Les Québécois devraient appuyer le projet de sables bitumineux Frontier

Le projet Frontier de l’entreprise Teck Resources permettrait de produire du pétrole pendant quatre décennies.
Photo: David Boily Agence France-Presse Le projet Frontier de l’entreprise Teck Resources permettrait de produire du pétrole pendant quatre décennies.

Quel prix économique et politique le gouvernement fédéral est-il prêt à payer pour atteindre ses cibles de réduction de gaz à effet de serre ?

La réponse se pose avec acuité au moment où des groupes environnementalistes font pression pour qu’Ottawa rejette le projet Frontier de développement des sables bitumineux par l’entreprise Teck Resources. Ce projet de 20 milliards de dollars permettrait de produire du pétrole pendant quatre décennies.

Pour mettre les choses en perspective, disons que c’est l’équivalent de trois fois le gigantesque projet hydroélectrique de La Romaine sur la Côte-Nord, en construction depuis une décennie au coût de 6,5 milliards de dollars, dont les quatre barrages permettront d’alimenter en électricité un demi-million de foyers.

Les Albertains, qui voient depuis des années les investissements fuir leur province, tiennent évidemment mordicus à ce que le projet se réalise. Ceux qui, au Québec, professent une vision réaliste des arbitrages à faire entre développement économique et protection de l’environnement devraient aussi l’appuyer.

Le principal argument des opposants est que Frontier produira environ quatre mégatonnes d’équivalent CO2 par année, une nouvelle source d’émissions qui compromettrait les cibles de l’Accord de Paris. Ce n’est toutefois qu’une fraction de 1 % des 716 mégatonnes que le Canada a produit en 2017 et de la cible de 517 mégatonnes que le gouvernement s’est donnée pour 2030.

Rappelons aussi que le Canada ne produit au total que 1,6 % des émissions mondiales. Justin Trudeau a lui-même reconnu à l’émission Tout le monde en parle que, même si on arrêtait toute activité au Canada demain matin, cela ne changerait pas grand-chose à l’évolution du climat à l’échelle mondiale. La Chine ne met que quatre heures environ à produire quatre mégatonnes. Est-on prêt à sacrifier des dizaines de milliards de dollars en retombées économiques pour compenser ce que font les Chinois en un avant-midi ?

D’autres pays augmentent leur production de CO2, dont le Japon qui prévoit de construire jusqu’à 22 centrales électriques au charbon. Celles-ci produiraient autant de carbone que l’ensemble des voitures vendues annuellement aux États-Unis.

Malgré tous les beaux discours sur la transition énergétique, les prévisions internationales les plus réalistes indiquent que la consommation mondiale de pétrole va continuer d’augmenter pendant encore quelques décennies. Si ce n’est pas l’Alberta qui produit ce pétrole et qui enrichit les Canadiens en le faisant, ce seront d’autres pays, des pays avec des standards environnementaux et sur le plan des droits de la personne souvent moins élevés.

Réputation

Les Québécois devraient aussi se préoccuper d’autres effets négatifs d’un éventuel refus d’Ottawa.

La compagnie a déjà dépensé un milliard de dollars pour obtenir le feu vert de tous les organismes réglementaires fédéraux et provinciaux après un processus d’évaluation qui a duré une décennie. Malgré des répercussions inévitables sur l’environnement, l’Agence canadienne d’évaluation environnementale et l’Agence de réglementation de l’énergie de l’Alberta ont récemment conclu que le projet était « dans l’intérêt public ».

Quel signal enverra-t-on aux investisseurs canadiens et internationaux si, pour des raisons politiques, on dit non à Teck Resources après un investissement aussi considérable et après qu’elle se fut conformée à toutes les étapes du processus ?

Le Canada traîne de la patte depuis plusieurs années sur le plan des investissements directs étrangers. L’avantage compétitif que nous avions sur les États-Unis a disparu depuis les baisses d’impôt et la réduction du fardeau réglementaire entreprises par le président Trump. La réputation du Canada risque d’en prendre un autre coup. Et cela touchera inévitablement le Québec, qui cherche à attirer les investisseurs étrangers pour développer son secteur minier.

La meilleure garantie d’un environnement mieux protégé est l’enrichissement. La pollution est un problème endémique dans les pays pauvres, qui n’ont pas les moyens de s’y attaquer. Au contraire, les pays prospères peuvent se permettre d’y consacrer beaucoup plus de ressources. Ils peuvent aussi investir davantage dans les technologies d’avenir moins polluantes. L’arbitrage qu’on doit faire dans l’immédiat entre développement économique et protection de l’environnement s’efface en fait lorsqu’on étire la perspective sur le long terme.

Le gouvernement fédéral doit annoncer d’ici la fin de février s’il donne ou non son feu vert au projet Frontier. Ceux qui se préoccupent de l’avenir économique et environnemental du Canada devraient l’appuyer.

32 commentaires
  • Raynald Blais - Abonné 13 février 2020 01 h 59

    « La meilleure garantie d’un environnement mieux protégé est l’enrichissement. »

    Il n’est pas surprenant que la classe économiquement et politiquement dominante voie son enrichissement comme solution au problème environnemental. Elle l’a également fait pour le problème de la pauvreté même si cela augmentait le fossé entre riches et pauvres. Dans ce monde qui semble s’écrouler, elle a le réflexe de lutter pour sa survie. Son enrichissement n’est peut-être pas une solution aux grands problèmes de notre époque, mais il est la condition sine qua non pour perpétuer son existence comme classe dominante. Jamais elle n’acceptera de disparaître pour sauver les espèces, dont la nôtre.

  • Jean Duchesneau - Abonné 13 février 2020 03 h 15

    Quelle idée saugrenue....

    Votre idée est équivalente à dire "mettez le feu à la maison et collectez l'assurance". Je ne sais pas qui vous paie (mais je m'en doute) pour en arriver avec une telle idée et un argumentaire aussi tordue.

    Quand on est un resto vegan, on ne se met pas à vendre du boeuf trible A vieilli 40 jours à 80$ le kilo.

    Les Québécois par leur "choix" collectif et historique dans les années 60-70 de développer l'énergie hydroélectrique étaient bien conscients même à cette époque, faut-il le rappeler, qu'il s'agissait d'une énergie propre et renouvelable. Çà n'est pas d'hier que les Québécois ont cette fibre écologique (pas toujours cohérente), mais toujours là lorsqu'il faut répondre "présent". Vous étiez où messieurs Kelly-Gagnon et Belzile de l'Institut économique de Montréal lors de la manifestation d'un demi million de Québécois? Pas à Montréal semble-t-il !

    Ce à quoi on s'attendrait d'une "organistaion phare" c'est de la créativité.... de la vision .... compte tenu du contexte, de l'historique, des ressources, des valeurs, etc. etc. etc. Ceci étant dit, je crois fermement que c'est par l'intelligence que le Québec pourra s'enrichir en développant une économie verte et exportable, mais pas plus en vendant du pétrole qu'en renversant le capitalisme.

    L'Alberta et (nous par la bande) a un malheureux problème sur les bras et çà n'est pas en achetant leur "steak" qu'on va s'en sortir collectivement.

    C'est comme dire à ton ami "je vais attrapper ta grippe et comme çà on sera deux pour la combattre" !?!?

    • Daniel Grant - Abonné 13 février 2020 09 h 38

      Wow ça faisait longtemps que je n’avait pas lu des balivernes que seuls des organismes comme l’IEM peuvent dégouliner.
      IEM est sûrement payé par la « Energy War Room » que vient de pondre Jason Kenney pour faire du chantage et mentir au reste du Canada avec l’argent des contribuables ($30 millions)
      https://www.nationalobserver.com/2019/09/16/opinion/alberta-shocking-abuse-political-power-protect-oil-industry

      Si j’entendais des propos semblables j’aurais peur d’attraper le cancer des oreilles, devrais-je m’inquiéter d’attraper le cancer des yeux?

      Heureusement qu'il reste le rire pour soulager le cerveau.

      Merci M. Jean Duchesneau vous venez de faire ma journée:
      "mettez le feu à la maison et collectez l'assurance".

      « C'est comme dire à ton ami "je vais attraper ta grippe et comme çà on sera deux pour la combattre" !?!? »

      Un déversement d’énergie solaire, ça s’appel une belle journée.

  • Bruno Detuncq - Abonné 13 février 2020 06 h 09

    Que de phrases creuses !

    Que de phrases creuses pour défendre l’indéfendable. Des arguments économiques mal étayés et des pontifes vides de sens, voilà ce que peut nous servir cet institut mal nommé IEM, que l’on pourrait renommer Institut Égoïsme Monstrueux. Car c’est de cela qu’il est question, de l’égoïsme. Tout pour nous tout de suite et rien pour les autres, comprenant les générations futures. La science, oui la vraie science, ce qui n’est pas le cas de l’économie, indique très clairement qu’il faut laisser sous terre 80 % des combustibles fossiles restants. Pas se dépêcher à les exploiter le plus rapidement possible. L’argument de dire que la Chine ne fait pas son travail de décarboner, son économie est fallacieux, chaque Canadien émet 5 fois plus de GES que chaque citoyen chinois. La responsabilité ne se calcule pas seulement sur le total d’une nation. À quand l’IEM se mettra à lire sérieusement les rapports du GIEC et en prendre note pour ajuster son analyse de la situation climatique ? J’ai hâte de vous lire à ce sujet.
    Bruno Detuncq, citoyen

    • Bernard Plante - Abonné 13 février 2020 10 h 11

      Rappelons-nous les fausses affirmations quant au potentiel "incroyable" que représentait l'exploitation du pétrole sur Anticosti. Cette aventure qui a fini par coûter des millions aux contribuables. Rappelons-nous aussi le potentiel "incroyable" du projet Rabaska sur la rive sud de Québec. On disait des opposants qu'ils ne comprenaient rien à l'économie... jusqu'à ce que le projet soit annulé en raison de son absence de rentabilité économique!

      À chaque fois qu'un nouveau projet pointe le bout du nez les larbins de l'Institut économique des Desmarais nous fanfaronnent à quel point le pétrole est la plusse meilleure ressource qui soit pour sortir les pauvres petits ignorants de la noirceur. Comme si on ne se rendait pas compte que leurs sorties ne sont en fait que des campagnes marketing répondant aux commandes des Desmarais désirant faire fructifier leurs investissements pétroliers, et ce au détriment de l'ensemble de l'humanité et de la planète.

      On a déjà suffisamment joué dans ce film où la seule richesse qui existe vraiment est celle qui provient des coffres publics que l'on vide pour enrichir les dinosaures cupides de l'économie du passé.

    • Claude Saint-Jarre - Abonné 13 février 2020 10 h 17

      4300 milliards de subventions aux fossiles dans le monde! ( je ne sais si c'est en dollars ou euros.)

  • Brigitte Garneau - Abonnée 13 février 2020 06 h 32

    "Les Québécois devraient appuyer le projet des sables bitumineux Frontier "

    Ce titre à lui seul est de la pure provocation! Comment peut-on, en son âme et conscience, avec tout ce que l'on sait aujourd'hui sur les désastres irréparables causés par ce monstre qu'on appelle "les sables bitumineux ", appuyer un tel projet??! L'Alberta a beau être loin, géographiquement, du Québec, il n'en demeure pas moins que ce projet est insensé! Mais, comme on dit: pour l'économie, la bêtise n'a pas de frontières!!

    • Rose Marquis - Abonnée 13 février 2020 08 h 07

      Que j'aime ce "Mais, comme on dit: pour l'économie, la bêtise n'a pas de frontières!''

  • Mario Gallant - Abonné 13 février 2020 07 h 13

    Il faut lire l'argumentaire,

    ça vaut vraiment la peine. Mais d'y répondre, beaucoup moins.