Un jeu de chaise musicale à la direction du Conservatoire

Dans cette atmosphère de portes tournantes, les professeurs du Conservatoire tiennent le fort malgré tout, en remplissant leur mission avec dévouement et constance. 
Photo: Jacques Grenier Le Devoir Dans cette atmosphère de portes tournantes, les professeurs du Conservatoire tiennent le fort malgré tout, en remplissant leur mission avec dévouement et constance. 

Le 7 février dernier, la Fondation du Conservatoire tenait un événement à la Maison symphonique de Montréal afin de souligner le succès de sa première campagne majeure de financement. À cette occasion, de grands artistes d’ici, tels Marie-Thérèse Fortin, Yannick Nézet-Séguin, Patrice Robitaille, Marc Hervieux, Ève Landry, François Dompierre, Jeff Stinco du groupe Simple Plan et d’autres, ont bravé la tempête pour venir témoigner du rôle exceptionnel et unique joué par le Conservatoire de musique et d’art dramatique du Québec dans notre vie culturelle. Toutes ces personnes ont relaté avec passion l’apport précieux de leurs professeurs dans la formation offerte dans les neuf établissements du Conservatoire répartis à travers le Québec.

Ces mêmes professeurs doivent toutefois constater avec désolation que le Conservatoire vit actuellement un problème de gouvernance à sa direction générale. Or c’est son conseil d’administration qui a la responsabilité de recommander au Conseil des ministres la personne devant occuper le poste de directeur général ou de directrice générale du Conservatoire. Depuis 2014, en comptant les intérims, cinq personnes s’y sont déjà succédé. C’est trop pour permettre d’établir la vision à long terme que mérite notre institution.

De plus, la plupart de ces personnes, provenant d’autres milieux que ceux du théâtre et de la musique, ont pris au moins une année pour se mettre au parfum des réalités particulières de ce secteur artistique spécialisé. Il semble aussi que le conseil d’administration, lors des ouvertures de postes, ait rejeté certaines candidatures prestigieuses et visionnaires pourtant issues du milieu.

Quant à la dernière directrice générale en date, elle est restée en poste moins d’un an. Les professeurs ont appris en effet le 6 février dernier, par un communiqué laconique, que celle-ci était remplacée par l’actuelle directrice administrative du Conservatoire, mais dont le mandat comme directrice générale prendra fin en juin 2021 !

Ce jeu de chaise musicale va donc se poursuivre, mais jusqu’à quand ? Dans le même temps, on observe une instabilité et un roulement constant de personnel administratif à tous les échelons de la direction générale du Conservatoire.

Dans cette atmosphère de portes tournantes, les professeurs du Conservatoire tiennent le fort malgré tout, en remplissant leur mission avec dévouement et constance. Ils ne devraient pas, en toute justice, avoir à payer le prix de cette situation anormale et devraient avoir le droit d’apposer enfin leur signature sur le renouvellement de leur convention collective, qui traîne en longueur depuis 2015. Mais de l’autre côté de la table, assis devant eux, qui tient la plume ?

En 2014, Mme Hélène David, ministre de la Culture d’alors, avait rappelé à l’ordre le conseil d’administration du Conservatoire qui, ayant accumulé un déficit considérable, voulait mettre la clé sous la porte de cinq établissements du Conservatoire sur les neuf existants.

Nous demandons maintenant, comme représentants élus des 227 professeurs du Conservatoire, à la ministre actuelle de la Culture et des Communications, Mme Nathalie Roy, d’intervenir auprès du conseil d’administration du Conservatoire afin que celui-ci prenne les mesures nécessaires pour assurer à cette grande institution québécoise une gouvernance stable et à la hauteur de son prestige.