Pour faciliter l’accès au réseau de la santé

«La formation pratique de ces infirmières s’effectue dans de nombreux milieux de stage, en compagnie d’un médecin partenaire et d’une IPS [infirmière praticienne spécialisée] expérimentée», souligne l'auteure.
Photo: Michael Monnier Le Devoir «La formation pratique de ces infirmières s’effectue dans de nombreux milieux de stage, en compagnie d’un médecin partenaire et d’une IPS [infirmière praticienne spécialisée] expérimentée», souligne l'auteure.

Le gouvernement du Québec souhaite compter sur l’expertise de 2000 infirmières praticiennes spécialisées (IPS) dès 2024-2025. Selon les dernières statistiques disponibles, elles étaient 560 à pratiquer au Québec.

Il nous faut augmenter la cadence si nous souhaitons atteindre cet ambitieux objectif. Le projet de loi 43 présenté par la ministre Danielle McCann fait d’ailleurs l’objet d’une étude détaillée en commission parlementaire. Le moment est donc bien choisi pour expliquer le rôle que jouent les IPS formées dans nos universités dans cinq spécialités : soins de première ligne, soins en néonatalogie, soins en pédiatrie, soins à l’adulte et soins en santé mentale.

Les infirmières praticiennes spécialisées, appelées souvent et à tort « les super-infirmières » (que dire des autres infirmières… qu’elles ne sont pas super ?), détiennent toutes deux années d’expérience pratique, en plus d’une formation au baccalauréat et à la maîtrise en sciences infirmières et d’un diplôme complémentaire offert en collaboration avec les facultés de médecine des universités du Québec.

L’objectif d’une telle formation est d’améliorer l’accès aux soins de santé. Les IPS exerçant actuellement dans le réseau de la santé effectuent le suivi de nombreux patients et contribuent ainsi à désengorger les services de première ligne et à réduire les trop nombreuses consultations aux urgences.

Aucun programme destiné à la formation des IPS, tant dans le reste du Canada qu’aux États-Unis, n’offre autant d’heures de formation que les programmes québécois. En plus des aspects théoriques de leur programme, les IPS reçoivent une importante formation clinique ; soit 950 heures au Québec, comparativement à 500 heures aux États-Unis et à 700 heures en Ontario.

La formation pratique de ces infirmières s’effectue dans de nombreux milieux de stage, en compagnie d’un médecin partenaire et d’une IPS expérimentée, de même que dans le cadre d’apprentissages en laboratoire. Ces laboratoires permettent une immersion au coeur de scénarios que les aspirantes IPS vivront dans leur milieu de travail : suivis de patients recevant des soins en santé mentale ou vivant des situations courantes de santé physique et suivis de routine dans un contexte de groupe de médecine familiale en guise d’exemples.

Voies de l’avenir

Une revue de nombreuses recherches portant sur les soins offerts par les IPS en soins de première ligne a démontré la sécurité des soins offerts et des résultats positifs sur la santé et la satisfaction des patients. De même, une étude évaluative de l’OCDE sur l’impact des infirmières qui ont une pratique avancée dans 12 pays industrialisés souligne un meilleur accès aux soins et une réduction des temps d’attente pour les patients.

Le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur soutient financièrement les universités dans la formation des IPS. À l’Université de Montréal, nous avons donc pu profiter d’une subvention de 3,5 millions de dollars pour inaugurer un nouveau centre de simulation clinique destiné à la formation des IPS. Quant au ministère de la Santé et des Services sociaux, il offre d’importantes bourses ainsi que des postes à ces infirmières à la suite de leur formation universitaire.

Le projet de loi à l’étude devrait permettre aux IPS d’intervenir à la pleine mesure de leurs compétences, tout comme il leur est possible de le faire dans les autres provinces canadiennes et de favoriser ainsi une prise en charge plus rapide des patients.

Son adoption permettra entre autres aux IPS de diagnostiquer des maladies courantes (par exemple le diabète) et de traiter des problèmes de santé mineurs, comme les otites, des infections, des entorses, des situations fréquentes en clinique médicale ou à l’urgence.

Ce projet modifiera également plusieurs autres lois et règlements pour donner aux IPS la possibilité d’accomplir certains actes en matière de santé et de sécurité du travail, d’aide aux personnes et aux familles, d’assurance automobile, entre autres.

Si une collaboration interprofessionnelle est possible tout près de chez nous, en Ontario, et offre des résultats probants en ce qui concerne l’accès à des soins sécuritaires et de qualité, pourquoi n’en serait-il pas de même au Québec ?

Le travail en équipe est la voie de l’avenir dans un système où les besoins de santé de plus en plus complexes requièrent des expertises variées et complémentaires et où la population est vieillissante.

Meilleur accès aux soins, prise en charge plus rapide et durées de séjour raccourcies. Voilà des solutions pour désengorger notre système de santé. Les IPS font partie de la solution.

1 commentaire
  • Gilles Théberge - Abonné 13 février 2020 16 h 40

    Je suis heureux d'apprendre qu'elles « 560 à pratiquer au Québec.», car je n'en ai jamais vue une...Peut-être sont-elles gardées sous le boisseau, par crainte qu'elle soient égratignées par les hasard de la vie...

    Mais peut-être qu'elle sont tout simplement exclues par le « saint des saints », le collège des médecins. Ce dernier qui se fend en annonces publicitaires de ses héros, toutes plus sympathiques les unes que les autres... C'est fou comme ils sont efficaces, et prennent bien soin de leur patients.

    Pourtant, essayez d'avoir un rendez-vous médical... Hé!