Cette Europe qui vit en moi

«Le retrait du Royaume-Uni, s’il n’est pas vraiment incongru, ouvre une brèche dans l’unité du projet d’Union européenne, qui ne fait plus l’unanimité», estime Victorine Michalon-Brodeur.
Photo: Michele Tantussi Agence France-Presse «Le retrait du Royaume-Uni, s’il n’est pas vraiment incongru, ouvre une brèche dans l’unité du projet d’Union européenne, qui ne fait plus l’unanimité», estime Victorine Michalon-Brodeur.

La dimension émotionnelle du Brexit pour bon nombre d’Européens est peu accessible aux Québécois. La couverture médiatique de l’affaire priorise le factuel. Vu d’ici, le départ du Royaume-Uni de l’Union européenne serait la dernière effronterie du plus récalcitrant de la gang, et le symbole d’une époque tourmentée par la tentation nationaliste. Intérieurement, je me sens meurtrie. La confiance que je portais à la force du projet européen, qui a soutenu mon développement identitaire et mes engagements, a été heurtée.

Je suis née en 1984 dans la Communauté économique européenne. Accessoirement, dans un village viticole français avec marché paysan et bureaux de tabac. La détente de la guerre froide était alors mise à mal par la crise des euromissiles. Helmut Schmidt et François Mitterrand faisaient la paire.

En 1991, mes parents nous ont entassés, mes frères et moi, dans la Peugeot 305 et nous avons filé à Berlin. Le long des décombres du mur, on vendait des gravats, des photos de Rostropovitch et son violoncelle, et des insignes soviétiques.

À l’école, j’ai appris l’allemand, le latin, l’anglais, et le russe, dans cet ordre. Grâce au jumelage, j’étais assurée d’aller souvent en Allemagne visiter une mystérieuse correspondante — à très bon prix. La CEE est devenue l’Union européenne en 1992. Pour l’enfant que j’étais, cette étape fut une fête. On se sentait plus riches, plus solides, plus grands. Nous connaissions par coeur les 12 pays membres, leur capitale et leur drapeau.

En dépit de mon jeune âge, l’Europe était une abstraction très présente, qui se concrétisait régulièrement à l’école, aux nouvelles, sur la route des vacances. Nous étions grisés par cet espace ouvert, habité de peuples cousins dont la différence de langue, de billets et de pains nous attirait terriblement. Y appartenir était une chance.

Un destin commun envisagé avec créativité et confiance. Nous étions Français et Européens : nous avions quelque chose de plus. En 1995, nous étions 15. Le choeur européen s’élevait, fort, fier d’avoir matérialisé à coup de traités, négociés âprement, le voeu du « plus jamais ça ». Nos dirigeants avaient personnellement connu la guerre, et nous, enfants de l’Europe, nous portions leur revanche.

Fin de siècle. Dans la chambre de mon frère, on manipulait des prototypes de pièces, spéculant sur lequel, de l’écu ou de l’euro, allait l’emporter. Nous étions tourmentés, tristes de quitter notre monnaie nationale que nos parents traduisaient encore en anciens francs, mais exaltés par la conscience d’assister à un moment historique. On a péniblement tout divisé par 6,5. On s’est inquiétés, à juste titre, de la flambée des prix née de l’arrondissement mathématique.

Erreur de jugement

J’ai continué mes voyages outre-Rhin. Je les ai poursuivis vers l’est, vers ces dernières douanes riches en adrénaline, jusqu’à l’Oural, limite symbolique de notre terrain de jeu. J’ai étudié la géographie humaine, la science politique, le droit communautaire — la législation européenne.

Grâce aux fonds européens, nous fûmes Volontaires européens, étudiants Erasmus, voyageurs Interrail. Je me suis impliquée à l’Office franco-allemand pour la jeunesse et j’ai représenté l’Europe dans toutes sortes d’instances et de pays. Journaliste à Sarajevo pour les premières chaînes allemande et belge, j’ai sillonné l’Europe en train de nuit, en car Eurolines, en vol low cost ou en Citroën 2 CV. J’ai vibré au diapason de ce bouillonnement des cultures et des langues. Nous étions la jeunesse triomphale et affranchie de l’avant 2008, polyglotte, décomplexée et insouciante. L’Europe était à nous, et nous étions l’Europe.

Les premières crispations sont parvenues à ma conscience adulte en 2005 avec le référendum perdu sur le projet de constitution européenne. La marche fut haute de 15 à 25. On a craint le plombier polonais qui se brade, et la candidature de la Turquie, ce spectre ottoman, terrifiait. La crise bancaire a frappé fort. Certes, l’adhésion s’accompagne de concessions. C’est un projet politique imparfait, mais que j’ai toujours perçu comme rassembleur, efficace antidote aux nationalismes méfiants.

Qu’on puisse vouloir quitter le giron de l’Europe ne m’avait jamais effleuré l’esprit, on se battait au portillon pour y entrer. J’ai souvent entendu décrier l’hypocrisie, l’ultra-libéralisme ou la faiblesse de l’Union, trop contraignante ou trop effacée, notamment en politique étrangère. Mais l’Europe des peuples est pour moi une réalité, et les gains à cette alliance unique au monde trop évidents pour que je ne considère pas le Brexit comme une immense erreur de jugement.

Bien sûr, l’Europe des 29 demeure. Mais son bien-fondé, malgré tous ses travers, est publiquement écorné par ce départ, et j’en ai mal à mon européanité. J’ai grandi dans une Europe de plus en plus affirmée et vivante, et celle-ci a crû en moi au point de se tailler souvent la première place dans mon éventail identitaire.

Je ressens une connivence immédiate avec un congénère du Vieux Continent. Nos attitudes ont été modelées par une éducation et une imprégnation européennes. Se partager l’espace et y évoluer, côtoyer la différence en la subsumant par une communauté d’histoire, de loi et de destins politiques, se projeter dans une mixité et un habitus continental : voilà des apprentissages et des manières d’être au monde proprement européens, que décrivait déjà Zweig dans son Monde d’hier (1934).

Le retrait du Royaume-Uni, s’il n’est pas vraiment incongru, ouvre une brèche dans l’unité du projet, qui ne fait plus l’unanimité. L’UE n’a pas implosé sous le désaveu britannique. Mais je ne peux m’empêcher d’y voir une inquiétante régression, et de me sentir intimement écorchée.

26 commentaires
  • Yvon Montoya - Inscrit 10 février 2020 06 h 35

    J’ai le même sentiment voire vertige que vous. Merci pour votre texte si juste que la jeunesse anglaise aurait pu écrire.

    • Victorine Michalon - Abonnée 11 février 2020 08 h 28

      Merci, Yvon, de me partager votre ressenti. Beaucoup d'Européens, expatriés ou non, m'ont dit s'être retrouvés dans mon texte, me confirmant qu'il y a bien autour du vécu d'une identité européenne, construite par une socialisation bel et bien induite par le projet politique et non pas par la simple proximité géographique, un phénomène social générationnel. Mon texte n'était pas un débat pour ou contre l'Europe, nourri de références intellectuelles dont je n'ai pas voulu faire l'étalage, vous l'avez bien compris. Il s'agissait bien de me prêter à un examen de la genèse d'un fort sentiment d'appartenance à l'Union, qui est d'autant plus remarquable que j'ai grandi dans une famille modeste de la France rurale. Un sentiment d'appartenance, ça se construit, lentement, par une ambiance, des discours, une présence médiatique, scolaire, familiale, sociale, une mobilité permise par des fonds européens (partir deux semaines en Allemagne pour 80 euros), bref, un ensemble d'éléments quotidiens qui sont invisibles vus d'ici.

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 11 février 2020 15 h 16

      Et c'est bien cette faiblesse intellectuelle, «en n'ayant pas voulu faire l'étalage » qui vous est reproché. En dépit de toutes les structures que vous nommez, bien avant 2015, il était possible de saisir que ce qui motivait votre sentiment était le fruit d'une construction idéologique, savamment orchestrée, il faut le reconnaitre. À titre d'exemple, même Wikipedia nous apprend qu'Acrimed avait recensé les positions favorables au traité de Lisbonne en 2005 : « Le résultat surprend les commentateurs politiques, alors que les partisans du « oui » avaient bénéficié de 71 % des interventions dans les médias télévisés entre le 1er janvier et le 31 mars. Le résultat négatif du référendum, joint à celui des Pays-Bas trois jours plus tard, a scellé le sort du traité».

      Il y a donc une opposition réelle dont les élites ont fait fi. Les peuples d'Europe acceptaient le marché commun et un certain nombre de dispositifs que biens des pays peuvent mettre en place, mais il y avait, au moins entre 2005 et 2015 des indices évidents que l'attachement que vous éprouviez était suspect. Vous écrivez : « La couverture médiatique de l’affaire priorise le factuel. » C'est faux. Les chroniques de François Brousseau, ici ou à la SRC, pour ne donner qu'un exemple, présentent le Brexit avec un angle défavorable. Maintenant que le réel a rattrapé les médias, ces derniers doivent en tenir compte, mais il est TRÈS rare que nos médias expliquent ou présentent les points de vue d'un Todd, d'un Farage, d'un Chouard. Quant à faire un portrait honnête du travail de sape de Goldman Sachs contre la Grèce ou de là à expliquer pourquoi un Euro fort nuit à la productivité française, on peut effectivement rêver.

      « Qu’on puisse vouloir quitter le giron de l’Europe ne m’avait jamais effleuré l’esprit. » Les signes étaient là qu'un examen critique était nécessaire, que la thèse de «l' efficace antidote » était un écran de fumée pour réduire des souverainetés nationales.

  • Jean Lacoursière - Abonné 10 février 2020 06 h 56

    Madame ne porte visiblement pas un gilet jaune

    Tout ce que vous avez fait dans votre jeunesse, madame Michalon-Brodeur, ne nécessite pas une Europe comme celle d'aujourd'hui dont les traités sont archi-contraignants pour les nations, du point de vue du contrôle de leur économie.

    Les opportunités éducatives et culturelles dont vous avez profité pourraient demeurer dans une Europe constituée différemment.

    C'est à çà que vous devriez davantage réfléchir (peut-être en compagnie de Piketty ou Lordon), plutôt que de vibrer nostagiquement sur l'apparition de l'euro.

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 11 février 2020 15 h 25

      Oui, ça fait vraiment opération de propagande, comme le timbre canadien, avec Poste Canada ou la Monnaie royale qui nous servent une «Minute du patrimoine», alors même que cette monnaie unique, alignée sur les intérêts de Berlin, pour ce que j'en comprends, a considérablement nuit aux Français. Pensez-vous sérieusement qu'avec une monnaie plus faible, les prix du Champagne, du Bordeaux seraient aussi élevés à la SAQ? Pourquoi y avait-il beaucoup de Renault 5 au Québec dans les années 80?

      Renault et Peugeolt sont absents au Québec, mais il y a Mercedez et BMW. Pourquoi, parce que le bien de luxe est un signe ostentatoire, ça dérange moins de mettre le paquet, mais les voitures populaires française dont du même calibre que les japonaises ou coréennes, mais avec l'Euro et une faible demande américaine, ça ne vaut pas la peine. Voilà un exemple de la perte de compétitivité. La France est le pays du tourisme et de la gastronomie, mais on perd notre pouvoir d'achat en y allant, alors on va ailleurs.

      Et l'auteure du texte qui trépignait. Si au moins elle expliquait combien elle était déçue ou trahie Exemple fictif : À l'époque je voyais comme un grand jour l'arrivée de la nouvelle monnaie, on ne m'a jamais expliqué combien celle-ci allait accroitre le chômage. J'enrage de penser que l'on m'a endoctrinée pour faciliter des intérêts néolibéraux et bureaucrates qui, au final, allaient nuire à un peuple dont on me disait de me méfier.

  • Réal Boivin - Abonné 10 février 2020 07 h 42

    Très beau rêve.

    À vous lire on pourrait croire que l'Europe est le paradis sur terre. Je crois plutôt, à lire les journeaux et revues européennes, que votre europe n'existe que dans votre imaginaire fantasmé et plutôt puéril.

    L'Europe d'aujourd'hui n'a plus rien à voir avec l'Europe que voulait De Gaule. Jamais ce fière français n'aurait bradé son identité pour une Europe qui veut détruire les identités nationales pour les intégrer de force (comme l'a fait le gouvernemnt français avec un traité que les français avaient rejeté par référendum) dans un monstre bureaucratique de la mondialisation néo-libérale. Car cette Europe ne profite plus qu'aux nanties de la mondialisation alors que les classes moyennes sont réduites à peau de chagrin.

    L'européen lambda, même endoctriné par Eramus, voit bien qu'il s'est fait avoir lorsque vient le temps de se nourrir et de se loger. Partout en europe la misére s'est installée au même rythme que les fausses promesses du '' projet '' Européen.

    Les britanniques n'en voulaient plus de ce cauchemard.

  • Claude Bariteau - Abonné 10 février 2020 08 h 02

    Votre démarche est convaincante et touchante.

    La sortie du Royaume-Uni vous a secouée, parce qu'elle ouvre une brèche, qui vous inquiète.

    Cette sortie ouvre aussi une brèche dans le Royaume-Uni.

    L'Écosse entend quitter ce royaume pour l'UE. Le pays de Galles a voté contre le Brexit. Idem pour l'Irlande du nord.

    L'Angleterre, qui s'est nourrie de ces royaumes et se muta en Empire jusqu’à la Première Guerre mondiale, risque de se retrouver seule parce qu'elle ne peut composer avec d’autres que pour se maintenir anglaise et protéger ce qui la définit telle.

    Les négociations sur l’après-Brexit le révéleront. L’Angleterre cherchera à conserver ce qui reste du Royaume-Uni avec des ententes économiques avec l’UE.

    Quant à l’UE, elle ne peut guère ouvrir des portes que d’autres pays membres pourraient utiliser. L’enjeu de la brèche est là.

    Et il peut aussi s’exprimer autrement. Le pouvoir de l’UE est surtout économique, car la structure politique confédérale est cahoteuse.

    Que feront les pays qui ont créé cette UE après la Deuxième Guerre mondiale ? Prôneront-ils le modèle de fédération d'États indépendants comme celui des États-Unis en renforçant le pouvoir des électeurs et des électrices ? Ou inventeront-ils un autre modèle ? Difficile à dire.

  • Cyril Dionne - Abonné 10 février 2020 08 h 43

    Question

    Juste une petite question. Si vous avez cette Europe qui vit en vous, pourquoi l’avoir quitté pour venir vivre dans un pays qui contient seulement des arpents de neige selon Voltaire?

    • Marc Therrien - Abonné 10 février 2020 11 h 20

      Un genre de question qu'on pourrait poser aussi aux Québécois nationalistes: Si vous avez le pays du Québec qui vit en vous pourquoi ne pas avoir quitté la fédération du Canada qui n'est que cette immense étendue de terre perdue entre deux océans.

      Marc Therrien

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 10 février 2020 12 h 19

      Réponse de Faladeau : parce que l'autre peuple, qui se considère comme le seul « fondateur», y a foutu un cadenas, les nationalistes sont ceux ayant voulu le quitter et qui ont fait en sorte d'essayer de faire sauter ledit cadenas Toutefois, des individus, puissants, à cause de la complicité avec ledit peuple «fondateur»  se sont aussi pris pour des nationalistes, comme Chrétien, Charest, Bourassa et nous ont toujours présenté une alternative «fédérale et réformiste». Lisée n'a-t-il pas écrit «Le tricheur» et «Le menteur»?

      Le débat n'était jamais entre l'indépendance et la disparition, mais entre l'indépendance et le réformisme. Et on accusait les nationalistes de dramatiser. Combien de fois La Presse a nier les danger de l'anglicisation. Regardez MTL maintenant....

      Faut pas être de mauvaise foi. Après nous avoir fait croire qu'il n'y avait pas de danger, c'est rendu qu'un discours du ROC, qui percole ici, voudrait qu'il n'y ait même pas de fond à cette idées des peuples fondateurs et qu'on soit juste des CanadiAns, comme les autres, mais «french». Jean Morisset a écrit là-dessus les CanadiEns ne sont pas les CanadiAns...

    • Jean Lacoursière - Abonné 10 février 2020 15 h 16

      Monsieur Gill,

      JFL a écrit trois livres sur Bourassa, qui sont:

      Le tricheur
      Le naufrageur
      Le petit tricheur (un condensé des deux premiers)

      JL

    • Gilles Théberge - Abonné 10 février 2020 16 h 05

      On cherche la scie.

      Pour scier ce foutu cadenas...!

    • Raymond Labelle - Abonné 10 février 2020 16 h 23

      Gros anachronisme. Considérations d'infime minorité de ploutocrates sous la monarchie il y a quelques centenaires dans un contexte complètement différent et sur une toute autre question - alors que le commerce du sucre rapportait énormément, que la Nouvelle-France coûtait cher et rapportait peu et qu'il était possible à la table des négociations d'avoir les Caraïbes. L'entreprise coloniale était destinée à enrichir la métropole, comme pour tous les pays européens - c'est triste mais c'est comme ça - désolé de décevoir le romantisme...

      Mais ne tombons pas dans le piège de refaire cette analyse - même s'il s'était agi d'une erreur (sans les informations que l'on a eues par la suite), il est profondément injuste de faire porter cette responsabilité des actions d'une infime minorité d'aristocrates il y a quelques centenaires à l'ensemble des Français contemporains. De plus, aucun rapport avec la question de l'Union européenne.

    • Cyril Dionne - Abonné 10 février 2020 16 h 25

      Cher M. Therrien,

      Mes ancêtres étaient arrivés bien longtemps avant la fédération du Canada. Disons qu'après plus de 13 générations, je n'ai aucune leçon à recevoir de quiconque ayant pour ancêtres communs, l'épouse de Samuel de Champlain et Louis Riel. La « gang » de loyalistes arrivés après la 1ère guerre civile américaine de 1776, presque six générations après mes ancêtres, est bien mal placée pour nous faire la leçon.

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 11 février 2020 11 h 48

      La question que pose Monsieur Dionne a son importance : alors que l'on arrive à refaire sa vie au Canada (j'aimerais dire au Québec, mais l'auteure nous parle de l'UE comme Angenot nous parle du Canada), on se demande pourquoi le pincement au coeur d'une nationaliste de l'UE a de la pertinence, alors même que l'on a construit l'UE CONTRE les nationalismes des nations la constituant et CONTRE sa souveraineté. Un pays retrouve sa souveraineté, alors que l'on a forcé les peuples à se joindre à elle, là où plusieurs avaient dit «Non» (France, Hollande, Irlande). Les Britanniques ont accepté d'entrer dans un marché commun, pas dans une bureaucratie autoritaire où ils allaient perdre leur souveraineté. C'est contre ça que Farage a fait campagne (en fait POUR la souveraineté et POUR la démocratie), simplement. Quelqu'un vient nous dire que ça la chamboule, or elle arrive très bien à vivre dans un pays que va justement imiter le Royaume-Uni, un pays capable de signer ses traités et de décider de ses politiques sans être soumis aux dictats de la Commission européenne.

      Enfin, si l'auteure aime la subordination, elle peut, comme Québécoise, en vivre avec les rapports par lesquels le ROC décide pour nous. C'est encore un signe des problèmes du multiculturalisme, on peut additionner nos loyautés et conserver notre identité d'origine. Mais les natifs, eux, n'ont que leur identité collective d'origine. Or, les intérêts de notre pays d'adoption ne sont pas les mêmes que ceux des pays que l'on quitte. Le déchirement de l'auteur traduit donc effectivement une difficulté d'intégration, à saisir les enjeux d'ici avec les intérêts des gens d'ici, son coeur et sa grille sont restés «là-bas», si bien que c'est impossible de comprendre le Brexit d'une manière nationale, avec les intérêts anglais en tête, ce que nous, nous pouvons bien faire. Un Allemand au RU dans l'UE, ne pensera pas l'Angleterre comme un Allemand voulant devenir citoyen du RU...