Et les élèves, M. Legault?

«Selon les données de l’OCDE, le système d’éducation québécois est le plus inéquitable au Canada», rappelle Suzanne Dansereau, directrice générale de la Fondation CSDM.
Photo: Patrick Kovarik Agence France-Presse «Selon les données de l’OCDE, le système d’éducation québécois est le plus inéquitable au Canada», rappelle Suzanne Dansereau, directrice générale de la Fondation CSDM.

Le débat entourant la nouvelle loi sur l’organisation et la gouvernance scolaire m’a donné l’occasion de relire avec intérêt vos déclarations indiquant que l’éducation est votre principale priorité. J’ai lu avec autant d’intérêt les déclarations plus récentes de votre gouvernement, qui voit dans la réforme une occasion pour les élèves d’être pris en main par celles et ceux qui les connaissent par leur nom.

Je suis on ne peut plus d’accord avec ce principe. Et je vous demande aujourd’hui que l’on revienne à notre mission première : s’assurer que nos élèves reçoivent la meilleure éducation possible, celle qui leur permettra d’évoluer dans un monde de plus en plus complexe.

Or, le manque de ressources dans nos écoles publiques demeure un grave problème. Mettre chaque élève sur la voie de la réussite devient de plus en plus ardu. Les écoles n’ont pas assez de moyens pour accompagner les élèves qui proviennent de milieux défavorisés, qui parlent très peu français ou qui requièrent du soutien particulier.

Elles n’en ont pas plus pour fonctionner tous les jours. À la Fondation CSDM — un organisme indépendant sans but lucratif dont la mission est l’épanouissement des élèves —, des écoles nous appellent pour qu’on finance l’embauche d’un orthopédagogue. Des centres de formation professionnelle nous demandent de payer le transport de leurs élèves.

Des professeurs et des parents apportent des meubles parce qu’il en manque dans leur classe et ils quêtent de l’argent pour acheter des dictionnaires. On nous parle aussi d’élèves de 11 ans qui ne savent toujours pas lire. Au Québec. En 2020.

Selon les données de l’OCDE, le système d’éducation québécois est le plus inéquitable au Canada : nos élèves issus de milieux défavorisés ont moins de chances de réussir qu’ailleurs au pays. Cette iniquité hypothèque non seulement notre avenir, mais aussi celui de la société entière.

À cela s’ajoutent les efforts à consentir pour nous adapter. La société numérique, c’est maintenant. La pensée computationnelle — qui suppose que plusieurs solutions sont bonnes — est une compétence clé pour l’économie de demain. Or, l’intégration des technologies de l'information et de la communication (TIC) dans l’enseignement est loin d’être achevée. Notre fondation finance un tel programme, CodeMtl.org, avec votre aide d’ailleurs et celle du privé, mais cet effort est insuffisant.

Notre fondation appuie aussi de magnifiques projets qui favorisent la persévérance scolaire et réduisent les iniquités en donnant aux enfants l’occasion de s’épanouir à travers les arts, la culture, la technologie, l’activité physique, etc. Mais ces projets ne réussiront pas à eux seuls à combler le déficit de ressources dans le système d’éducation. Ils demeurent à l’état de laboratoire.

Maintenant que le débat sur les structures est terminé, attaquons-nous aux vrais problèmes et faisons réellement de l’éducation notre principale priorité, comme vous l’avez promis. Là réside le vrai défi. Nous vous aiderons !

5 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 15 février 2020 09 h 12

    ne vivons nous pas dans un monde de plus en plus évolué

    se pourrait-il que les gens soient insatisfait s de la gestion de l'éducation, peut etre est ce tout le systeme qu'il faut revoir , si pendant longtemps la gestion de l'éducation était, minimal en est il toujours ainsi

    • Cyril Dionne - Abonné 15 février 2020 17 h 28

      Nous sommes en 2020 M. Paquette. Et oui, nous vivons dans un monde de plus en plus evolué qui n'attend pour personne.

      Eh oui, la société numérique, c’est hier qu’on aurait dû l’implanter dans les écoles. Le Québec et ses industries, pour la plupart, carburent encore à la 2e révolution industrielle alors que nous entamons la 4e de plein fouet, celle de l’automation, de la robotique intelligente et de l’intelligence artificielle. Et les TIC sont déjà dépassés. J’enseignais l’automation, le codage et la robotique intelligente à des élèves du primaire en Ontario. Mais bravo pour le CodeMtl.org. C'est un pas dans la bonne direction.

      Ceci dit, qu’est-ce que les commissions scolaires, surtout la CSDM, ont fait pour le développement d’activité technologiques à part de faire de la petite politique sur le dos des enseignants et des élèves? Depuis les premiers gouvernements libéraux alors que le Québec antérieurement était une force en technologie et en innovation dans les écoles, il a pris un recul et un retard prononcé envers les autres provinces. Critiquer la loi 21 n’entrait pas dans ce paradigme. Pardieu, souvent les enseignants visionnaires devaient se battre contre ces structures archaïques communément appelé « commissions scolaires » pour revenir à la première mission de l’école et peut-être la seule, s’assurer que nos élèves reçoivent la meilleure éducation possible dans un monde insensible qui ne fait pas de cadeaux à personne.

  • Pierre Grandchamp - Abonné 15 février 2020 09 h 39

    Au contraire, le système va s'éloigner davantage du milieu

    « une occasion pour les élèves d’être pris en main par celles et ceux qui les connaissent par leur nom. ».On appelle cela vendre de l’air. Ici, sur le territoire de l’ex-commission scolaire, il y a : 73 écoles élémentaires,12 écoles secondaires et 12 centres de formation générale et professionnelle pour adultes.Plus de 22 000 élèves.

    Quant à moi, il y avait beaucoup plus de chances de rapprochement du milieu avec des gens élus, au suffrage universel. Il suffisait de placer les élections scolaires en même temps que les municipales. Ces élus seront, désormais, remplacés par des figurants.En effet, seule la personne occupant le poste à la direction générale aura le droit d’aller sur la place publique, ellle sera nommée par le ministre et redevable au ministre. Les autres memmbres du CA ne pourront aller sur la place publique; ils auront un devoir de réserve. On s’éloigne à cent milles à l’Heure d’un rapprochement de la base. C’est la remise du système entre les mains des fonctionnaires.

    Quant à moi, je suis en total désaccord avec le fait qu’il y ait des employés sur le CA : ils seront souvent en situation d’apparences de conflits d’intérêts. Pis entre vous et moi, l’employé Jos Bleau travaillant dans l’école X va-t-il connaître, par leur nom, les élèves des 96 autres écoles? S’Il vient d’une grosse école secondaire, il ne connaît pas le nom de très nombreux élèves, de sa propre école.
    Quant aux parents venant des conseils d’écoles, c’est un secret de polichinelle que très, très peu de parents se présentent quand arrive le temps des élections au conseil d’établissement. Le problème du système, ce n'est pas la commission scolaire, c’est son caractère élitiste. A Montréal, environ 40% des élèves sont au privé! A lire, la chronique de Emmanuelle Latraverse:"Le faux débat des commissions scolaires"

  • Nadia Ghalem - Abonnée 15 février 2020 12 h 14

    Il y a beaucoup d'enfants dans les écoles, mais pas un de trop.

    Je suggère aux élus et aux responsables, d'aller faire un tour dans les écoles, comme il nous arrive de le faire en tant qu'écrivains. Depuis les écoles dignes du tiers-monde aux superbes établissements qui ont des murs tapissés par les créations des élèves, en textes et en dessins. Pour résumer, nos écoles ont besoin, parfois d'un sérieux coup de main pour que les enfants s'y sentent chez eux, dans une atmosphère qui favorise l'aprentissage .Les enseignants, eux, à part de très rares exceptions, semblent motivés par une vraie passion. Il faudrait plus de temps et de réflexion pour justifier mon titre et rendre jstice à toutes celles et ceux qui guident les jeunes vers cette drôle de passion: apprendre à apprendre, ce qui demande une certaine générosité. La distribution des petits déjeuners à l'école, pauvres ou riches, les enfants y trouvaient une occasion de partager, communiquer entre eux.

  • Yves Corbeil - Inscrit 15 février 2020 14 h 12

    À lire Léolane Kemner Jdm aujourd'hui Madame la directrice

    Et peut-être comprendrez-vous ce qu'il s'est passé ces dernières années ou vous et nos gouvernements avez saboté le système d'éducation au profit de l'utopie canadienne multi, ethnoculturelle. Le message que vous avez laissez véhiculé dans nos écoles n'a fait que créer un fossé intergénérationnel qui explique aujourd'hui l'incompréhension des uns et des autres. Vous les avez privé de leur histoire, leur passé culturel et quand tu ne sais pas d'où tu viens comment peux-tu savoir où aller, sinon vers où d'autres vaudraient te diriger en manipulant certaines données ou simplement en t'en privant durant ton éducation.

    La décision du ministre est discutable mais je me dis aussi qu'il fallait que quelqe chose soit fait pour arrêter le massacre et que peut-être un comité de parents, enseignants et autres intervenants réussira à ramener le gros bon sens dans le système. On verra.

    Une chose est sûre, vous ne me faites pas brailler ce matin madame la directrice, puis cette été vous le paierez votre séjour à Montebello.