Créer à l’ère de l’intelligence artificielle

«Que l’IA soit capable du meilleur ou du pire, c’est ce que nous rappelle notre imaginaire culturel entretenu, depuis longtemps, par la science-fiction», explique André-Louis Paré.
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«Que l’IA soit capable du meilleur ou du pire, c’est ce que nous rappelle notre imaginaire culturel entretenu, depuis longtemps, par la science-fiction», explique André-Louis Paré.

On aimerait bien que l’intelligence artificielle (IA) vienne combler nos manques, nos hésitations, nos peurs. Qu’elle puisse nous soulager de la lourdeur de l’existence. Que l’IA soit humaine, plus qu’humaine. Mais ne rêvons pas trop. L’IA pourra-t-elle un jour penser à notre place, surmonter nos doutes, décider là où nous avons du mal à choisir ? Pourra-t-elle assumer à la perfection nos imperfections ?

Et qu’en est-il dans le domaine de la création artistique ? Si l’IA peut un jour créer de son propre gré une oeuvre d’art, imaginer réellement, est-ce à dire qu’elle saura penser mieux que nous ? Parmi tous les discours que génère la place de l’IA dans nos vies, les pratiques de plusieurs artistes, stimulées par le potentiel qu’offrent ces nouvelles technologies, apportent leur lot de réflexions et d’interrogations. Et lorsqu’il s’agit de rendre compte du monde dans lequel nous vivons ou de la situation de l’humain au sein de l’industrie numérique, sa place en tant que sujet autonome, libre et responsable s’impose.

Avant de considérer ce que nous appelons IA comme une panacée pouvant surmonter les lacunes de notre humanité, la plupart des chercheurs dans ce domaine voient en cet « outil » une capacité extraordinaire de révolutionner le monde du travail, de la santé, de la mobilité et, plus largement, de mieux réguler nos comportements au quotidien. Dans ces différents secteurs, Montréal se veut un chef de file. En effet, la métropole du Québec est aujourd’hui reconnue comme une des villes importantes sur le plan de la recherche en IA.

Comme ensemble de techniques associées à la simulation de l’intelligence humaine, l’IA engendre toutefois plusieurs questions à consonance éthique. Certes, depuis le début de l’ère industrielle, chaque nouvel apport technologique induit des situations ambivalentes qui font craindre le pire et qui se traduisent par des pour et des contre. Mais cette fois-ci, le débat porte aussi sur une question de paradigme, celui de la conscience, notamment notre capacité à penser et à créer, laquelle a toujours été considérée comme appartenant à la nature humaine.

Pour pallier un tant soit peu la possible « bêtise » d’un système de pensée allié au consumérisme le plus vil, certains penseurs, comme Bernard Stiegler, s’inquiètent des répercussions de l’IA, par exemple, sur le marché de l’emploi ou de la confidentialité des données. Résultant d’une réflexion approfondie de chercheurs et de citoyens sur les défis de l’IA, la Déclaration de Montréal pour un développement responsable de l’intelligence artificielle (2018) tente justement de rassurer le public en soutenant que cette nouvelle technologie doit toujours demeurer au service du bien-être commun.

Conséquemment, la recherche dans le domaine de l’IA, qui avance plus vite que l’on pense, doit rappeler que, même si la frontière entre le naturel et l’artificiel devient de plus en plus poreuse, l’obligation éthique demeure primordiale. Dans son livre La terreur et le sublime. (Les éditions XYZ, 2019), Ollivier Dyens, professeur à l’Université McGill, se montre, quant à lui, enthousiaste devant ce potentiel extraordinaire de développement technologique. Ce qu’il appelle « algoracie » – un monde dominé par les algorithmes – ne doit pas nous effrayer si nous apprenons à le maîtriser, si nous réussissons à nous y adapter grâce à notre créativité à ce nouvel environnement. Mais que veut dire créer dans ce contexte ?

L’autrice et commissaire indépendante Nathalie Bachand s’interroge, comme d’autres analystes, sur la justesse de l’emploi du mot « intelligence » afin de désigner cette nouvelle technologie basée sur les algorithmes. Ce que nous identifions à l’intelligence ne serait-il pas davantage une sorte de machine à calculer des données, mieux connue sous le nom d’« apprentissage machine » ? Ainsi, plusieurs artistes explorent l’IA comme un outil leur permettant d’enrichir le processus créatif.

D’autres l’abordent surtout en vue de « révéler leur rôle fondamental dans les transformations des sociétés contemporaines ». Dans cette perspective critique, certaines recherches dans le domaine des interactions humain-machine ont du mal à démontrer l’objectivité de ces algorithmes du moment qu’ils se conforment « aux préjugés et croyances des designers informatiques qui les programment ».

Que l’IA soit capable du meilleur ou du pire, c’est ce que nous rappelle notre imaginaire culturel entretenu, depuis longtemps, par la science-fiction. Au-delà de la vision fantasmée de l’IA où des machines autonomes rivalisent avec l’humain, l’histoire de l’art démontre plutôt que cette relation art et technique a peu à voir avec cette conception mythologique.

Certes, nous évoluons dans un environnement où il est devenu impossible de penser, de réfléchir et de créer sans l’IA, mais créer en art va au-delà des réponses que peut faire prévaloir la recherche au sein d’un réseau de données. Il s’agit davantage de transgresser le langage codé de l’information en vue de faire poétiquement le récit de notre présent.

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Des Idées en revues

Chaque mardi, Le Devoir offre un espace aux artisans d’un périodique. Cette semaine, nous vous proposons une version abrégée d’un texte paru dans la revue ESPACE art actuel, hiver 2020, no 124.



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