Une cible environnementale audacieuse…et sécuritaire

«Le Québec est une économie industrialisée qui émet des émissions de GES per capita parmi les plus élevées au monde», rappellent les auteurs.
Photo: Michael Vesia Getty Images «Le Québec est une économie industrialisée qui émet des émissions de GES per capita parmi les plus élevées au monde», rappellent les auteurs.

Depuis plusieurs semaines, le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, affirme que l’actuelle cible de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) du Québec, à 37,5 % sous les niveaux de 1990 en 2030, est audacieuse et réaliste. Pour le ministre, réviser ces cibles afin d’accélérer la transition écologique au Québec serait néfaste pour les travailleurs du Québec. Il réitère ces arguments dans la lettre d’opinion « Une cible environnementale audacieuse… et réaliste ! » publiée en ces pages.

Au Québec, beaucoup ont demandé au gouvernement une révision à la hausse de cette cible pour qu’elle respecte les exigences de la science du climat. La transition vers une économie décarbonisée ne sera pas facile : cela fait consensus. Mais nous sommes aujourd’hui devant l’un des défis les plus importants de l’histoire de l’humanité.

Les répercussions associées à cette crise — canicules, inondations, tempêtes, feux de forêt, etc. — seront de plus en plus fréquentes et de plus en plus intenses si nous ne réduisons pas de façon draconienne les GES de manière à limiter l’augmentation de la température globale. Nous sommes donc d’avis qu’une cible réaliste est une cible qui permet de contribuer à l’effort global pour maintenir un climat qui assure la sécurité des humains et de leur mode de vie.

Revenons à la base : pourquoi les États se fixent-ils des cibles de réduction des émissions et quels principes guident ce choix ? La science est claire. Si l’on souhaite travailler ensemble afin de limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C d’ici 2100, il faut que les émissions mondiales de CO2 soient réduites de 45 % sous les niveaux de 2010 d’ici 2030.

En 2015, à Paris, les États se sont engagés à contenir le réchauffement climatique à 1,5 °C sur le principe de « responsabilités communes mais différenciées ». Autrement dit, les pays industrialisés qui ont le plus contribué historiquement à la crise climatique et qui sont les plus riches ont une responsabilité supplémentaire face aux pays du Sud, qui subissent déjà les conséquences de nos modes de production et de consommation. Les pertes et dommages, que subissent déjà les pays du Sud, ne peuvent demeurer sans réponse et sans aide de la part des pays riches. C’est une question de justice climatique.

En prévision de la COP26, tous les États membres de l’Accord de Paris doivent réviser leurs cibles à la hausse, tel que le prévoit l’Accord. Déjà, 107 États ont affirmé qu’ils allaient réviser à la hausse leurs cibles climatiques. Notons également que le Canada s’est aussi engagé à augmenter sa cible de 2030 et à viser la carboneutralité pour 2050.

Notre contribution

Compte tenu de ce qui précède, quelle doit être la contribution d’une nation comme le Québec pour soutenir l’effort global et limiter la hausse de température à 1,5 °C ? Le Québec est une économie industrialisée dont les émissions de GES par habitant sont parmi les plus élevées au monde. Nous avons donc une responsabilité historique importante.

Ce sont ces « réalités locales » que nous avons en tête lorsque nous appelons le ministre à faire preuve d’ambition. Par le passé, nos dirigeants ont choisi de doter le Québec d’infrastructures permettant la production d’hydroélectricité. Ce choix ne dispense pas les dirigeants d’aujourd’hui et de demain de leurs obligations envers le reste du monde, même si les prochaines mesures à adopter peuvent paraître moins « faciles ».

Dans sa missive, le ministre mentionne l’exemple de la Norvège. Il n’a pas tort dans son argument, mais il choisit d’ignorer un point. Les efforts de la Norvège sont importants, mais ils demeurent insuffisants si l’on souhaite contribuer à l’effort global visant à limiter la hausse de température à 1,5 °C. C’est ce qui compte réellement lorsqu’on choisit une cible. La révision des cibles doit surtout se baser sur l’objectif ultime : réduire collectivement nos émissions afin d’atteindre les objectifs de l’Accord de Paris. Cela s’applique également pour le Québec.

Des cibles ambitieuses et un plan d’action crédible sont deux conditions sine qua non au leadership climatique. Ces deux éléments doivent avoir pour objectif de protéger les Québécois contre les effets de la crise climatique.

La seconde question que doit se poser le ministre, c’est comment les secteurs d’activité, les communautés et les travailleurs les plus à risque seront consultés, impliqués et accompagnés de manière à pallier les contrecoups de la nécessaire transition que nous devons effectuer.

De plus en plus de gens acceptent que la transition énergétique soit inévitable et nous félicitons le ministre de souligner l’importance que la transition dans laquelle nous devons nous engager soit juste. Mais pour qu’elle soit juste, elle doit être planifiée le plus tôt possible avec ceux qui en subiront les conséquences. Le plus tôt ce plan se dessinera, le plus juste cette transition sera ; le plus longtemps nous attendons, le plus injuste elle sera, augmentant du coup les probabilités d’une crise sociale.

La qualité de leadership est relative : le Québec ne peut pas se qualifier de leader climatique s’il décide de garder des objectifs qui datent d’avant l’Accord de Paris, et si tout ce que nous avons à léguer à nos enfants, c’est trois degrés de plus.

16 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 27 février 2020 06 h 30

    Les curés

    Bon, dans nos mousquetaires des changements climatiques, combien pratiquent la simplicité volontaire? Aucun, c'est ce qu'on pensait. Mais qu'ils aiment venir nous faire la morale, ces prêtres autoproclamés de l'église de la très sainte rectitude écologique.

    D'emblée, le Québec est responsable d'un gros 0,15% du total des émissions de GES mondiaux. Le Québec produit annullement 76 Mt par année alors que la Chine en produit 13 200 Mt et est responsable de 80% des nouvelles augmentations. Par capita, toutes les autres provinces du ROC produisent plus de GES que le Québec. La Saskatchewan et l'Alberta produisent 6 fois de GES par habitant que le Québec. Nous sommes responsable de 11% du total des GES canadiens avec 23% de sa population.

    Alors, cessez les mensonges. Le Québec est un des pays industrialisés le plus vert au monde. Si on n'augmentait pas notre population à toutes les années artificiellement via l'immigration légale et illégale, notre empreinte carbone dimuerait. Et n'avons aucune responsabilité envers les autres pays, monétairement ou autre.

    La transition énergétique draconienne proposée amenerait une crise économique et sociale bien plus grande que celle des changements climatiques. Ces voeux pieux que nos curés autoproclamés du climat expriment, eh bien, ce sont justement des voeux pieux. Et le pire là-dedans, c'est qu'il nous parle de la science alors qu'ils n'y connaissent absolument rien.

    Pour nos adeptes écologiques et syndicaux, il y a un virus qui va nous frapper de plein fouet bientôt. Ce sera cela la vraie crise. Et vous savez, la recherche pour évincer ces virus et bactéries produit beaucoup de GES. En passant, Équiterre n'est plus crédible. Vous avez un de vos cofondateurs qui a troqué sa chemise verte pour une rouge-brune à la hauteur de 250 000$ par année. Et pour les syndicats, avec la 4e révolution industrielle, vous n'aurez plus de membre bientôt parce qu'ils seront remplacés par l'automatisation et les robots.

    • Nadia Alexan - Abonnée 27 février 2020 10 h 22

      Vous avez tort, monsieur Dionne. L'urgence climatique constitue le défi du siècle. Il faut réduire notre production des GES si l'on veut survivre sur la terre. C'est la science qui devrait nous guider, pas l'économie. À quoi bon de poursuivre notre mode de vie qui saccage la nature, si cela va nous conduire à la désolation planétaire.
      En investissant dans les énergies renouvelables, on pourrait créer de nouveaux emplois moins dévastateurs pour l'environnement. La réduction des GES doit avoir préséance sur l'économie.

    • Hélène Paulette - Abonnée 27 février 2020 12 h 04

      Madame Alexan, vous devez d'abord apporter une preuve de simplicité volontaire avant que votre commentaire ne soit considéré par Dionne.

    • Marc Pelletier - Abonné 27 février 2020 12 h 17

      En effet, vous avez tort, monsieur Dionne.

      Il est bien connu, à travers le monde, que le Québec possède une richesse incomparable en hydro-électricité. D'autre part, nous n'avons rien fait d'exemplaire dans son utilisation et celà aussi est bien connu de tous. Ceci est d'autant plus honteux que, par tête de pipe, nous sommes en tête de liste des plus grands pollueurs de la planète.

      Notre gouvernement doit enlever son " masque à gaz " et revenir sur terre, si non il n'aura pas longue vie.

    • Marc Brullemans - Abonné 27 février 2020 12 h 19

      Le Québec, un des pays les plus verts au monde? Mais où diable avez-vous pêché cela?... Les études de l'IRIS et de l'équipe de Matthews a Concordia ont montré qu'historiquement nous avons, sur la base d'émissions basées sur la consommation, émis énormément. Tellement que nous aurions déjà utilisé tout notre budget carbone si l'on voulait vraiment respecter l'accord de Paris. Vous affirmez ensuite, gratuitement, que les auteurs ne connaissent absolument rien à la science. J'en doute et vos attaques ne portent pas. Élevons le débat SVP.

    • Cyril Dionne - Abonné 27 février 2020 12 h 31

      Bon Mme Alexan, je ne fais partie des écoanxieux parce que justement, j'ai une culture scientifique, un fait qui n'est pas commun à ces derniers. Ceux qui citent la science n'y connaissent absolument rien. On pourrait leur dire n'importe quoi et ils le croiraient, faute de repères sérieux. Ils ne savent même pas la différence entre Kt et Mt.

      Une petite question Mme Alexan, est-ce que vous pratiquez la simplicité volontaire? Parce que ce qui est implicite dans cette missive, c'est une simplicité volontaire draconienne que les auteurs veulent imposer, une qu'ils ne pratiquent même pas eux-mêmes. Ces imams autoproclamés de l'écologie voudraient que les autres se sacrifient pour eux. Les seuls qui pratiquent la simplicité volontaire, mais de façon involontaire, ce sont les pauvres et les itinérants.

      Si vous voulez sauver la planète, ce n'est pas au Québec qu'il faut commencer. Pourquoi n'essayez-vous pas de convaincre le gouvernement de l'Ontario d'acheter de l'hydroélectricité du Québec afin de combler son 10% d'électricité généré par ses centrales au gaz naturel? On soustrait 75 Mt de GES par année de l'équation climatique qui, toute proportion gardée, est le total annuel des émissions de C02 du Québec. Vous savez, les GES ne connaissent point les frontières géopolitiques et la Terre n'a qu'un poumon, son atmosphère.

    • Cyril Dionne - Abonné 27 février 2020 14 h 07

      Bien oui, de tous les apôtres écoanxieux, personne ne pratique la simplicité volontaire. Alors, comme pour les apôtres de Jésus, quand partez-vous pour convaincre les mécréants récalcitrants et pollueurs? Sainte Greta priez pour nous.

      En passant, une culture scientifique devrait être de mise au lieu de s'enivrer dans les émotions.

    • Marc Pelletier - Abonné 27 février 2020 18 h 24

      Et vous M. Dionne, avec votre culture scientifique, pourquoi n'essayez-vous pas de convaincre M.Legault d'utiliser au Québec nos surplus de ressources hydroélectriques ?

    • Marc Therrien - Abonné 27 février 2020 18 h 45

      « Small is beautiful » n'est-ce pas M. Dionne? Qu'il fait bon vivre dans un petit pays peu populeux comme le Québec, pas plus gros que la tête d’une épingle, ce qui fait qu'on y produit un micro-volume de tonnes de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale et qu’on peut continuer d’y mener une belle vie confortable. Vous n’êtes pas écoanxieux et vous ne craignez pas que « la transition énergétique draconienne proposée amènerait une crise économique et sociale bien plus grande que celle des changements climatiques » puisque vous pratiquez la simplicité volontaire et que vous pourriez vivre avec moins de confort encore si une crise économique le requérait. Vous semblez donc vous situer parmi les plus aptes à vous adapter à une détérioration des conditions de vie environnementales et économiques Ceci dit, je me demande donc quelle émotion vous motive à vouloir de jour en jour marteler vos propos redondants pour nous convaincre que votre point de vue est le plus sage. Me semble que lorsqu’on s’approche de la sagesse, c’est plutôt l’indifférence, comme celle des dieux bienheureux qui amenait Épicure à ne pas les craindre, qui peut nous aider à tendre vers l’ataraxie si bienfaisante.

      Marc Therrien

  • Dominique Boucher - Abonné 27 février 2020 11 h 49

    Pendant ce temps, à quelques milliers de kilomètres du Québec...

    En vrac, entendu à lʼémission Entendez-vous lʼéco (France Culture) dʼaujourdʼhui:

    — en Chine, 35% de lʼélectricité produite par l'éolien et le solaire n'est pas utilisée (problème du stockage de cette électricité, entre autres)

    — ce qui est en train de faire changer la Chine, ce nʼest pas la question des changements climatiques, cʼest le degré inacceptable quʼa atteint la pollution de lʼeau et, surtout, de lʼair, causant de graves problèmes de santé, qui risque de menacer de plus en plus la paix sociale

    — les États-Unis sont sortis de l'accord de Paris mais ont diminué leurs émissions; la Chine y est toujours, mais ses émissions ont augmenté (et le feront encore longtemps)

    — la Chine consomme plus de charbon que lʼensemble du reste du monde

    Jean-Marc Gélineau, Montréal

  • Bernard Plante - Abonné 27 février 2020 13 h 35

    Refrain usé

    "Le Québec produit annullement 76 Mt par année alors que la Chine en produit 13 200 Mt et est responsable de 80% des nouvelles augmentations."

    Si la Chine produit autant de GES c'est pour produire les biens que NOUS consommons.

    "toutes les autres provinces du ROC produisent plus de GES que le Québec. La Saskatchewan et l'Alberta produisent 6 fois de GES par habitant que le Québec. Nous sommes responsable de 11% du total des GES canadiens avec 23% de sa population."

    C'est parce que nous fonctionnons à l'hydroélectricité. Car pour le reste nous sommes aussi mauvais que tous les autres.

    Me semble que c'est pas difficile à comprendre. À moins de ne vouloir rien comprendre.

    • Cyril Dionne - Abonné 27 février 2020 13 h 58

      Cher M. Plante, personne n'a demandé à la Chine de produire nos produits. Personne. En tout cas pas ceux qui ont perdu leur emploi à cause de la délocalisation de nos industries.

      Alors, selon votre raisonnement, produisons de l'électricité à partir de sources qui polluent pour vous faire plaisir. Mais les chiffres et la science ne mentent pas.

      En passant, est-ce que vous pratiquez la simplicité volontaire ou bien c'est seulement bon pour les autres?

  • Mario Jodoin - Abonné 27 février 2020 14 h 04

    Mode de vie

    Très bonne analyse, mais je me pose des questions sur le sens d'une des phrases de ce texte.

    «Nous sommes donc d’avis qu’une cible réaliste est une cible qui permet de contribuer à l’effort global pour maintenir un climat qui assure la sécurité des humains et de leur mode de vie.»

    Qu'est-ce que les auteur.es veulent dire par la sécurité du mode de vie des humains? Il est clair que pour atteindre des cibles suffisanres pour assurer la sécurité des humains, il faudra modifier au moins en partie notre mode de vie, nos façons de manger, de nous déplacer, de produire, de communiquer et d'interagir.

    • Marc Pelletier - Abonné 27 février 2020 18 h 50

      " Nous sommes donc d'avis qu'une cible réaliste est une cible qui permet de contribuer à l'effort global pour maintenir un climat qui assure la sécurité des humains... ".

      " et leur mode de vie ".

      M. Jodoin, vous jetez le bébé avec l'eau du bain : pour ma part, j'adhère à la première partie de cette phrase, même si je reconnais que le " ...et leur mode de vie " est assez maladroit.

      Si notre " mode de vie " consiste actuellement à ne poser aucun geste pour améliorer notre comportement en regard du climat, comme on le voit présentement en regard de la récupération de matières putrescibles, je suis d'accord avec vous pour constater que nos habitudes de vie sont coriaces et que tout changement de nos habitudes routiniaires nécessitera une sensibilisation qui présentement ne s'est pas encore suffisamment manifestée.

    • Mario Jodoin - Abonné 28 février 2020 17 h 44

      M. Pelletier

      Nous disons sensiblement la même chose.

  • Marc Veilleux - Inscrite 28 février 2020 19 h 10

    Une cible environnementaliste audacieuse ... et sécuritaire

    @Cyril Dionne ... bravo pour vos commentaires éclairés que nous cachent les merdias, du moins qu'ils ont beaucoup de difficultés à nous donner l'heure juste. Nul besoin d'aucune expertise scientifique pour savoir qu'il n'y a rien d'alarmant dans les changements climatiques; par contre ce qui est alarmant, c'est la destruction de l'environnement par la pollution des eaux, de l'atmosphère et des sols!!! Et encore nul besoin d'experts pour nous dire que c'est la concentration de déchets (de tout acabit) qui détruit l'environnement; et que ce sont les grandes corporations qui sont responsables de ces concentrations de déchets. Si ces grandes corporations industrielles et technologiques n'existaient pas, nous n'aurions pas ces méga problèmes de pollution. Et comme vous le dites personne ne veut se priver des conforts apportés par les grandes corporations qui ne pourraient pas rendre rentables leurs entreprises s'ils s'assuraient de ne pas créer de pollution.

    Le but évident derrière la propagande climatique est de rendre la population complètement dépendante des grandes corporations (en éliminant les petits ... prétexant leur émission de CO2) pour ensuite réduire les populations, puisqu'ils ne peuvent produire pour tout le monde sans détruire complètement l'environnement. Et ce sont les représentants des grandes corporations (incluant les merdias de masse) qui soutiennent cette propagande. Bon! ça va, je suis un complotiste ... comme vous le disent les merdias! Alors continuez à faire les autruches (ça ne s'adresse pas à Cyril Dionne et les autres qui n'ont pas perdu la raison)!