La CAQ manque-t-elle une occasion en or?

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge

Le projet de loi 40 et les prochaines négociations dans le secteur public auraient pu être l’occasion d’un grand rendez-vous entre tous les intervenants en éducation pour revigorer un réseau scolaire qui en a bien besoin. Mais voilà, à force de maladresses, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, et le gouvernement de la CAQ de François Legault sont en train de manquer l’occasion de passer à l’histoire pour de bonnes raisons.

Le projet de loi 40 aura réussi à unifier contre lui des organisations ayant pourtant déjà connu des différends importants, comme les commissions scolaires, les syndicats enseignants et les comités de parents. Quand autant de gens ayant habituellement des intérêts si opposés partagent le même point de vue, la population en général devrait commencer à se poser de sérieuses questions sur ce que propose M. Roberge.

N’appuient principalement le ministre que les cadres scolaires, qui devaient normalement passer à la trappe, selon les promesses de la CAQ, et qui aujourd’hui sont fort reconnaissants de se trouver dans les bonnes grâces du ministre, et les directions d’école, qui croient à tort qu’elles bénéficieront de plus de pouvoirs une fois cette mesure législative adoptée.

Pour bien des enseignants, le projet de loi 40 vient confirmer l’idée que le ministre de l’Éducation a une piètre opinion de ses anciens confrères de travail. Pas assez formés, ne bénéficiant pas d’une expertise assez précieuse pour être reconnue à sa juste valeur dans la constitution des nouvelles instances décisionnelles qu’il entend créer, ils sont réduits par M. Roberge à de simples exécutants, à des techniciens n’ayant qu’à suivre les consignes de ceux qui savent ce qui est bon pour l’école québécoise.

Demandes patronales

Les négociations collectives actuelles auraient pu être l’occasion de revaloriser la profession enseignante, mais, manifestement, la CAQ a, là aussi maladroitement, manqué le bateau. Tout d’abord, en soumettant dès le départ aux enseignants des augmentations de salaire en dessous du coût de la vie, elle leur indique cyniquement que, pour elle, les gens oeuvrant en éducation ne méritent que de s’appauvrir.

La manoeuvre a un caractère inacceptable. Quelle belle occasion manquée d’indiquer dès maintenant que les enseignants québécois ne doivent pas être les moins bien payés au Canada ! Oui, les ténors de la CAQ se disent ouverts à la négociation avec des forums de discussion, mais jamais on ne pensait commencer si bas.

Au-delà du salaire, toutefois, ce qui est consternant est que les diverses demandes patronales alourdiraient la tâche des enseignants. Alors que le nombre de cas d’épuisement augmente, que l’embauche et la rétention du personnel sont des défis, que les jeunes enseignants décrochent après cinq ans, que les plus âgés partent avant leur pleine retraite, que nous sommes en pénurie de personnel au point de mettre à peu près n’importe qui devant une classe, voilà que le gouvernement Legault s’imagine qu’il retiendra les employés et attirera de nouveaux candidats dans cette profession en réduisant leurs conditions de travail. Ce gouvernement n’a manifestement pas compris les nombreux cris du coeur des enseignants au cours des dernières années […].

Depuis les 26 ans que j’oeuvre en enseignement, jamais je n’ai vu des collègues partout au Québec aussi cyniques et désabusés. Ils oeuvrent dans des écoles surpeuplées, parfois insalubres, avec du matériel souvent désuet, avec, entassés dans une même classe, certains élèves que les parents eux-mêmes n’arrivent pas à éduquer correctement et qui viennent pourtant critiquer leur gestion pédagogique quand cela fait leur affaire… Jamais, non plus, je n’ai vu autant de collègues décourager leurs élèves, leurs amis ou même leurs enfants qui songent à devenir enseignants.

Si le gouvernement de la CAQ remporte la lutte qui s’annonce avec les syndicats enseignants sans parvenir à signer une entente, cette victoire à la Pyrrhus sera le signe d’une défaite pour tout le système d’éducation et marquera, quant à moi, le début des années sombres dans nos écoles. Est-ce là le legs que messieurs Legault et Roberge veulent pour le Québec ?

Ces deux hommes politiques ont devant eux une occasion de changer le climat délétère qui règne dans le monde de l’éducation. Ils en ont le pouvoir ; ils en ont aussi les moyens financiers. Si leur discours mentionnant que notre jeunesse mérite ce qu’il y a de mieux est davantage que des mots, qu’une promesse creuse et vide de sens, c’est à eux de faire le premier pas et de corriger le tir. Ils doivent être au-dessus de la mêlée, s’élever au-dessus des traditionnelles luttes syndicales/patronales et se comporter en véritables leaders politiques.

21 commentaires
  • Michel Laforge - Abonné 7 février 2020 05 h 03

    La montée des extrêmes...

    Ne pas vouloir échanger, discuter... ne pas vouloir avoir la possibilité de remettre en question, de se remettre en question... imposer un bâillon... sont des formes de violence. Violence faite à une profession majoritairement féminine.

    Serait-on en train d’institutionnaliser ce féminicide? Car c'en est un.

    Le projet de loi 40, un véritable cheval de Troie, et les propositions gouvernementales sont tellement méprisantes à l'égard des enseignantes. Comment ces ministres les considèrent-elles?

    C'en est aberrant.

    • Loyola Leroux - Abonné 7 février 2020 10 h 28


      Pourquoi utiliser les mauvais mots ?

      La ''profession'' enseignante pour la vocation enseignante, les ''sciences'' de l'éducation pour l’éducation est un art, le ''professeur'' en maternelle pour un instituteur ou maitresse d’école, un diplôme de ''l'université'' pour un diplôme de l’École normale, un client pour un éleve, enseignant non qualifié même s’il possède une maitrise en maths pour un enseignant compétent dans son domaine, sciences humaines pour les humanités gréco-latines, etc.,

      Pourquoi refuser d'utiliser les vrais mots pour décrire la réalité de l’école ?

    • Nadia Alexan - Abonnée 7 février 2020 11 h 34

      La façon dont on traite nos professeurs est scandaleuse. C'est plus surprenant encore que monsieur Roberge, lui même, faisait partie de cette profession noble et il devrait être au courant de tous ses déboires. Au lieu de valoriser cette profession avec une rémunération adéquate, digne d'un travail difficile, dans des conditions inacceptables, l'on continue de mépriser les gens courageux qui élèvent nos enfants. Honte à ce gouvernement qui parle des deux côtés de la bouche.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 7 février 2020 15 h 48

      @ Mme Alexan

      Je viens, moi aussi, du milieu de l'éducation. J'appuie, sans réserve, votre commentaire.

      "Ce gouvernement qui parle des 2 côtés de la bouche", dites-vous. En effet, on l'a vu avec la loi 21, non applquée dans les écoles privées, pourtant largement subventionnées. Avec le ridicule test des valeurs pour les immigrants.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 8 février 2020 07 h 35

      On a, de plus en plus, affaire à un p'tit conseil d'administration gérant le Québec=le gouvernement de la CAQ. Sans idéaux et fonctionnant à toute vitesse, en gaffant.

      A partir d'aujourd'hui, il n'y a plus de gens du milieu, soit des élus, qui vont suivre les activités du monde scolaire dans votre coin de pays.C'est le directeur général, soit un(e) simple fonctionnaire n'ayant pas été élu(e) par qui que ce soit...qui peut parler au nom de l'organisme. C'est comme si seulement le directeur général de votre municipalité serait la seule personne à aller sur la place publique pour défendre l'organisation..Un non sens, au scolaire, car il y a ENCORE la taxe scolaire.

      Les anglophones conserveront ce droit légitime d'élire leurs représentants; légitime car il y a, encore les taxes scolaires. Pis, pas les francophones.La CAQ, une fois de plus, bafoue une promesse: elle avait promis d'abolir les élections.

      Ce qui est très grave: le fait qu'on change, à grande vitesse, le système sans que tout cela ait été débattu sur la place publique. Le ministre reproduit la même erreur que Barrette en santé sous le PLQ, soit en se donnant lui-même plus de pouvoirs sur le système et en faisant une simple organisation de fonctionnaires..

      Au plan démocratique, le Québec vit un recul!!!!!

  • Jacinthe Marchesseault - Abonnée 7 février 2020 08 h 09

    adieu monsieur le professeur

    Voilà comment achever un système déjà trop affaibli. Ce projet n est pas d'abolir les commissions solaires mais tout le système éducatif. les enseignants ne seront plus capables de le soutenir à bout de bras. il y aura beaucoup d' analphabètes grâce à eux, une bonne masse de travailleurs sous- payés. Qui cela favorisera-t- il? Poser la question c est y répondre.....

    • Brigitte Garneau - Abonnée 8 février 2020 09 h 17

      En 1982, il y avait environ 20% d'analphabètes fonctionnels au Québec. En 2018, nous sommes rendus à 53%. À ce rythme là, et avec cette"GRANDE DÉSORGANISATION " , j'ai vraiment peur du résultat! Je suis dans le domaine de l'enseignement (alphabétisation, enseignement aux adultes) depuis ce temps et ne peut que constater l'échec grandissant...plus nous aurons d'échecs, plus la facture et la misère augmenteront ...

    • Pierre Grandchamp - Abonné 8 février 2020 12 h 29

      @Mme Garneau

      Tout comme vous, je déplore ce projet de loi 40.Triste jour pour la démocratie! Pas d'accord, cependant, avec le 53% d'analphabètes.
      Dans une chronique fort bien documentée et appuyée très solidement, parue dans L’ACTUALITÉ, le réputé économiste Pierre Fortin désamorce et relative cette affirmation de 53% d’analphabètes fonctionnels.
      « 53% d’analphabètes fonctionnels. Voyons voir…Une affirmation abusive, réductrice et qui manque sérieusement de mise en contexte » https://lactualite.com/lactualite-affaires/2017/07/11/53-danalphabetes-fonctionnels-voyons-voir/

      A lire, aussi, cette chronique disant qu'il y aurait plus d'analphabètes en France chez les élèves de 15 ans.
      https://www.lapresse.ca/actualites/education/201912/20/01-5254579-eleves-de-15-ans-beaucoup-plus-danalphabetes-en-france-quau-quebec.php

  • Paul Gagnon - Inscrit 7 février 2020 09 h 06

    « Serait-on en train d’institutionnaliser ce féminicide? Car c'en est un. » - Michel Laforge - Abonné 7 février 2020 05 h 03

    Rien de moins!
    Quel sens de l'humour!!
    Chapeau!!!

  • Loyola Leroux - Abonné 7 février 2020 10 h 15

    L’éducation, une priorité prioritaire à prioriser en priorité ?

    Par une belle tempête de neige ce matin je lis la diatribe de monsieur Papineau, enseignant.

    La radio nous annonce que les écoles sont fermées, quelques centimètres de neige, les enseignants sont payés quand même pour rester au chaud chez eux. Combien d’autres corps de métier possèdent ce privilège au Québec ?

    Monsieur Papineau regrette que la CAQ veulent réduire les ‘’professeurs’’ et non les instituteurs, au rôle de ‘’simple exécutant’’. Peut-on laisser les profs enseigner ce qu’ils veulent ? En enlevant du centre du curriculum les apprentissages de base comme lire, écrire, calculer, pour les remplacer par la consécration de la créativité, l’augmentation de l’estime de soi et la valorisation du génie en chaque enfant, et surtout par la promotion des théories du genre, en invitant les enfants à changer de sexe à 6 ans, nos profs font-ils fausse route ? Qui peut les encadrer ? Les citoyens de Montréal pourraient-ils laisser leurs célèbres ‘’Cols bleus’’ organiser leur travail ?

    La rengaine de la ‘’profession enseignante’’ revient toujours. Il faut bien définir les mots, n’est-ce pas le rôle du véritable enseignant ? Un vrai professionnel ne peut (1) etre syndiqué, (2) régi par les règles de l’ancienneté (3) doit payer une assurance annuelle en cas de faute professionnelle ou mauvaise pratique (malpractice), etc. Ce n’est pas en diminuants le sens des mots qu’on valorisera la vocation d’enseignant !

    Monsieur Papineau entend le ‘’cri du cœur’’ des enseignantes. Remarquons que cette activité est surtout féminine et que les débordements émotifs, comme dans le cas des infirmières, sont inévitables.

    Finalement, bien que j’eusse eu du plaisir à enseigner pendant 36 ans, je ne recommande cette manière de gagner sa vie à personne. N’oublions pas qu’aucun critère de base, Cote R-Z n’est exigé pour etre admis en ‘’sciences’’ de l’éducation à l’université. C’est un 4e choix de carrière pour tous les jeunes, refusés partout ailleurs.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 8 février 2020 07 h 18

      @ M. Leroux

      Les "vrais professionnels", dans un organisme public, sont syndiqués.Vous véhiculez une fausseté. Par exemple, les psychologues travaillant pour une commission scolaire font parte du syndicat des professionnels; tout comme les conseillers en orientaion et d'autres corps d'emplois où existent des ordres professionnels.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 8 février 2020 07 h 44

      " La radio nous annonce que les écoles sont fermées, quelques centimètres de neige,".....

      Vous manifestez, une fois de plus, une méconnaisance du système scolaire québécois pré-scolaire, élémentaire, secondaire. Le transport scolaire fait partie du fonctionnement du système scolaire. Lors d'une grosse tempête de neige, il y a des risques ÉVIDENTS d'accidents. Si vous avez écouté les nouvelles, hier, il y a eu de très nombreux accidents de la route, des sorties de route.

      Quand les autorités de la chose scolaire prennent une décision, tôt le matin, elles le font après de sérieuses consultations avec la SQ, le Ministère des Transports et les experts de la météo. Contrairement à vous, j'estime que la décision, hierm de fermer les écoles, dans beaucoup de ré.gions, était une décision logique et responsable.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 8 février 2020 09 h 15

      @ M. Leroux

      Des ingénieurs, soit des professioinnels faisant partie d'un ordre prfessionnel, sont syndiqués. Notamment chez Hydro Québec.https://www.spihq.qc.ca/adhesion

      Un enseignant est-il un professionnel? Faudrait s'entendre sur le sens des mots.Oui, il n'y a pas d'ordre professionnel des enseignants; mais, oui, j'estime que enseigner au Québec, à plein temps, est une profession, soit un emploi exigeant des qualifications et des connaissance

    • Brigitte Garneau - Abonnée 8 février 2020 09 h 22

      "L'éducation, une priorité prioritaire à prioriser en priorité?" Évidemment!! L'éducation est la priorité des priorités!

  • Marcel Vachon - Abonné 7 février 2020 11 h 17

    Je me souviens .....

    Ancien enseignant, je suis d'accord avec + ou - 80% de ce que l'article mentionne.
    Faut pas oublier que:
    - le système scolaire actuel et l'état des choses (écoles) ont été sculptés par les Libéraux et les indépendentiste "parti québéquoi" dont je suis, depuis je ne sais combien de dizaines d'années.
    - La CAQ est là que depuis + ou - 15 mois.
    - La CAQ a écrit ce qu'il fait présentement dans son programme.
    - Le présent gouvernement veut corriger ces déplorables situations rapidement, en opposition aux autres partis politiques.
    - La perfection dans ce monde n'existe pas, sauf dans le programme de QS.
    Pourrions-nous donner une chance au présent gouvernement de rétablir une certaine logique qui n'est pas parfaite, j'en conviens, mais qui améliore sensiblement ce beau milieux qu'est l'ÉDUCATION. Bonne journée ...... de neige.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 8 février 2020 08 h 04

      "- La CAQ est là que depuis + ou - 15 mois.". En effet, les reculs et les promesses non tenues, ou bafouées s'additionnent sur une liste de plus en plus longue."Le syndrôme Jolion-Barrette": on recule pis on gaffe. La promesse non tenue sur les élections à la proportionnelle en 2022; les trop perçus d'Hydro Québec; les reculs en immigration, à des années-lumières des promesses électorales. la fin des élections scolaires( ce sera vrai uniquement chez les francophones), récupérer un millliard $ des médecins spécialistes....etc..

      "- La CAQ a écrit ce qu'il fait présentement dans son programme.". Pas tout à fait vra!!!!. Elle n'a pas aboli les élections scolaires. Elle les a abolies, INJUSTEMENT, pour les francophones: quant à moi, c'est insultant!!!! Elle remet, chez les francophones, le pouvoir entre les mains de fonctionnaires. A compter d'aujourd'hui, seul le directeur général, soit une simple employé non élu, peuit parler au nom de l'organisme, chez les petits francophones!.Un vrai recul au plan démocratique.

      Quant aux parents qui feront partie du CA du nouvel organisme, ils seront élus parmi les parents des conseils d'établissements. Si vous connaissez la chose scolaire, vous savez que quand arrivent les élections des parents au conseil d'établissement, peu de parents s'y présentent. On estime, au niveau provincial, un taux de participation de 2%.

      "La certaine logique" consistait, quant à moi, à conserver les élections scolaires mais en augmentant le taux de votation en cédulant les élections scolaires en même temps que les municipales: "no taxation without representation"..

      En conclusion:c'est un triste jour au plan démocratique! Ce n'est pas vrai que la priorité, en éducation, consistait à s'attaquer aux structures.."La faux débat des commissions scolaires", a écrit, à juste titre, une chroniqueuse du JdM.