D’un pharaon à l’autre

Des partisans de l'ancien président égyptien Hosni Moubarak lui rendent hommage au lendemain de son décès, au Caire.
Photo: Mohamed El-Shahed Agence France-Presse Des partisans de l'ancien président égyptien Hosni Moubarak lui rendent hommage au lendemain de son décès, au Caire.

L’ancien président égyptien Hosni Moubarak est décédé dans un hôpital militaire du Caire, la semaine dernière, à l’âge vénérable de 91 ans. Dans les articles de presse à ce sujet on a surtout insisté sur le fait qu’il avait dû démissionner dans le contexte du Printemps arabe de 2011.

C’était bien sûr le premier président égyptien à le faire. Ses prédécesseurs, Gamal Abdel Nasser et Anouar el-Sadate, sont morts au pouvoir. Alors vice-président, Moubarak avait succédé à ce dernier après son assassinat en 1981 par un groupe islamiste. D’ailleurs, sans doute superstitieux, Moubarak n’a jamais voulu nommer un vice-président, sauf à la toute fin.

Originaire du delta du Nil, d’un milieu modeste (son père était fonctionnaire), comme beaucoup de ses semblables il avait choisi les forces armées comme moyen d’ascension sociale, et graduellement gravi les échelons militaires. Dans les forces aériennes, il avait participé à la guerre de 1973, alors que les armées égyptiennes avaient traversé à la surprise générale le canal de Suez et avancé rapidement contre les forces israéliennes. C’est d’ailleurs pour sa participation dans cette offensive qu’il a eu droit à des funérailles officielles.

Moubarak a dirigé son turbulent pays pendant 30 ans. Ce n’est pas rien. Pour avoir vécu en Égypte au début de son mandat puis une quinzaine d’années plus tard, je fus à même de voir l’évolution du pays.

Les Égyptiens aiment la stabilité. C’est ce que Moubarak avait bien compris. Il a mené son pays d’une main de fer. N’hésitant pas à emprisonner et à faire torturer les opposants et à contrôler de près les médias. Il utilisait la menace « islamiste » pour mettre de son côté les capitales occidentales capables notamment d’aider financièrement l’Égypte, pays en pleine explosion démographique et sans grandes ressources.

Il se voulait le leader arabe modéré qui pouvait aussi parler aux Israéliens. Cela ne l’empêchait cependant pas de poursuivre une politique de paix froide avec son voisin. Sachant sans doute que sa population accepterait mal un trop grand rapprochement dans le contexte de son occupation des territoires palestiniens.

On oublie qu’il avait permis la présence d’une certaine opposition au Parlement égyptien. En effet, les Frères musulmans y avaient fait élire de nombreux députés. Évidemment, le régime n’avait pas prévu que ces derniers se retrouveraient au pouvoir après sa démission et les élections qui suivirent…

Son successeur, le président Morsi, fut renversé avec l’aide des militaires, qui mirent l’un des leurs, le général al-Sissi, à la tête de l’État.

Ce dernier, qualifié de « mon dictateur préféré » par le président Trump, continue sur les traces de Moubarak, mais en pire, sans doute. Encore une fois sous prétexte de stabilité et de lutte contre le terrorisme, il remplit les prisons et réprime à tout va. En comparant les deux régimes, on pourrait presque qualifier la période Moubarak de « dictature molle ». Il y avait alors une certaine liberté de presse et on n’arrêtait pas les chanteuses qui osaient ne pas recommander de boire l’eau du Nil…

On dit que certains Égyptiens ont la nostalgie de l’ère Moubarak. Cela reste à prouver. On peut se désoler que son départ n’aura servi à rien. Un pharaon remplaçant l’autre. Cela rassure évidemment les bailleurs de fonds et les dirigeants internationaux, mais ne fait que retarder le moment où une autre poussée de colère populaire fera descendre la population dans la rue.

Les dirigeants de la région ont bien réalisé que tant qu’ils contrôlent police et armée ils ont peu à craindre. En Iran et en Irak, récemment, on a bien vu que le pouvoir n’hésitait aucunement à faire tirer sur sa population. Au Liban et en Algérie, on compte sur le temps pour essouffler les revendications.

Mais avec une population de 100 millions d’habitants, un tiers de la population en dessous du seuil de pauvreté et une jeunesse sans grand espoir d’améliorer son sort, on peut prévoir que tôt ou tard le couvercle du chaudron va sauter à nouveau.

Au lieu de soutenir encore une fois un dictateur en Égypte, nos leaders feraient mieux d’encourager l’émergence d’une vraie démocratie. Notre premier ministre rencontrait récemment le chef de l’État égyptien au Sommet de l’Unité africaine pour qu’il appuie notre candidature au Conseil de sécurité. Espérons qu’il en aura profité pour soulever l’état déplorable des droits de la personne dans ce pays…

9 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 4 mars 2020 03 h 46

    Encore des rêves...

    M. LaRochelle, c'est exacement cela la cause des vétitables problèmes, et vous vous gargarisez de mots qui ne veulent absolument rien dire dans ces pays musulmans: "Au lieu de soutenir encore une fois un dictateur en Égypte, nos leaders feraient mieux d’encourager l’émergence d’une vraie démocratie."

    La démocratie cela s'apprend, et ce n'est surtout pas une démarche spontanée... En fait, cela prend des dizaines d'années, pour ne pas dire des siècles, pour que ce principe émerge... Lisez un peu sur l'histoire du monde occidental (France, Angletrerre, Allemagne, Italie, Espagne, etc.). Le constat est flagrant: c'est tout récent que cette histoire de démocratie... et même là, la France, mère de la Liberté, de l'Égalité, et de la Fraternité, a remplacé un roi et ses courtisans par un président et ses oligarques. Pour l'Espagne, l'on peut facilement se rendre compte que les vieilles coutumes "royales" reviennent au galop... Ne reste que l'Angleterre (Royaume-Uni) qui s'en tire un peu mieux... et même là, ce n'est pas un fait qui va de soi cette "démocratie"... L'Irlande, plus particulièrement l'Irlande du Nord peuvent tous deux facilement démontrer que le principe du "la démocratie va de soi" est bien loin de la réalité.

    Actuellement, toutes les interventions ou encouragements d'instaurer un système démocratique "à la mode comme dans le monde occidental - celui de l'Ouest, on s'entend" ce sont soldés par des échecs... Et au mieux, la seule avancée est un demi-échec avec la Tunisie... Et même là, le grenouillage des "fous de Dieu" doit être combattu avec force et répressions par le pouvoir en place.

    En fait, mieux vaut pour le peuple un régime autoritaire du style à Moubarak (et son successeur actuel), qu'un régime totalitaire (un régime totalitaire, c’est non seulement la concentration du pouvoir dans les mains d’un parti politique et de ses principaux dignitaires, ou de son chef suprême, mais c’est aussi la soumission absolue de toute la société à ce pouvoir).

    • Nadia Alexan - Abonnée 4 mars 2020 10 h 06

      La religion est le drame de l'Égypte, mon pays natal, d'ailleurs comme tous les autres pays du Moyen-Orient, où il n'y a pas une séparation entre l'Église et l'État. La démocratie est un luxe que l'on ne peut pas envisager quand le tiers de la population vit en pauvreté. Les intégristes instrumentalisent la misère des plus pauvres pour déclarer que seule la religion peut les sauver.
      Nous sommes choyés en Occident d'avoir adopté la laïcité comme un rempart à la barbarie du sectarisme qui détruit toujours la civilisation.

  • Serge Lamarche - Abonné 4 mars 2020 03 h 59

    Même histoire

    Il semble que d'avoir éliminé les dictateurs de cette partie du globe a empiré les chose par cent fois. Il n'y a que la Tunisie qui semble s'être améliorée et c'est dû au fait que tous les gens honnêtes se sont impliqués.

  • Claude Gélinas - Inscrit 4 mars 2020 04 h 53

    Ne pas se faire trop d'illusion !

    Il semble révolu le temps où les dirigeants des pays démocratiques rappelaient aux dictateurs l'importance de respecter les droits humains. Car désormais, l'économie et le commerce font la Loi.

    Qui pourrait espérer qu'un Président comme celui des États-Unis qui ne respectent rien, qui dénoncent les juges et se fout éperduement de l'équilibre des pouvoirs pourrait soulever la question des droits humains avec son homologue Poutine, Erdegoyan, Kim Jong ou le Président égyptien alors qu'il rêve d'être réélu à vie.

    • Françoise Labelle - Abonnée 4 mars 2020 07 h 06

      Dans le cas de Trump, il s'agit plus d'un fanfaron que d'un pharaon.
      La crainte d'un autocrate à vie est légitime. Quant à son impact réel sur l'économie et le commerce, c'est à voir.
      Je ne peux approuver par clic, n'étant plus sur Fakebook (quelle dépendance!).

    • Serge Pelletier - Abonné 4 mars 2020 07 h 47

      M. Gélinas, le Trump (l'individu au cheveux "un orange/or teint", fait bien des choses étranges en termes de comportements et de discours/comunications... Malheureusement, les Démocrates (cela c'est l'autre gang) ne sont guère mieux. D'ailleurs les Démocrates ont fait faire des études et recherches voulant démontrer que le Trump était le pire menteur et manipulateur que "la terre avait porté". Bon, ils n'étaient pas très heureux des résultats: le diable Trump se trouvait dans la moyenne des présidents antérieurs en regard des mensonges. Il ne mentirait qu'environ 45% des affirmations (ce qui inclus sa propension à tout grossir à la limite du raisonnable ce qu'il fait. Son principale défaut à ce Trump "orange/or" est l'enflure de ses propos sur tout et rien... et de dire n'importe quoi, et ce n'importe comment. Prenez les expulsions... et bien, il n'arrête pas de "twiter" "tout le monde dehors"... Malheureusement, cela est plus de la vantardise de sa part, que la réalité: St-Obama a ordonné plus d'expulsions lors de sa dernière année comme Président, que le Trump jusqu'ici. S'il s'agissait d'un championnat de hockey, le pointage serait de 3 expulsions, contre actuellement 1 expulsion pour Trump. La différence, c'est que St-Obama se la fermait sur le sujet. Quant au fameux mur... et bien il est construit a environ 60% de la distance nécessaire, et cette distance était faite bien avant qu'il arrive au pouvoir... Y compris St-Obama qui en a fait un bout...
      Quand aux juges, il nomme les juges de compétence fédérale - du moins ceux de la Cour suprême fédérale, et entérime les autres des cours sous sa juridiction. Ici, c'est la même chose, le PM canadien nomme les juges de la Cour suprême du Canada, et entérime les autres des cours sous sa juridiction...
      En fait, le Président américain possède moins de pouvoirs qu'un premier ministre canadien... Aux USA, il y a trop de contre-pouvoirs pour l'empêcher de faire à sa tête... On ne peut pas en dire du système canadien.

  • Bernard Terreault - Abonné 4 mars 2020 08 h 13

    Pas de nos affaires

    Ce n'est à nous, comme État, de favoriser, ni de défavoriser tel régime ou tel dirigeant étranger. L'ingérance contre les ''méchants'', la fourniture d'armes aux ''bons gars'', font le plus souvent plus de mal que de bien. Les dernières interventions qui ont eu un effet positif à long terme, elles datent de 1945, quand les Américains ont réellement donné le coup de pouce pour défaire nazis et impérialistes japonais et établir des régimes à peu près décents en Europe occidentale, au Japon et en Corée.

  • Yves Corbeil - Inscrit 4 mars 2020 09 h 09

    Monsieur Gélinas

    J'aime la facilité avec laquelle vous mettez le doigt sur les problèmes qui nous affligent. Le monde allait tellement mieux avant l'arrivé de Trump.

    Mais si on regardait cela d'un autre oeil, le destin nous a donné la chance d'avoir ce «phénoménal citoyen du monde» à la tête de la plus grande puissance militaire terrestre la «great america» afin que nous ne nous contentions pas de cette grandeur que nous avons atteint comme Sapiens, non ceci est un signe qu'on peux encore s'amélioré, qui l'eût cru citoyen Gélinas.

    Je pense qu'il appelle ça la poutre dans l'oeil ou quelque chose comme le sapin baumier devant la belle érablière et son sirop, vite que Noël arrive pour révéler le champs de possible.