Un investissement douteux de Québec dans les ballons dirigeables

«L’utilisation de dirigeables pour usage civil peut facilement se transformer en application militaire, car ceux-ci peuvent être équipés de radars et de senseurs, qui permettent une meilleure surveillance que les satellites», souligne l'auteur.
Photo: Fournie par Flying Whales «L’utilisation de dirigeables pour usage civil peut facilement se transformer en application militaire, car ceux-ci peuvent être équipés de radars et de senseurs, qui permettent une meilleure surveillance que les satellites», souligne l'auteur.

En octobre 2019, nous apprenions que le gouvernement caquiste allait procéder à une prise de participation en capital de 30 millions de dollars dans le capital-actions du fabricant de ballons dirigeables Flying Whales. Ce dernier est une entreprise française dont un de ses actionnaires les plus importants est la société étatique chinoise et vendeur d’armes Aviation Industry Corporation of China (AVIC), qui détient 25 % de son capital. Flying Whales souhaite commercialiser un dirigeable capable de transporter une charge de 60 tonnes à 100 km/h et qui permettra d’acheminer des équipements lourds dans des régions éloignées.

À la suite de cette annonce, le ministre Fitzgibbon a rencontré secrètement des dirigeants d’AVIC lors de sa mission économique en Chine en décembre 2019 afin de s’assurer qu’AVIC n’était pas le monstre décrit par les médias québécois. Aucun communiqué de presse n’a confirmé la tenue de la rencontre ni les représentants d’AVIC qui ont été rencontrés.

Nous devons noter que rencontrer un président d’une filiale d’AVIC n’est pas la même chose que rencontrer le président du groupe, qui est celui qui prend les décisions finales. À titre de renseignement, AVIC est une compagnie étatique qui est contrôlée à 100 % par le gouvernement chinois à travers la Commission de supervision et d’administration des biens publics (« SASAC »).

Après l’annonce de l’investissement dans Flying Whales le 4 février 2020, le ministre Fitzgibbon a pris la parole afin de défendre sa décision d’investir 30 millions de dollars. À part les retombées économiques plus qu’optimistes qui n’ont pas été dévoilées au public québécois, le ministre et le président de Flying Whales nous assurent que Flying Whales développera des technologies au Québec qui demeureront la propriété intellectuelle de la filiale québécoise. Flying Whales implantera au Québec une société exploitant des dirigeables pour l’Amérique nommée Flying Whales Services America. Finalement, ils ont indiqué qu’AVIC n’était qu’un partenaire silencieux dans cette aventure qui ressemble à un éléphant blanc.

Espionnage industriel

Le ministre Fitzgibbon ne semble pas outré de former un partenariat avec AVIC malgré le fait que celui-ci vend des armes de guerre à des pays ayant un bilan des droits de la personne des plus déplorables, comme le Venezuela ou le Zimbabwe, que sa filiale CATIC a été sur la liste noire américaine pour vente d’armes en contravention de l’embargo des Nations unies et a trempé dans des affaires de corruption qui font passer SNC-Lavalin pour un saint, que des documents judiciaires américains évoquent le nom d’AVIC dans un vol d’informations secrètes chez General Electric et qu’un rapport de la Maison-Blanche de 2018 indique qu’AVIC a acquis des technologies étrangères pour renforcer l’industrie militaire chinoise.

Le ministre Fitzgibbon a sûrement oublié que Flying Whales s’est engagé à construire une chaîne d’assemblage pour ses ballons dirigeables en Chine via sa joint-venture avec AVIC. De plus, AVIC a aussi envoyé de ses ingénieurs travailler à l’élaboration des ballons dirigeables de Flying Whales, ce qui augmente le risque de vol de propriété intellectuelle dont AVIC a été si souvent accusé dans le passé.

Nous nous demandons aussi comment Flying Whales pourra vendre ses dirigeables aux États-Unis alors que la Maison-Blanche et le Congrès américain sont dans une croisade contre l’espionnage industriel chinois et verraient d’un mauvais oeil la vente sur le sol américain de dirigeables financés par un vendeur d’armes chinois !

Application militaire

De plus, le Pentagone a mentionné dans plusieurs rapports le fait que le gouvernement autocratique chinois déploie régulièrement des dirigeables dans la mer du Sud méridionale afin de pouvoir affirmer sa souveraineté sur des îles et des archipels qui appartiennent au Vietnam, aux Philippines et à la Malaisie.

L’utilisation de dirigeables pour usage civil peut facilement se transformer en application militaire, car ceux-ci peuvent être équipés de radars et de senseurs, qui permettent une meilleure surveillance que les satellites, et assurer une domination chinoise sur les îles Spratleys. Les navires et marins canadiens qui sillonnent les eaux tumultueuses de la mer du Sud méridionale afin d’en assurer la liberté de navigation pourraient se retrouver en danger à cause de dirigeables financés par les contribuables québécois.

Le ministre Fitzgibbon devrait peut-être dépenser l’argent des contribuables québécois pour des projets qui ne servent pas à l’avancement militaire du gouvernement chinois, qui a kidnappé deux citoyens canadiens, et favoriser des investissements responsables au lieu de poursuivre des rendements aveugles et sanguinaires. Après tout, M. Fitzgibbon n’est plus un banquier, il est maintenant au service des Québécois !

8 commentaires
  • Jean-Charles Morin - Abonné 8 février 2020 06 h 04

    Pas fort en géographie.

    "De plus, le Pentagone a mentionné dans plusieurs rapports le fait que le gouvernement autocratique chinois déploie régulièrement des dirigeables dans la mer du Sud méridionale afin de pouvoir affirmer sa souveraineté sur des îles et des archipels qui appartiennent au Vietnam, aux Philippines et à la Malaisie." - Jérôme Beaugrand-Champagne

    En fait, il est faux de prétendre que les archipels dont il est ici question (îles Paracel, Spratly, etc.) appartiennent de droit à d'autres pays que la Chine. La souveraineté sur ces petits îlots inhabités a toujours été contestée par plusieurs pays, la Chine étant le seul d'entre eux qui a véritablement les moyens de ses ambitions. L'auteur du texte, qui est avocat, devrait le savoir at arrêter de boire comme du petit lait la propagande du Pentagone qui ne se gêne pas pour dénaturer les faits à son avantage.

    Il faut savoir monter dans le train quand celui-ci est encore en gare. Le simple fait que la Chine s'intéresse aux dirigeables devrait au contraire rassurer quant à l'avenir de ce mode de transport et la rentabilité future du projet dans lequel le gouvernement du Québec a investi. Pour une fois, ce dernier semble avoir eu du flair.

  • Hélène Paulette - Abonnée 8 février 2020 09 h 31

    Des pays autocratiques...(;-))

    Le simple fait que cette compagnie soit sur la liste noire des USA me la rend déjà sympathique...

  • Pierre G. Blanchard - Abonné 8 février 2020 10 h 07

    Entre baleines et PMEs

    Non seulement l'aéronautique, l'automobile et le rail comptent des entreprises au sommet de la chaîne d'assemblage et de distribution au pays; ce sont des industries de plus en plus intégrées et interdépendantes. Et tributaires de quelques milliers de PMEs qui fournissent pièces, RetD et services. Notre PM Legault serait visionnaire s'il s'imaginait que la lutte climatique permettra un jour à Air Transat de s’équiper d'une flotte de R-100. Mais entretemps, il semblerait que vouloir confiner Bombardier au rail et encourager le dirigeable pourraient difficilement aider l'essor et la survie des centaines d'entreprises québécoises dépendantes de ces secteurs ? D'oü l'importance de l'investissement public qui doit aussi risquer et viser haut.

    • Raymond Labelle - Abonné 9 février 2020 12 h 54

      Est-ce que vous avez regardé l'ensemble des répercussions prévues et où se situait ce projet dans l'ensemble des projets d'IQ pour conclure que tout d'abord, c'était celui-ci qu'il fallait sacrifier?

      De plus, on peut marcher et mâcher de la gomme en même temps. Développer de nouvelles choses, diversifier. Ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier, même s'il ne faut pas échapper le panier.

      Enfin, les activités aéronautiques de Bombardier et le rail sont d'autres dossiers, non reliés à celui des dirigeables.

      Il est vrai que tous les pays sérieux appuient leur secteur aéronautique mais Bombardier n'a vraiment pas aidé l'État à l'aider, par exemple en donnant des gros bonis à ses dirigeants le lendemain qu'ils obtiennent de l'aide (pour ne reculer que suite à une tempête médiatique, tous sachant qu'ils ne l'auraient pas fait s'ils n'avaient pas été dénoncés) et en ne se gênant pas trop pour délocaliser les emplois - rendant une assistance des gouvernements de plus en plus difficile à vendre à la population.

  • Jean-Charles Morin - Abonné 8 février 2020 13 h 48

    Les applications militaires. un levier de développement majeur.

    L'auteur s'insurge du fait que la technologie des nouveaux dirigeables puisse servir un jour à des fins militaires. Ce genre d’approche morale ne mène à rien parce qu’elle se révèle au départ impraticable.

    Nous devons au contraire nous féliciter de l’existence de cette conjoncture: le potentiel d'applications militaires est un gage que l’entreprise travaillant à développer une nouvelle technologie recevra un financement suffisant pour mener sa recherche à terme, en plus de procurer des débouchés qui assureront sa rentabilité.

    Au lieu de dénoncer un transfert possible de technologie du secteur civil au secteur militaire, il faudrait se rappeler qu'au fil de l'Histoire, c'est en fait le contraire qui est plutôt vrai.

    En effet, dans l'immense majorité des cas, ce sont des recherches d'abord effectuées à des fins militaires qui ont ensuite été adaptés au secteur civil. On n'a qu'à penser à des inventions comme le radar, le laser, l'avion à réaction, le programme spatial, le téléphone cellulaire et même l'internet.

    C'est sans doute une réalité que les idéalistes et autres pacifistes vont déplorer à grands cris mais qui demeure néanmoins incontournable: les percées technologiques majeures ne se seraient pas produites dans un délai aussi court - et même ne se seraient pas produites du tout - si on n'y avait pas vu d'entrée de jeu des applications militaires.

    Au final, le potentiel militaire d'une nouvelle technologie constitue un levier de développement dont on ne saurait se passer et dont l'humanité va tirer à terme de nombreux bénéfices en regard de sa qualité de vie, notamment sur le plan économique. Pour la suite des choses, nous avons le devoir d'en tenir compte dans nos actions futures.

    • Raymond Labelle - Abonné 9 février 2020 08 h 11

      Le projet des dirigeables est attaqué de tout côté. Certains disent que c'est inutile et que c'est de la frime, d'autres disent que ça a des applications terribles (ce qui implique donc une certaine efficacité, que c'est opérationnel et que ça fonctionne). Damned if you do, damned if you don't.

      Je n'ai pas fouillé les allégations de l'auteur mais je me méfie, entre autres sur les nuances à faire. Mais disons que plusieurs entreprises qui ont investi en Chine ont été victimes d'espionnage industriel, et pas des moindres, et aussi parmi des grosses américaines. Je n'ai pas vu de propositions de boycott d'Apple pourtant par exemple, aux États-Unis. On va identifier l'une (parmi une trentaine) des entreprises du consortium, qui est chinoise , et voilà qu'on doit répondre à l'accusation d'aider l'armée chinoise à tuer des soldats canadiens dans une guerre hypothétique avec la Chine. Ouf!

      On devient maniaque, on fouille tous les détails pour miner la crédibilité d'un projet qui montre de l'audace et qui est original. Peut-être parce qu'il frappe l'imagination.

      Une fois les attaques sur le caractère opérationnel démontrées comme non fondées, comme la prétention ridicule qu'une multitude d'experts, d'ingénieurs et de scientifiques sur le projet ont oublié que l'eau gelait dans le Grand Nord, on va chercher d'autres considérations.

      Peut-être est-ce cette audace qui suscite des résistances? Ça commence à ressembler à de l'acharnement. Car Investissement Québec a plusieurs projets - pourquoi s'acharner sur celui-ci? Frappant l'imagination, il représente une certaine audace?

      Restons mémères et surtout, prenons notre trou. Si jamais par miracle de l'audace et de l'imagination survenaient quand même, comme avec le moteur-roue, vite tapons dessus jusqu'à tuer la bête en invoquant toutes sortes de prétextes. Après tout, on est nés pour un p'tit pain.

      D'autres bénéficierons de cette avancée.

      J'espère un meilleur film.

    • Raymond Labelle - Abonné 9 février 2020 08 h 24

      Tout le monde ne sait pas qu'Investissement Québec a étudié le projet sous toutes ses coutures (technologie, marché, financement, etc.) pendant deux ans et demi, depuis avril 2017, pour être ben sûr de pas se tromper. L'examen a commencé sous le précédent gouvernement, et le rapport a été terminé sous ce gouvernement-ci. Le rapport étant favorable, ce gouvernement-ci va de l'avant.

      Entre autre multiples calomnies sur ce projet, celle comme quoi le précédent gouvernement l'avait refusé: pas du tout, intéressé, il avait commandé à IQ un examen approfondi - lequel n'était pas encore terminé avant qu'il ne perde les élections.

  • Jean-Paul Carrier - Abonné 9 février 2020 08 h 21

    Espace militaire

    J'appuie les commentaires précédents et de plus, en relation avec ceci: "Le ministre Fitzgibbon ne semble pas outré de former un partenariat avec AVIC malgré le fait que celui-ci vend des armes de guerre à des pays ayant un bilan des droits de la personne des plus déplorables, comme le Venezuela ou le Zimbabwe..."(.Jérome Beaugrand-Champagne, LeDevoir), je crois que notre cher avocat souffre d'aveuglement volontaire. Par exemple, qui fournit le plus d'armes aux pays comme: Israël, Arabie Saoudite, l'inde, la Turquie, etc. au total plus de 98 pays qui ne sont pas tous des modèles du respect des droits de la personne.

    Les ventes d'armes américaines à des gouvernements étrangers ont augmenté de 13% pour un total de 192,3 milliards de dollars sur l'année financière se terminant le 30 septembre avec en tête de liste des compagnies comme :Boeing, Northrop Grumman, et Lockheed Martin ainsi que AeroVironment, spécialisée dans la production de drones. Pour ne nommer que ceux-ci.

    Peut-être devrions-nous songer à revoir nos ententes commerciales avec les É.-U. avant, cependant, il faudrait peut-être montrer patte blanche nous aussi.