d’une représentation plus équitable de la parité des femmes et des hommes, la ministre Sonia LeBel propose dans son projet de loi des mesures nettement insuffisantes et sans conséquences réelles en cas de non-respect de celles-ci.

Malgré un énoncé de principe de la zone paritaire établie entre 40 % et 60 % dans le projet de loi, la seule exigence qu’un parti politique doit respecter consiste à annoncer son objectif en matière de recrutement de candidates… et de transmettre par la suite un rapport au Directeur général des élections du Québec. Cette absence totale d’obligation aux formations politiques rend l’exercice de reddition de comptes aussi inutile que le statu quo actuel. Ces « exigences » sur la parité ne constituent en rien une mesure incitative pouvant assurer une place représentative des femmes en politique.

Pour permettre une meilleure représentation féminine dans la sphère politique, les mesures ne doivent pas viser simplement le nombre de candidates aux élections. Elles doivent aussi permettre aux femmes d’avoir une réelle chance d’être élues. L’histoire nous démontre que se limiter à l’autorégulation, aux énoncés de principes ou aux voeux pieux ne fonctionne pas. Soyons à la hauteur de nos ambitions ! Le projet de loi, qui est actuellement à l’étude, aurait avantage à être modifié afin d’inscrire le principe d’alternance obligatoire femme/homme sur les listes de candidates et de candidats que présentent les partis politiques.

Choisir un nouveau système électoral est un exercice démocratique important que peu de citoyennes et citoyens ont l’occasion de vivre dans leur vie. En ce sens, les choix que portera ce projet de loi seront déterminants pour les générations futures. Le besoin de changement n’est plus à prouver, de la même façon qu’il est primordial qu’un nouveau mode de scrutin soit inclusif. C’est pour cette raison que le projet de loi gagnerait à interpeller l’ensemble de la population… à commencer par les femmes.

L’étude, article par article, du projet de loi débutera sous peu. Face aux nombreux consensus déposés en commission parlementaire, nous demandons que des amendements soient adoptés afin que le projet de loi soit à la hauteur des attentes de la société québécoise d’aujourd’hui, particulièrement concernant la parité.

Pour la Coalition pour la réforme électorale maintenant ! (dont la CSQ fait partie), la fenêtre actuelle permet, plus que jamais, de donner une vraie place aux femmes en démocratie. L’égalité entre les femmes et les hommes constitue donc un levier pour que l’on s’approche un peu plus de l’idéal où chaque vote compte réellement. Il ne s’agit que de saisir l’occasion qui se présente à nous aujourd’hui.


Une version précédente de ce texte affirmait que le taux de femmes élues à la dernière élection québécoise était de 53 %. Or, c’est plutôt 53 femmes qui ont été élues, pour un taux de 42 %.

7 commentaires
  • Louis Massicotte - Abonné 6 mars 2020 07 h 50

    Arithmétique boîteuse

    Un "taux de 53 % de femmes élues" à la dernière élection?

    Si tel était le cas, le mode de scrutin actuel aurait produit un parlement paritaire, et même un peu plus.

    En fait, 53 femmesont été élues sur 125, ce qui fait 42%.....

  • Cyril Dionne - Abonné 6 mars 2020 07 h 58

    Même si tous les syndicalistes de tous acabits descendaient dans la rue pour réclamer un changement de scrutin, c’est par un référendum qu'on décidera

    Combien de fois faudra-t-il dire non? On n’en veut pas de votre scrutin proportionnel. Ceci, même si tous les syndicalistes à la Québec solidaire viendraient pleurer leur cause.

    De grâce, parler de la parité homme-femme. Aux dernières nouvelles, il semble y avoir plus de femmes qui peuvent voter, et pourtant, même s’il y a des candidates, elles ne votent pas pour elles. La parité homme-femme commence avec les partis politiques et rien n’empêche aucune femme de se présenter comme indépendante. Encore une fois, si on veut permettre aux femmes d’avoir une réelle chance d’être élues, ceci se tient à partir des partis politiques. Ce sont eux qui décident des chances réelles de gagner dans tel ou tel comté. Mais les listes des candidats-candidates dans une proportionnelle nous donne des gens qui n’ont pas été élu par la population. Ceux-ci représentent les partis et non le peuple, par le peuple et pour le peuple. On s’approche rapidement de cet infâme Sénat où les sénateurs sont nommés au bon plaisir du roi de la constitution monarchique, le premier ministre.

    Alors, non merci encore une fois. On n'en veut pas de votre proportionnelle.

  • Marcel Vachon - Abonné 6 mars 2020 08 h 05

    On s'en va où avec ça?

    Ni moi, ni aucune personne que je connais, n'avons voté pour une personne parce qu'elle avait un pénis ou un vagin. Lorsque feu madame Lise Payette s'est présentée aux élections de je me me souviens plus de qu'elle année, j'ai été très enthousiaste de son geste, car c'était une femme exceptionelle. Et je pense avoir eu raison. Lorsque monsieur Philippe Couillard s'est présenté comme candidat à une certaine autre élection, j'ai eu l'effet contraire.
    Pourquoi dérouler le tapis rouge pour certaines personnes et pas pour d'autres? On devrait alors dérouler le tapis rouge pour les autoctones, les personnes de certaines origines, les jeunes, etc. etc. alors. On s'en va où avec ça?

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 6 mars 2020 09 h 07

    Je ne suis vraiment pas d'accord

    On commence avec les femmes, puis ce sera le tour des ethniques, des musulmanes voilées, des sikhs avec turban et kirpan, des homosexuels, des transgenres. Non merci.

    L'auteure écrit elle-même : « La dernière élection a connu une avancée significative, avec un taux de 53 % de femmes élues. » C'est excellent ! Faisons confiance aux électeurs québécois. Nous connaitrons nous aussi ce que connaît présentement la Finlande.

  • Paul Gagnon - Inscrit 6 mars 2020 10 h 05

    Est-ce à dire que toutes les femmes ne votent pas pour des femmes?

    et que nombre d'hommes votent pour des femmes - il le faut bien sinon il n'y aurait pas d'éluEs.
    Que le monde parfait tarde donc à venir : vivement qu'on lui botte le derrière.