Le véritable visage de la Coalition avenir Québec

La présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Sonia Ethier
Photo: Valerian Mazataud Le Devoir La présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Sonia Ethier

Depuis sa fondation, la Coalition avenir Québec (CAQ) se targue sur tous les fronts d’être « le parti de l’éducation ». Dans l’opposition, la formation politique de François Legault a même su braquer les projecteurs de l’Assemblée nationale sur l’urgence d’agir pour l’école publique.

Avec son passé d’enseignant, Jean-François Roberge a largement contribué à bâtir une crédibilité au parti, qui a finalement été porté au pouvoir en 2018. Si des propositions caquistes en éducation demeuraient largement imparfaites, le personnel scolaire pouvait néanmoins espérer trouver un interlocuteur qui promettait enfin de l’écoute et de l’ouverture aux propositions émanant de la base. Du programme de la CAQ en éducation, on retient l’expression désormais consacrée qu’il faut recentrer l’école sur « celles et ceux qui connaissent les élèves par leur nom ».

Depuis bientôt deux ans, la CAQ est aux commandes de l’État. Après des offres salariales aussi insultantes qu’appauvrissantes pour le personnel scolaire dans les négociations des employés du secteur public (dans un contexte de pénurie de main-d’oeuvre), le gouvernement caquiste a décidé vendredi dernier de brûler les ponts avec le réseau de l’éducation.

Dorénavant soumis au programme autoritaire de son parti, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a choisi son camp : celui du bâillon, et ce, malgré les nombreuses mises en garde du personnel scolaire et des autres acteurs en éducation.

Le véritable défi d’un ministre de l’Éducation, à plus forte raison lorsqu’il dépose un projet de loi de cette ampleur, est de travailler à ce que sa réforme soit accueillie, comprise, discutée, réfléchie collectivement et qu’elle évolue de manière à en assurer un atterrissage en douceur.

Cela est primordial, parce qu’une telle réforme engage l’avenir des personnes concernées, qu’il s’agisse des élèves, des parents, du personnel scolaire ou encore des acteurs de la communauté. En somme, un ministre de l’Éducation se doit de construire un consensus. Il détient la responsabilité d’unir plutôt que de diviser. Cela demande d’y mettre le temps et l’énergie nécessaires.

Or, ce n’est pas le choix qu’a fait Jean-François Roberge. La quasi-totalité des 300 articles du projet de loi n’aura finalement jamais été étudiée. Pire, lors de son adoption à une vitesse totalement injustifiée, le ministre Roberge a même poussé l’odieux jusqu’à y intégrer des amendements sortis de nulle part, qui n’ont pas fait l’objet de l’ombre du début d’une consultation. En tournant le dos au réseau dans lequel il a suscité tant d’attentes au fil des années, il y a lieu de parler d’une forme de trahison de la part du ministre.

La réforme Roberge étant adoptée, le désenchantement prend aujourd’hui la place des rendez-vous promis dans le passé, mais manqués. Plus que la CAQ et son ministre eux-mêmes, qui ont dilapidé la crédibilité et le capital de sympathie qu’ils avaient bâtis en éducation, rappelons que cette réforme, sur le fond, ne réglera pas les problèmes qui se vivent actuellement sur le terrain dans nos écoles.

Le projet de loi no 40 aura au moins eu le mérite de faire tomber le masque de l’hypocrisie caquiste en éducation qui perdurait depuis toutes ces années. Ce nouveau chapitre dévoile maintenant au grand jour le véritable problème de culture politique qui habite ce parti, trônant désormais comme un grand allié du cynisme.

21 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 13 février 2020 08 h 41

    Quelle est la différence entre un bâillon imposé par le gouvernement et celui d’un syndicat?

    D’accord pour dire que les offres salariales n’ont pas été à la hauteur pour le personnel scolaire si on a l’éducation à cœur. Ce sont des professionnels éduqués et non pas des policiers avec leur secondaire. Et le traitement qu’ils reçoivent en décourage plusieurs et donc, il ne faut pas être surpris si certains quittent le Québec pour exercer leurs fonctions ailleurs vers deux cieux éducationnels plus verts.

    Ceci dit, la méthode du « bâillon » n’est peut-être pas désirable, mais elle demeure la seule qui est efficace dans ces interminables discussions ou certains de l’opposition ne seront jamais d’accord. C’est beau de dire que chaque « réforme soit accueillie, comprise, discutée, réfléchie collectivement et qu’elle évolue de manière à en assurer un atterrissage en douceur », mais cela se passe seulement dans le pays des licornes de Québec solidaire. On sait bien que certains nous diront que la politique de l’aide à mourir avait fait consensus, mais vu la nature même de cette loi, c’était difficile d’être contre. Et oui, cette réforme ne réglera pas les problèmes encourus et à venir. Ce qui est le plus comique dans tout cela, c’est l’entêtement du gouvernement vis-à-vis les maternelles quatre ans. Ces dépenses inutiles ne régleront en rien les écoles vétustes et l’aide aux élèves en difficultés d’apprentissage.

    Enfin, un des plus gros problèmes en éducation, ce sont les syndicats. Ils prennent trop de place dans l’équation éducationnelle. Souvent, ils font de la politique sur le dos des enseignants. Pour la plupart des professionnels de l’éducation, ils se sentent souvent comme des otages entre le gouvernement et les unions. On l’a vu avec la loi 21 sur la laïcité. On peut dire sans pudeur que la position de certaines centrales d’enseignement ne représentait par celle de la majorité de leur membre. En parlant de bâillon, quelle est la différence entre celui imposé par le gouvernement et celui d’un syndicat ? Poser la question, c’est y répondre.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 13 février 2020 10 h 49

      "Pour la plupart des professionnels de l’éducation, ils se sentent souvent comme des otages entre le gouvernement et les unions".

      Une autre affrimation gratuite, une autre généralisation facile: je regrette de vous dire que vous en êtes un spécialiste.

      "La plupart des professionnels de l'éducation" sont consultés avant que leurs dirigeants ne prennent une position.Comme les membres d'une association patronale sont consultés avant que leurs leaders ne prennent position.
      .......................................................................................................
      "On l’a vu avec la loi 21 sur la laïcité.". Encore une affirmation gratuite, ne faisant pas distinction entre Montréal et le reste de la province.

      L'ex Franco Ontarien, que vous êtes, manifeste réulièrement une méconnaissance des réalités québécoises, notamment en éducation.

    • Gabriel Rompré - Abonné 13 février 2020 10 h 53

      La grande différence c'est qu'un gouvernement peut utiliser le baillon alors qu'un syndicat ne peut pas le faire. Votre exemple est creux, personne n'a été baillonné.

      Malgré la frustration que peu engendrer la discussion avec les oppositions au sein du parlement, les commissions parlementaires ont un rôle constructif à jouer. Elle permettent de bâtir l'acceptabilité sociale d'un projet de loi et d'entendre les points de vue de plusieurs acteurs du réseau qui n'ont pas participé à la rédaction initiale du projet de loi. Bien sûr, la plupart du temps les oppositions vont finir par voter contre la loi, c'est leur boulot après tout, mais la mesure va souvent avoir été ammendée et bonifiée.

      Ce qui m'inquiète dans le cas présent c'est que la façon dont le projet de loi a été adopté compromet les effets potentiellement bénéfiques de la réforme. En liguant tout le monde contre lui, le ministre s'est mis à dos le réseau et a créé du ressentiment qui va contribuer à encore renforcer l'amertume des enseingnants. Même en dehors de votre pays imaginaire où Québec Solidaire vit avec des licornes, la consultation aurait permi de faciliter la réforme aux bénéfice des élèves et des enseignants. C'est une occasion manquée et c'est bien dommage.

    • Clermont Domingue - Abonné 13 février 2020 12 h 54

      @ Monsieur Rompré En tant que patriarche d'une famille de neuf enseignants (tes),( enfants et petits-enfants) je veux vous rassurer.Dans la famille, on se moque pas mal des structures. Quand la porte de la classe est fermée, nous faisons tout ce que nous pouvons pour intéresser nos écoliers, nos élèves ou nos étudiants et leur transmettre le savoir. Ce qui nous importe, c'est la réussite de ceux et celles qui nous sont confiés puis nos conditions d'exercice et une rémunération égale à celle des plombiers et des policiers.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 13 février 2020 13 h 58

      Initiation à la réalité québécoise pour M. Dionne....., Quand on parle *des professionnels de l’éducation*,au Québec, on parle des professionnels non enseignants : notamment psychologues, travailleurs sociaux, orthopédagogues, psychoéducateurs, orthophonistes, conseillers d’orientation, conseillers pédagogiques dans différentes matières. Ces gens-là ont leur unité syndicale. Pendant que les enseignants ont leur unité syndicale et le personnel de soutien a la sienne.

      Ne le dites pas ça à personne : comme enseignant, j’ai fait partie des méchants enseignants qui ont initié la syndicalisation en 1961-1962, à Berthierville. Il a fallu aller négocier une première convention dans chaque commission scolaire. Plus tard, je ferai partie des professionnels, où je fus même le méchant délégué syndical, durant un an.

      Bon! L’ex Franco Ontarien, que vous êtes, tire à boulets rouges sur les méchants chefs syndicaux, dans le domaine scolaire; alors que les enseignants ontariens vont être en grève dans les jours qui viennent et qu’il y eut un gouvernement ontarien NPD soutenu OUVERTEMENT par les syndicats.

      En conclusion : je pense que les leaders syndicaux, dans le domaine de l’éducation, ont parfaitement raison d’intervenir dans ce dossier loi 40 *garroché* à toutes vapeurs, dans le crois ou meurs! Suggestion: essayez de comprendre le message avant de tirer sur le messager.

    • Cyril Dionne - Abonné 13 février 2020 17 h 12

      On vous remercie M. Grandchamp de nous avoir sortie toute la nomenclature en ce qui concerne l’appellation des mots en éducation au Québec. Désolé si je ne prêche pas dans la très sainte rectitude linguistique éducationnelle québécoise, moi, un impie de l’Ontario qui ose parler et écrire en français. Je peux vous l’écrire en anglais si vous voulez.

      Ceci dit, comme vous le dites que la « plupart des membres sont consultés avant que leurs dirigeants ne prennent une position ». On imagine aussi qu’on consulte seulement ceux qu’on sait a priori qu’ils sont d’accord avec notre position comme le faisait un certain p’tit Nadeau-Dubois lors de ses grèves étudiantes ridicules à l’emporte pièce. Les autres, on fait semblant qu’ils ne sont pas là. Ceci a été le cas pour les enseignants de Montréal et des régions en ce qui concerne la loi 21.

      Dites-moi si j’ai tort, mais au Québec, est-ce qu’on n’a pas le choix de se joindre à un syndicat si on veut enseigner dans une école publique comme c’est le cas pour les écoles en Ontario? Vous trouvez cela démocratique? Cela respire l’air vicié de l’ancienne Union soviétique.

      Pour l’histoire du bâillon, quel est la véritable différence entre celui imposé par les syndicats et celui du gouvernement? Si le syndicat décide de partir en grève avec une majorité fictive ou bien la CAQ avec sa majorité imaginiare, la différence n’est pas palpable pour votre humble serviteur à part d’essayer de compter combien d’anges peuvent se tenir sur la tête d’une épingle.

      Oui, il y a eu un gouvernement NPD qui a créé les « Rae days », des journées de congé sans solde à la hauteur de plus de 10 par année en plus de geler les augmentations de salaire pour les enseignants pendant quatre ans. C’est avec le gouvernement conservateur élu qu’on a retrouvé nos augmentations et nos échelles salariales. C’est pour cela que le NPD est détesté par la majorité des enseignants en Ontario.

      Pour finir, merci de m’avoir initié à la réalité québécoise.

    • Nadia Alexan - Abonnée 13 février 2020 22 h 19

      J'aimerais rappeler à monsieur Dionne que les pays scandinaves avec les meilleurs résultats sur toutes les mesures internationales que ce soit en éducation, en santé ou en bonheur général, ont le plus haut taux de syndicalisation au monde.
      Les patrons prétendent toujours qu'ils n'aient pas les moyens de rémunérer les travailleurs adéquatement. C'est grâce aux syndicats que les travailleurs sont capables d'obtenir un minimum de dignité et de meilleures conditions de travail.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 14 février 2020 07 h 01

      En conclusion à M. Dionne.

      Je suis de centre gauche. Je ne suis pas d'accord avec votre discours très anti-gauche et très anti-QS et pro-Trump. Mais, vous avez droit à votre opinion. Je suis membre du PQ et du Bloc. Le démocrate, que je suis, déplore, au plus haut point, la philosophie de la loi 40 et, surtout la manière et la précipitation,comme en immigration: "le syndrôme Jolin-Barrette"!

      Ma députée respectée Véronique Hivon :« En effet, avec ces 300 articles et 160 amendements, le projet de loi 40 ne se concentre pas qu’à l’abolition des élections scolaires, mais également à la révision des notes ainsi que le choix de l’école. D’ailleurs, de nombreux enseignants aux quatre coins de la province dénoncent cette loi, menaçant même de quitter leur poste en bloc en guise de protestation. (….)Enfin, le gouvernement a déposé à la dernière minute un amendement de sept pages qui pourrait forcer les villes et municipalités à céder des immeubles ou des terrains aux centres de services scolaires dans l’optique d’y ériger des écoles. "

      En tout respect!

  • Daphnee Geoffrion - Abonnée 13 février 2020 09 h 02

    Madame Ethier,
    Je ne pense que votre poste de présidente de la CSQ vous apporte beaucoup de crédibilité dans ce dossier.
    Votre jugement est malheureusement teinté par vos fonctions.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 13 février 2020 10 h 53

      @ Mme Geoffrion

      Désaccord! Son jugement est HEUREUSEMENT teinté par ses fonctions.C'est sûr et certain que la dame a consulté ses instances avant de prendre une telle position.+

      Vous pouvez être en désaccord avec son point de vue. Je déplore que vous tiriez sur la personne au lieu de tirer sur son argumentaire.

    • Gabriel Rompré - Abonné 13 février 2020 10 h 56

      Je ne suis pas certain de comprendre pourquoi vous dîtes cela. La CSQ représente la plupart des enseignants et des enseignantes, c'est normal que Mme Éthier, en tant que présidente du mouvement porte un point de vue teinté par ses fonctions. Le contraire eut été franchement bizarre.

  • Michel Lebel - Abonné 13 février 2020 09 h 37

    Dérive...

    À un moment donné, les masques tombent. C'est ce qui arrive présentement avec la CAQ. Le traitement du dossier de l'mmigration était un signe avant-coureur de sa dérive autoritaire et incompétente; cela se confirme maintenant en matière d'éducation. Plus hélas à venir.

    M.L.

  • Réjean Martin - Abonné 13 février 2020 10 h 51

    et l'école privée, elle ?

    Plusieurs croient depuis longtemps qu’il faudrait abolir l’école privée plutôt que la promouvoir. Par exemple, le Conseil supérieur de l’éducation en parle depuis des années; même discours de la part du Mouvement L’école ensemble.

    Signalons à ce sujet une manière originale d’abolir l’école privée; une voie de solution qui n’a peut-être pas été assez remarquée le printemps dernier; celle du professeur retraité du département de psychologie de l’Université du Québec à Montréal, Camil Bouchard.

    Celui-ci analysait un tout récent rapport du Centre de transfert pour la réussite éducative du Québec pour tout simplement proposer le financement complet des établissements scolaires privés par l’État.

    Dans une lettre d’opinion parue dans le journal Le Devoir le 19 mars dernier, voici ce que disait monsieur Bouchard :

    Selon ce nouveau mode de financement, un établissement privé aurait droit aux mêmes subventions que les écoles publiques à condition que les élèves y soient admis gratuitement, sans sélection, et à condition que la composition de la population des élèves fréquentant l’établissement privé reflète la mixité sociale de son territoire administratif. Les écoles privées qui accepteraient ce mode de financement seraient liées au secteur public en tant qu’écoles associées. Les commissions scolaires (CS) deviennent dans ce contexte responsables d’assurer la mixité sociale des élèves dans ces écoles associées. À cette fin, elles adoptent un protocole d’inscription des élèves dans ces écoles à partir du bassin d’écoles publiques de leur territoire.
    Dans ce modèle de financement, les écoles associées du secteur privé signent une convention avec la CS de leur territoire. Cette convention détermine les responsabilités assumées respectivement par les écoles et par la CS, notamment en ce qui a trait au partage solidaire des ressources scolaires du territoire. Ces ententes reconduisent le modèle de gouvernance actuel des écoles privées qui demeurent des OBNL régis par

    • Pierre Grandchamp - Abonné 13 février 2020 12 h 31

      Pas abolir les écoles priivées. Abolir le financement par l'État. A lire:"Le faux débat des commissions scolaires"https://www.journaldemontreal.com/2019/11/17/le-faux-debat-des-commissions-scolaires

      Parlant d'écoles privées, la CAQ n'a pas respecter la promesse sur la laïcité: en effet, elle a exempté les écoles privées, comme si seulement le prof du public était en autorité.

  • François Poitras - Abonné 13 février 2020 10 h 57

    Éternel ronron syndical

    D'u premier argument de la présidente CSQ , les "offres salariales aussi insultantes qu’appauvrissantes ", au second, " l’ombre du début d’une consultation", nous sommes en présence de l'amplification coutumière du discours syndical aussi connu sous l'appellation "désinformation". Une première offre salariale est le point de départ de la négociation, non sa finalité. Tant qu'à l'absence de consultation, c'est ce que le gouvernement fait depuis 2 ans avec ses équipes de terrain. Un point que l'argumentaire syndical omet systématiquement.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 13 février 2020 12 h 37

      @ M. Poitras

      Dans le cas de la loi 40, il a fait tout le contraire de consulter. Il a fait le plus grois changement en éducation depuis le Rapport Parent, lequel avait été préparé par des longues consultations. Dans le cas présent, il aurait été primordial d'amortir le choc en prenant le temps d'expliquer à l'intérieur d'un forum.

      Il a fait adopter à toute vitesse un bill omnibus avec de très nombreux articles, suivis de nombreux amendements de dernière minue à toutes vitesses. PIre encore, il a rompu sa promesse en n'abolissant pas les élections scolaires chez les anglophones.