La fin du mirage en éducation

Des conditions de travail qui s’alourdissent et des bas salaires contribuent à l'exode des enseignantes, estime l'auteur.
Photo: iStock Des conditions de travail qui s’alourdissent et des bas salaires contribuent à l'exode des enseignantes, estime l'auteur.

La semaine dernière était la Semaine des enseignantes et des enseignants. Il s’agit d’une période devant servir à valoriser celles et ceux qui travaillent à pied d’oeuvre afin d’éduquer les enfants et les adultes québécois. Disons que la Coalition avenir Québec de François Legault et de Jean-François Roberge a une drôle de conception du terme « valoriser ».

Depuis des années, cette profession est en crise. C’est une longue traversée du désert qui a débuté sous le règne des libéraux. Quand on constate le piteux état des écoles, les conditions de travail qui s’alourdissent année après année et les salaires risibles quand on les compare à ceux des autres provinces canadiennes, on en arrive à ce qui se passe actuellement : un exode des enseignantes. Les jeunes ne choisissent pas cette profession et les plus âgées fuient avant d’avoir atteint l’âge de la retraite.

Lors de son passage dans l’opposition, Jean-François Roberge était inspirant. C’était bon de voir un confrère parler avec passion de notre profession. De plus, lors de la dernière campagne électorale, François Legault promettait de faire de l’éducation une priorité nationale. Se laissant berner par ces grands espoirs, plusieurs enseignantes ont voté pour eux. Force est de constater, après deux ans de règne, qu’il s’agissait d’un mirage.

Les gifles en plein visage se multiplient depuis leur arrivée au pouvoir. Dans la dernière année, par exemple, le dépôt patronal en vue du renouvellement de la convention collective démontrait très bien le mépris de Jean-François Roberge et de la CAQ envers les enseignantes. Plus d’heures de travail, plus d’élèves par classe à certains niveaux, la possibilité de nous imposer des mesures disciplinaires si les élèves ne réussissent pas, etc. Le tout en nous appauvrissant, car ils n’offrent même pas une augmentation salariale qui suit l’inflation. Les enseignantes québécoises sont déjà les moins bien payées au Canada, faut-il les appauvrir davantage ?

Rebondissements

Cette année, la Semaine des enseignantes et des enseignants a été marquée de plusieurs rebondissements. Tout d’abord, le ministre était fier d’annoncer 350 nouvelles classes de maternelle 4 ans. Sait-il que de nombreuses classes actuelles, faute de suppléantes, n’ont même pas d’enseignantes et que de nombreuses enseignantes à temps plein doivent utiliser leur temps de planification et de correction pour remplacer des collègues absents ou malades ? La pénurie actuelle représente déjà un surplus de travail pour l’ensemble des enseignantes et le ministre est fier d’annoncer qu’il y en aura davantage.

De plus, le ministre, dans un mégaprojet de loi de 312 articles, vient d’adopter sous bâillon, et sans adéquatement consulter les enseignantes, une loi qui va modifier leurs conditions de travail. Par exemple, 15 heures de formation seront obligatoires chaque année. Ce qui est encore plus insultant avec cette décision, c’est que le ministre utilise une loi sur l’abolition des élections scolaires pour modifier la tâche des enseignantes. Le ministre ignorait-il qu’une négociation pour le renouvellement de la convention collective est en cours et qu’une telle loi bafoue le processus légitime de négociation ?

Finalement, pour clore en beauté la Semaine des enseignantes et des enseignants, le premier ministre a indiqué que la formation des enseignantes se ferait pendant leurs vingt jours de congé. Avec ses paroles, le premier ministre vient d’illustrer avec éloquence son manque de compréhension de cette profession si importante pour les jeunes Québécois.

Rappelons au passage qu’il a été ministre de l’Éducation sous le Parti québécois. On peut se questionner sur ce qu’il en a retenu, car les vingt jours de « congé » sont dans les faits des journées pédagogiques qui servent à planifier des cours, à corriger des évaluations, à rencontrer la direction ou des parents, à remettre des bulletins et aussi [déjà] à se former.

Enfin, si le ministre Roberge, qui disait au début de l’année souhaiter faire de la lutte contre la pénurie d’enseignantes sa priorité, pense qu’il est sur la bonne voie, il est dans l’erreur. Pendant que les enseignantes traversent le désert, lui, il marche dans les nuages.


 
22 commentaires
  • Pierre Grandchamp - Abonné 12 février 2020 07 h 29

    Un gouvernement arrogant qui remet le système entre les mains des fonctionnaires

    Les membres du CA seront des *bénévoles* muselés.Les élus scolaires seront remplacés par un conseil d’administration formé de 15 représentants bénévoles : cinq représentants du personnel scolaire, cinq membres de la communauté et cinq membres de comités de parents.
    Ces administrateurs n’ont pas le droit de s’exprimer publiquement. Ils sont tenus à un devoir de réserve. Le porte-parole de chaque « centre de services de scolaires » est désormais le directeur général. ,C'est la façon de faire d’un gouvernement qui impose ses politiques et qui élimine les contre-pouvoirs . Dans mon livre, il s'sgit d'un geste digne d'une dictature et un recul grave au plan démocratque.

    Les 5 représentans du personnel seront régulièrement en situation d'apparences de conflits d'intérêts.Quant aux parents élus au conseil d'établissement, c'est un secret de polichinelle qu'il y a, normalement, très peu de parents qui s'y présentent quand vient le temps d'élire leurs représentants..

    C'est comme si Québec abolissait les municipalités. On ne fait pas une tel changement en quelques heures, avec des tas d'amendements de dernière minute, en pleine nuit. En démocratie, il faut, d'abord, tenter d'explqiuer, de convaincre, avamt d'imposer.

    Crème sur le sundae:les anglophones conservent leur droit d'élire leur monde.C'est la spécialité de la CAQ: il avait exempté les écoles privées de la loi 21. Dans les deux cas, il ne nous avait pas dit cela, dans son programme électoral.

    • Nadia Alexan - Abonnée 12 février 2020 10 h 17

      Vous avez raison, monsieur Pierre Grandchamp. La CAQ a trahi les professeurs et les élèves en même temps. La centralisation des institutions dans les mains d'un ministre n'est jamais une bonne idée. Monsieur Roberge, un ancien enseignant lui-même, a raté une bonne occasion pour réformer le système en bonifiant le rôle des éducateurs et des professionnels de l'enseignement. C'est dommage. Ce sont les étudiants qui vont souffrir les conséquences de l'amateurisme de ce gouvernement.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 13 février 2020 07 h 12

      A M. Dionne, l'ex Franco Ontarien, donneur de leçon. La vieille *patente*, appelée élections scolaires, exste toujours en Ontario et au Nouveau Brunswick. En conclusion: la loi 40 c'est un recul au plan démocratique, tant et aussi longtemps qu'il y aura des taxes scolaires.

  • Cyril Dionne - Abonné 12 février 2020 08 h 35

    Les enseignants, le gouvernement et les syndicats

    Comme enseignant de l’Ontario, je suis toujours fasciné par les excellents résultats scolaires obtenus au Québec malgré le pitoyable état physique de leurs écoles, les conditions de travail peu enviables de leurs enseignants avec un régime de retraite qui est loin d’être le meilleur au Canada sans parler de leur rémunération. Pardieu, les policiers sont payés beaucoup plus et pourtant n’ont que des diplômes du secondaire (les cégeps sont considérés comme des écoles secondaires ailleurs au Canada), ont des avantages sociaux de loin supérieurs aux enseignants et ont un plan de retraite à faire rêver tout le monde. Diantre, plusieurs prennent leur retraite à 50 ans.

    Alors comment allez-vous attirer les jeunes qui sont brillants et qui veulent faire une différence pour devenir des enseignants? Ajoutez à cela la montée des enfants et parents rois, la déresponsabilisation des parents en éducation et l’état désastreux de plusieurs écoles et vous avez la tempête parfaite pour un recrutement nul en éducation. En fait, 20% des nouveaux enseignants quittent après cinq ans. Pour la CSDM, les chiffres sont bien plus pires.

    Le non-dit dans toute cette histoire, plusieurs des nouveaux enseignants, après avoir été formés dans le système universitaire québécois, optent pour d’autres provinces canadiennes pour enseigner. Pardieu, il y a plus de 4 400 enseignants québécois pure laine qui ont été formés dans les universités du Québec qui enseignent en Ontario. Pourquoi? Le salaire, les conditions de travail, les avantages sociaux, le régime de retraite et j’en passe. Diantre, après, on se plaint d’une pénurie d’enseignants au Québec.

    Le seul bémol dans toute cette histoire au Québec, c’est la trop grande place accordée aux syndicats en enseignement. Le système public est souvent paralysé par les syndicats et les bonnes idées vont souvent aux poubelles. La lourdeur syndicale n’est pas un avantage et freine souvent l’élan des professionnels en éducation

    • Alain Pérusse - Abonné 12 février 2020 12 h 01

      ...dixit le nostalgique des collèges classiques, de l'éducation réservée aux plus riches et aux Frères des Écoles chrétiennes. Dont les chiffres apportés sont faux ou transformés.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 12 février 2020 13 h 04

      Expliquez nous ce que les régimes de retraite des enseignants ailleurs ont de meileur celui des enseignants au Québec ?

    • Pierre Grandchamp - Abonné 12 février 2020 14 h 39

      L'arroseur franco ontarien arrosé:
      https://www.pressenza.com/fr/2020/02/ontario-debrayage-mardi-et-jeudi-plus-de-100-000-enseignants-en-greve/

      Une autre généralisation facile:"malgré le pitoyable état physique de leurs écoles,". De certaines écoles, oui!

    • Cyril Dionne - Abonné 12 février 2020 15 h 59

      @ Jean-Yves Arès

      Celui de l’Ontario, « Teachers’ » est supérieur au RREGOP du Québec. Votre rente est calculée à partir de 60% de vos cinq meilleures années de travail. La moyenne des salaires en Ontario est de 100 000$ par année après huit ans d’expérience et vos qualifications de niveau IV, ceci en 2020. Donc, après 30 ans d’enseignement, vous pouvez faire le calcul.

      Teacher’s est un plan de pension privé seulement pour les enseignants alors que celui du Québec est public et englobe tous les travailleurs de la fonction publique. C’est un des fonds privés le plus performant au Canada avec un actif net de 202 milliards.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 12 février 2020 16 h 56

      M. Dionne écrit, en parlant du régime de retraite public des enseignants: ":Votre rente est calculée à partir de 60% de vos cinq meilleures années de travail. ". Ce peut être 40% comme ce peut être 80%. Soit le nombre d'années de cotisation multiplié par 2% Maximum 40 ans.

      D'autre part, il faut ajouter la rente provenant de la Régie des rentes du Québe, A considdérer, aussi que "Le.Coût de la vie : l’avantage du Québec s’accroît depuis 25 ans....Contrairement à ce qu’on lit, l’écart entre le Québec et l’Ontario se creuse. En 2016, vivre à Montréal coûtait 15 % moins cher qu’à Toronto, et vivre à Québec, 17 % moins cher, explique l’économiste Pierre Fortin.
      https://lactualite.com/lactualite-affaires/2018/03/21/cout-de-la-vie-lavantage-du-quebec-saccroit-depuis-25-ans/

      Bien d'accord que les conditions de travail soient améliorées au Québec. Je ne peux parler pour l'Ontario. Je pense que une des raisons pour laquelle il y a moins de cégepiens qui se dirigent vers l'enseignement, pendant que le nombre d'élèves va augmenter jusqu'en 2029: le fait qu'il y ait une certaine détérioration sociale et le caractère élitiste du système scoiaire. "Le faux débat des commissions scolaires", écrivait, avec grande justesse, la chroniqueuse Emmanuelle Latraverse.

    • Marc Therrien - Abonné 12 février 2020 18 h 15

      Et c'est ainsi que M. Dionne, après avoir fait carrière en Ontario, rêverait de pouvoir jouir du meilleur de chaque monde, en vivant doucement sa retraite dans un Québec devenu indépendant.

      Marc Therrien

    • Cyril Dionne - Abonné 12 février 2020 20 h 26

      Oui M. Grandchamp, vous avez raison pour le nombre d'années de cotisation multiplié par 2%. Pour le coût de la vie, vous avez aussi raison, mais la plupart des gens qui enseignent ne veulent pas vivre à Toronto comme ils ne veulent pas vivre à Montréal pour essentiellement les mêmes raisons, c'est hors de prix pour la classe moyenne.

      Mais vous n'en revenez pas encore des commissions scolaires, ce vestige britannique du temps de la Conquête et de la rébellion des Patriotes. Pardieu, on regarde en avant, pas en arrière. Nous sommes ailleurs et on a déjà passé à un autre appel.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 13 février 2020 07 h 05

      @M. Dionne

      Je défendrai toujours la démocratie:"No taxation without representation". Désaccord absolu qu'on remettte la gestion de la chose scolaire dans les mains des fonctionnaires; qu'il y ait un directeur général non pas nommé par les gens élus mais par un ministre et que ce directeur général soit redevable non pas à des gens élus du milieu mais au dit ministre. Désaccord à ce que les gens du conseil d'administration ne soient que des figurants, des bénis oui oui ayant obligation de réserve et ne pouvant aller sur la place publique.Désaccord à ce que l'éducation publique ne soit qu'un affaire de fonctionnaires. Désaccord à ce que la CAQ renie une autre de ses promesses: elle les abolit UNIQUEMENT chez les francophones! En ce qui me concerne, c'est un pas en arrière justement: c'est une réforme Barrette no 2.

      .Suivant votre argument, il faudrait abolir les élections municipales pcq c'est une autre viellle patente?

    • Josée Duplessis - Abonnée 13 février 2020 07 h 24

      Seul bémol M. Dionne c'est votre commentaire sur la place des syndicats. Une chance qu'ils sont là et pour ma part quand il s'agit de défendre les enseignants ils sont souvent les seuls à le faire.
      Pour ce qui est de ce que la CAQ vient de faire, je trouve que ça ressemble à une dictature pendant une négociation.
      Comment croire que ce gouvernment veut négocier quand il impose une réforme majeure de cette façon?
      Certains ont pensé que du nouveau apporterait de la fraîcheur? Voilà la froidure est arrivée. Le gel de leur position aussi.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 13 février 2020 23 h 57

      Avec une rente a hauteur de 2% par année de service on dire que le régime de retraite des enseignants de l'Ontario est pas mal semblable a celui au Québec. Bien sûr dans les détails, nombreux, une fine analyse pourrait trouvé des différences.

      Coté salaire c'est relatif. Le salaire a maturité des enseignants qu'il soit du coté québécois ou ontarien se situe sur la ligne de 10% des revenus de marché les plus élevés au seins de la population, tel que déclarés a l'Agence de Revenu du Canada (l'ARC).
      Ces données sont bien plus solides que les statistiques issues de sondage.

      En 2010 cette ligne de 10% se situait a 70,000$ au Québec, et à quelques 84,000$ du coté de l'Ontario. Ce qui représente 20% de plus qu'ici.

      Le salaire mature des enseignants ici étant de 82,585$ pour 2019-2020, si vous y ajouter 20% de plus vous arrivez 99,102$. Soit sur la tranche de ce qui se retrouve en Ontario comme salaire mature dans le domaine.

      Donc ce salaire de 82,585$ ici se positionne exactement au même niveau dans l'échelle des salaires qu'on retrouve en Ontario, on a donc l'équité avec nos voisins en matière de traitement!

      Infos publiés en 2013, les lignes rouges sont mon ajout.
      http://img111.xooimage.com/files/7/7/2/revenu-de-m
      http://img113.xooimage.com/files/1/7/7/revenue-de-

  • Jacqueline Rioux - Abonnée 12 février 2020 10 h 19

    Manque de reconnaissance

    Le manque de reconnaissancce des enseignantes et enseignants au Québec n'est pas nouveau. Tout a commencé par les écoles de rang où la « maîtresse » se dévouait corps et âme pour les enfants de la 1re à la 7e année, sans réel soutien. Elles ont rendu un fier service à la société d'alors qui manquait de moyens pour scolariser minimalement toutes les personnes sur notre immense territoire. Il semble bien que cette même société aie pris pour acquis que ce dévouement inconditionnel était la base de ce « métier », visiblement pas une profession aux yeux de beaucoup, dont notre gouvernement actuel.

    Cependant, je ne gagerais pas sur le désir de nos jeunes de poursuivre cette tradition, même si plusieurs le font encore. Il y a une limite à se faire traiter comme des subalternes, surtout après avoir fait au moins un Bac de quatre ans qui ne semble avoir rien changé à l'opinion qu'on se fait de leurs compétences. Aucun changement ne peut réussir sans la collaboration des principaux intéressés.

    En passant, je fais partie de la majorité des Québécois (environ 60 %) qui n'ont pas voté pour ce gouvernement et qui ont été bâillonés à quatre reprises depuis le début de son mandat.

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 12 février 2020 11 h 21

    Avec la CAQ

    ou avec les libébaux si j'étais enseignant je me chercherais du travail ailleurs.La faiblesse du ministre Roberge déçcoit énormement.

    Le Québec de demain sera-t-il aussi faible et débile que la CAQ ? La lune de miel a assez duré.Le Québec mérite mieux que ces

    apprentis qui erreur par-dessus erreur en font d'autres .L'entendement n'est pas leur force.

  • Marc Pelletier - Abonné 12 février 2020 13 h 54

    J'appuie votre texte M. Gaumond .

    D'autre part, les commentaires de Messieurs Grandchamp et Dionne sont fort à propos !

    Je les en remercie.