Commission des libérations conditionnelles: un nouveau processus pour faire le «ménage»

Le Service correctionnel du Canada devra expliquer son laxisme en matière de surveillance du délinquant Gallese entre l’audience du 19 septembre 2019 et le drame du 22 janvier 2020.
Photo: iStock Le Service correctionnel du Canada devra expliquer son laxisme en matière de surveillance du délinquant Gallese entre l’audience du 19 septembre 2019 et le drame du 22 janvier 2020.

Ce texte d’opinion est rédigé en réaction à l’éditorial de Brian Myles du 15 février intitulé « Un système amoral ». Sur le fond de la question, je suis d’accord avec lui. Une série d’erreurs est perceptible dans le cas d’Eustachio Gallese et, malheureusement, elles ont mené à la mort de la jeune femme Marylène Lévesque.

L’enquête doit absolument être menée par des professionnels externes au Service correctionnel du Canada (SCC) et à la Commission des libérations conditionnelles du Canada (CLCC). Les résultats doivent être rendus publics en entier.

Tout d’abord, le SCC devra répondre à de nombreuses questions concernant la « stratégie » permettant à Gallese de rencontrer des femmes pour assouvir ses besoins sexuels. Le SCC devra aussi expliquer son laxisme en matière de surveillance du délinquant Gallese entre l’audience du 19 septembre 2019 et le drame du 22 janvier 2020.

La CLCC devra faire la lumière sur de nombreux éléments problématiques survenus lors de l’audience du 19 septembre 2019, dont l’inaction des commissaires qui n’avaient que neuf mois d’expérience. Elle devra prendre des mesures de protection adéquates face à la « stratégie » dont bénéficiait Gallese.

Contrairement à M. Myles, qui considère qu’il s’agit d’une infime partie du problème, je suis d’avis que le coeur du problème est lié au nouveau processus de nomination des commissaires mis en place par le gouvernement Trudeau en 2016 et 2017. Ce processus a fait en sorte que la CLCC a perdu son autonomie dans le recrutement des commissaires et, conséquemment, la majorité de ceux qui possédaient de l’expérience.

En fait, ce nouveau processus, que j’ai moi-même expérimenté, avait comme particularité d’inclure un membre du comité de sélection qui provenait du bureau du premier ministre. Ce dernier, qui n’avait aucune expérience à titre de commissaire ou dans l’évaluation du risque, m’a même posé une question sur mes façons d’évaluer le risque d’un délinquant dont la criminalité était médiatisée.

En intégrant un membre de son bureau dans le processus de nomination, le premier ministre Trudeau pouvait influencer les décisions sur les personnes qui allaient terminer (ou ne pas terminer) sur la liste potentielle de nominations.

En éliminant le processus de renouvellement des commissaires, il forçait ces derniers à refaire en entier le processus de nomination, sans considération avec leur expertise à la CLCC. Ce nouveau processus de la CLCC était l’instrument du gouvernement Trudeau pour faire le « ménage » et pour sélectionner les personnes de son choix.

Toutefois, une organisation comme la CLCC, qui a un mandat extrêmement important, celui de la protection du public contre les pires criminels de notre pays, n’est pas en mesure d’encaisser le choc brutal d’un presque total changement de garde de ses commissaires dans l’espace de quelques mois. D’ailleurs, quelle entreprise publique ou privée le serait ? D’autant plus que le travail de commissaire ne s’apprend pas sur les bancs d’université, il s’apprend sur le terrain en prenant des décisions sur des dossiers et en faisant des audiences.

Comme des mentors

Les commissaires expérimentés agissent comme des mentors. De là toute la logique et la validité d’associer un commissaire d’expérience avec un nouveau lors des audiences. Je l’ai déjà dit, le risque nul n’existe pas dans ce domaine, cependant, un commissaire d’expérience est en mesure de mettre en place un filet de sécurité suffisamment serré pour limiter les risques.

C’est exactement ce qui a manqué dans le cas précis d’Eustachio Gallese. Des commissaires d’expérience n’auraient jamais laissé une pareille « stratégie » avoir cours pour aider la soi-disant réinsertion dans la société d’un délinquant ayant un tel dossier criminel, dont un meurtre au second degré d’une femme. Lors de l’audience, des commissaires d’expérience y auraient certainement mis fin illico presto.

La région du Québec de la CLCC a connu une véritable purge en 2018. Deux commissaires d’expérience sur 16 ont survécu et ont été renommés. Les autres n’ont pas vu leur mandat renouvelé sans obtenir la moindre explication.

Le pire dans toute cette affaire est que nous (huit commissaires du Québec) avions prévenu Justin Trudeau en novembre 2017 dans une lettre qui faisait état de nos préoccupations à l’égard de la perte d’expertise à la CLCC et des possibles répercussions sur le mandat de protection de la société. Justin Trudeau n’a jamais donné suite à notre lettre. Nous connaissons la triste suite de l’histoire.

2 commentaires
  • Gaston Bourdages - Abonné 21 février 2020 05 h 55

    Et si « le coeur du problème....»

    ...5e paragraphe de votre lettre monsieur Blackburn résidait sur le non-règlement des mots écrits sur un des murs de la maison ou de l'appartement du drame de 2004 ? Ces mots : «plote un jour, plote toujours» Dans un article précédemment publié dans Le Devoir, l'autrice (dont je ne me souviens du nom) écrit, entre autre, que la victime «ne se laissait pas marcher sur les pieds»
    Mettez ensemble un homme qui n'a pas réglé ses «bibittes» des mots écrits sur le mur et une «femme forte», le risque est énorme.
    Il y a aussi eu récidive parce que Gallese éprouvait encore de sérieux problèmes de comportements avec LA femme. Est-ce que des questions comme : «Comment, dans votre vie, avez-vous vécu LA femme?» Quel type de relation avez-vous eu avec elle, incluant votre mère?» Des questions fondamentales.
    Comme je n'ai les compétences pour émettre quelque commentaire sur le travail des commissaires, j'arrête ici mon propos.
    Mes respects,
    Gaston Bourdages,
    Saint-Mathieu-de-Rioux.

  • Denis Paquette - Abonné 21 février 2020 14 h 38

    en fait n'est il pas connu que les prisons sont pleine de gens a risques

    ce cher justin n'est pas sorti du bois, n'est ce pas lui qui avait nommer de nouveaux expecteurs sans experience peut être aurait il fallu qu'il en sache plus de cette clientèle particuliere