La rectitude politique est aussi un poison pour la gauche

Manifeste publié dans la page Idées du 30 janvier 2020.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Manifeste publié dans la page Idées du 30 janvier 2020.

Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’au Québec la rectitude politique soulève bien des passions, au point que les jugements posés à son égard — qu’ils soient favorables ou défavorables — tendent à être terriblement caricaturaux, pour ne pas dire qu’ils frisent la mauvaise foi.

Comme si, sans y parvenir vraiment, on cherchait à travers des débats enflammés à mettre collectivement le doigt sur un phénomène social, politique et culturel difficile à saisir et pourtant de plus en plus révélateur des malaises qui taraudent nos sociétés contemporaines.

Certes, le manifeste contre le dogmatisme universitaire ne fait pas dans la dentelle et, écrit comme un brûlot provocateur, il n’a pas manqué de faire violemment réagir. Faisant d’abord écho aux préoccupations d’étudiants hantés par la question nationale québécoise (question de fond s’il en est), il n’est pas exempt de maladresses et de simplifications et tend même à reprendre à son compte certains des arguments utilisés par les ténors de la droite conservatrice québécoise. Donnant ainsi la part belle à ses détracteurs, qui n’auront pas eu de peine — de manière bien paternaliste — à en minimiser, voire à en ridiculiser la portée.

Il reste cependant que ceux qui sont partis en guerre contre ce manifeste devraient aussi apprendre à balayer devant leur porte, plutôt que de s’en tenir au sempiternel argument « que ce n’est qu’un discours de droite ».

Il ne faut pas en effet l’oublier : la rectitude politique — cet ensemble de sommations qui nous sont faites, par exemple, de ne plus prononcer tel ou tel mot, de ne plus faire telle ou telle chose, pour soigner les apparences publiques, donner l’impression de la vertu — est un phénomène beaucoup moins anodin que ce que peuvent en dire ceux qui voudraient bien le ramener aux seuls cris de putois d’une droite conservatrice aux abois, en appelant désespérément à la liberté d’expression bafouée.

Elle renvoie aussi à une série de difficultés nouvelles expérimentées par la gauche, elle qui partout au monde se trouve sur la défensive, peinant — tant elle est fragmentée et désorientée — à faire face au rouleau compresseur de la mondialisation néolibérale et donc à donner force et réalité à ses pourtant si légitimes et nécessaires aspirations à l’égalité.

Approches victimisantes

Quoi qu’en disent les représentants d’une certaine gauche radicale, il y a au sein de la gauche, et en particulier de la gauche québécoise, une tendance indéniable à endosser les logiques perverses de la rectitude politique et qui s’exprime d’abord par une « dépolitisation » des enjeux collectifs et sociaux, et à l’inverse par une tendance à leur « moralisation » excessive, faisant en sorte, par exemple — comme le titrait Le Mondediplomatique —, que beaucoup vont être désormais plus préoccupés de « sermonner le monde » que de travailler aux stratégies politiques qui permettraient de le changer effectivement.

Ou encore vont tendre à ne présenter les acteurs sociaux qu’ils veulent défendre qu’à travers des approches victimisantes visant plus à exacerber la culpabilité d’autrui et à quêter la mansuétude gouvernementale ou étatique qu’à favoriser leur combat collectif et politique. Et cela parce qu’on y conçoit désormais les acteurs sociaux non pas comme des entités appartenant à une même société, formant un « nous collectif » susceptible de s’auto-émanciper de toutes les oppressions respectives accumulées dans l’histoire, mais comme des monades sociales fragmentées à l’infini, séparées les unes des autres à tout jamais : femmes (racisées ou pas), Autochtones, LGBTQ, handicapés, etc.

Le tout avec, au passage, l’irruption dans la langue militante de nouveaux concepts, de nouvelles préoccupations théoriques (l’intersectionnalité, l’appropriation culturelle, le décolonialisme, etc.) qui, si elles ne nous étaient pas présentées avec la foi du converti, pourraient plutôt faire sourire. Mais, comme elles sont avancées sur le mode de vérités morales littéralement sacrées et donc indiscutables, il devient de facto impossible de les sonder, d’en faire apparaître certes les points positifs, mais aussi les indéniables limites. Au risque d’être sans plus tarder voué aux gémonies.

Et là, on doit donner raison aux auteurs du manifeste contre le dogmatisme universitaire : on ne peut qu’apercevoir dans ces indéniables traits moralisants et victimisants l’influence de ce que bien des auteurs ont appelé le postmodernisme, ou encore la posture culturelle postmoderne, posture qui tend — au nom d’un individualisme exacerbé — à mettre de côté les grands récits historiques et ainsi à en finir avec toute histoire politique et collective digne de ce nom, toute politique d’émancipation pensée collectivement à l’encontre du capitalisme néolibéral et mondialisé d’aujourd’hui.

N’est-ce pas aussi de cela qu’il faudrait oser discuter quand on se prend à débattre si passionnément de la rectitude politique ?

52 commentaires
  • Yvon Montoya - Inscrit 5 février 2020 05 h 55

    Oui vous avez bien percu le dilemne de ces hystéries politiques qu’elles se situent chez les conservateurs nationalistes comme chez les tenants d’une soi-disante Gauche désorientée dans ce siècle ayant perdu tout héritage. La rectitude politique est une aliénation generalisee en pays occidental. Il n’en reste pas moins que l'immaturité intellectuelle reste remarquable dans ces Droites et Gauches folklorique que nos sociétés préservent comme on fait des conserves puisque c’est le seul moyen pathétique de se dire un politique ou un militant par exemple. Cependant on n’a pas besoin d’être de Gauche pour critiquer un Manifeste immature et démagogique. Cela démontre que nos sociétés culturellement et politiquement « illettrées » avec cettecrectitude politique de Droite comme de Gauche sont bien le symptôme d’un désarroi généralise que les esprits libres regardent avec frayeur de plus en plus dans ces temps si brouilles. Merci.

    • Cyril Dionne - Abonné 5 février 2020 09 h 36

      Bon, cher M. Montoya. Plus de 80% des Québécois sont pour la laïcité. Est-ce que tous ces gens sont des conservateurs nationalistes? Vous illustrez bien l’argument que M. Mouterde a démontré chez ceux qui ont le réflexe « Adil Charkaoui » de traiter les autres d’extrémistes lorsqu’ils ne sont pas d’accord avec vous. Pardieu, la plupart des gens sensés sont au centre.

      Ceci dit, la gauche, cet état existentiel qui trouve toute sa signification dans le monde féerique des tours d’ivoire, est non seulement en train de perdre du terrain, mais elle s’est métamorphosée en une « bibitte » qui renie son essence même et sa raison d’être. Fini les pauvres et les travailleurs exploités, maintenant ce sont des thèmes comme l’intersectionnalité, la construction sociale, l’islamophobie, la transphobie, le décolonialisme, le capacitisme, le spécisme, le séparatisme lesbien, le système de domination genrée et j’en passe en utilisant un langage bien à eux, la novlangue. Cette idéologie qui a pour racine la mondialisation, fait la promotion d’une citoyenneté postnationale qui n’existe pas comme dans citoyen du monde et de nulle part. Enfin, elle fait le jeu des forces néolibérales qui ont le même but visé; déconstruire les pays et les états pour mieux accumuler la richesse dans les mains du 1% et du 0,1%. Que dire aussi de son influence anglo-américaine des « safe space », de l’appropriation culturelle, de la discrimination positive et Alleluia comme si ces gens ne pouvaient pas puiser chez eux les réponses qui sont tellement évidentes pour la plupart des gens.

      Mais à la fin de tout cet exercice propre aux idéologues des sciences sociales, la Terre continue de tourner et n’a que faire des gens qui carburent aux idéologies dogmatiques où la gauche extrémiste et son représentant politique au Québec, Québec solidaire, qui multiplie les coups d’épée dans l’eau. Cette nouvelle religion québécoise aux accents islamo-gauchistes ne trouve pas preneur en terre de René Lévesque.

    • Nadia Alexan - Abonnée 5 février 2020 09 h 58

      Mille bravos à monsieur Pierre Mouterde qui a exprimé éloquemment mes sentiments. Exactement, la gauche postmoderniste doit faire un examen de conscience parce qu'au lieu d'utiliser le bon sens et la logique d'alléger la souffrance de tout le monde, elle verse maintenant dans les accusations de racisme et de xénophobie chaque fois que l'on revendique l'émancipation collective de l'obscurantisme et de la misogynie. C'est exactement ce que le Manifeste contre la rectitude politique reproche à la gauche postmoderniste et c'est ce que j'ai écrit dans mon article intitulé: «La gauche se trompe lourdement sur la laïcité» publié dans le Devoir.
      https://www.ledevoir.com/opinion/idees/539927/la-gauche-se-trompe-lourdement-sur-la-laicite

    • Christian Montmarquette - Abonné 5 février 2020 10 h 33

      @Cyril Dionne,

      "Cette nouvelle religion québécoise aux accents islamo-gauchiste.." - Cyril Dionne

      Il va falloir que Cyril Dionne se décide un jour.

      Ou bien QS est l'allié des islamistes et méprise les homosexuels.
      Ou bien QS est détesté des islamistes parce que sa leader est ouvertement homosexuelle.

      Ou bien QS est islamo-gauchiste et il est l'allié d'une religion.
      Ou bien QS est communiste et considère les religions comme l'opium du peuple.

      Mais il ne peut pas être les deux à la fois.

      Voilà qui rappelle aussi cette flagrante contradiction où les péquistes accusent à la fois QS d'être fédéraliste et de diviser le vote souverainiste.

      Du gros n'importe quoi.

    • Christian Montmarquette - Abonné 5 février 2020 11 h 17

      @Cyril Dionne,

      "Fini les pauvres et les travailleurs exploités, maintenant ce sont des thèmes comme l’intersectionnalité, la construction sociale, l’islamophobie, la transphobie..." -Cyril Dionne

      C'est complètement faux en ce qui concerne Québec solidaire qui demeure toujours le seul parti à proposer un revenu minimum décent et garanti pour tout le monde et un système de pension de l'État; sans compter une assurance dentaire, la réduction des tarifs de transports en commun, la gratuité scolaire du CPE à l'université, la construction de 50,000 logements sociaux et j'en passe.

      Alors que la droite nous prêche sans cesse les bienfaits de l'exclusion sociale, de la discrimination à l'emploi, depuis plus de 12 ans! 

En fait, cette droite démagogique des Dionne de ce monde, n'a jamais cessé d'essayer de semer la confusion pour tenter de faire passer la droite pour de la gauche et la gauche pour de la droite avec sa propagande mensongère. Et ceci, pendant qu'elle ferme les yeux sur près d’un million de Québécois qui vivent sous le seuil de pauvreté et que les entreprises reçoivent plus de subventions du Québec que le reste des provinces canadiennes réunies. (IRIS et institut & Fraser Institute).

      Et alors que la gauche n'a jamais cessé de lutter contre toutes les formes de préjugés et d'exclusion, la droite nationaliste ne cesse de taper sur les minorités et de miser sur l'exclusion et les préjugés pour se faire élire; qu’il s'agisse de diffuser des préjugés sur l'immigration, l’aide sociale ou les musulmans.

      Varger sur les plus pauvres et les minorités, voilà le grand courage de la droite au Québec.

      Et pendant ce temps-là, la CAQ vient d'imposer plus d'austérité en santé et en éducation que les libéraux eux-mêmes.



      - Quel grand avancement !

      

https://pbs.twimg.com/media/EMfqBH5X0AIWy8b?format=jpg&name=large

    • Irène Doiron Et M. Pierre Leyraud - Abonnée 5 février 2020 12 h 18

      @ N Alexan
      À gauche...toute!
      Quand je vois le terme "gauche postmoderne" je me demande si, pour vous paraphraser, "la gauche se trompe loudement sur la gauche postmoderne!". Est-ce un accident si, en France, toute la "mouvance" postmoderne est associée clairement à la droite ? En traversant l'Atlantique "la gauche postmoderne" aurait-elle mutée ?
      En reprenant la conclusion de P Mouterde et en l'appliquant à ce que serait qu'être de gauche actuellement "N’est-ce pas aussi de cela qu’il faudrait oser discuter quand on se prend à débattre si passionnément de la rectitude politique ?

      Pierre Leyraud

    • Francois Lorenzetti - Abonné 5 février 2020 12 h 33

      @Cyril Dionne: vous écrivez "Plus de 80% des Québécois sont pour la laïcité."

      À vous lire, j'ai l'impression que vous disposez d'une sonde permanente dans l'opinion du peuple car ce pourcentage augmente constamment. À vrai dire, je pense que vous êtes encore bien en-deça car je situe personnellement l'appui à la laïcité à bien au-dessus de 90% au Québec. Cela dit, je postule cette estimation à partir de l'inégalité suivante: "Laïcité>Loi sur la laïcité de l’État". De votre côté, je vous suggère de bien lire votre sonde car la dinde n'est pas aussi savoureuse lorsque trop cuite.

    • Christian Montmarquette - Abonné 5 février 2020 14 h 06

      "À vous lire, j'ai l'impression que vous disposez d'une sonde permanente dans l'opinion du peuple.."- Francois Lorenzetti

      ...dans son cas, je dirais qu'il s'agit plutôt d'un suppositoire.

    • Cyril Dionne - Abonné 5 février 2020 16 h 33

      @ Francois Lorenzetti

      Selon le dernier sondage pancanadien d’Angus Reid sur les valeurs sociales, eh bien au Québec, plus de 79% des gens sont d’accord avec la laïcité. Est-ce qu’on peut-être plus clair que cela? En fait, au Canada, la majorité des gens (60%) sont pour la laïcité. Vous avez d’autres questions ou remarques?

      https://www.journaldemontreal.com/2020/01/31/decevante-recuperation-politique

    • Francois Lorenzetti - Abonné 5 février 2020 19 h 12

      @Cyril Dionne

      Allez à la source, ça spin moins: http://angusreid.org/social-values-canada

      Votre 79% que vous mettez en équivalence de la laïcité ressort, à en croire les informations fournies sur le site même du sondeur, du dillemme des répondants de devoir choisir entre "Keep God and religion completely out of public life" et "Pubicly celebrate the role of faith in our collective lives". T'sé, quand 54% des répondants qui se déclarent Conservateurs au niveau de leur affiliation politique se dit en faveur de la seconde option alors que 65% des Néo-démocrates déclarés opte pour la première, il y a de quoi vous amusez un brin à dessiner vos ensembles de Venn, mais en tout cas rien pour appeler sa mère concernant la laïcité, au sens propre, de la société québécoise.

      Vous auriez été voir direcement à la source et vous auriez pu beaucoup plus validement avancer que selon ce coup de sonde, 62% des répondants du Québec ne pense pas qu'il faut permettre le port de signes religieux par les employé.e.s du secteur public, alors qu'un pourcentage similaire dans les autres provinces est pour le permettre.

      Mais encore là, le port des signes religeux et la laïcité est un amalgame dans l'air du temps, ce qui n'est rien pour l'assainir.

      Je n'ai plus de remarques à ce point, en espérant vous avoir permis de mieux calibrer votre sonde d'opinion. Soixante-deux est le chiffre, d'un sondage, concernant le pourcentage de personnes au Québec qui ne veulent pas que le port des signes religieux par les employé.e.s de l'État soit permis.

      Pour la laïcité, je maintiens que cela doit être bien au-dessus des 90%.

    • Christian Montmarquette - Abonné 5 février 2020 20 h 14

      "Selon le dernier sondage pancanadien d’Angus Reid sur les valeurs sociales, eh bien au Québec, plus de 79% des gens sont d’accord avec la laïcité.."- Cyril Dionne

      Ah ! Les sondages..! C'est comme les statistiques!

      On leur fait dire ce que l'on veut, surtout quand on a pas le détail ni les questions.


      SONDAGES - LAÏCITÉ 



      Les Québécois sont beaucoup plus partagés dans leurs opinions sur les signes religieux qu’on essaie de nous faire croire.


      Alors que les médias ont diffusé à satiété ce sondage qui montrait que 64% des Québécois étaient en principe pour les interdictions de la CAQ, d’autres sondages moins médiatisés mais plus rigoureux ont montré que cet appui se révèle beaucoup faible (40-50%) et l'opposition beaucoup plus forte dès qu'on élimine la confusion entre le burqa et le hijab. 

 Le seul véritable consensus qui existe sur les signes religieux, c’est la lassitude que les Québécois éprouvent envers ce débat aussi stérile que malsain. 


      À cet effet, Vox Pop Labs rapporte que 59% des Québécois s’opposent aux interdictions de la CAQ et que 45% qui s’opposent au “compromis” Bouchard-Taylor.

      Cette opposition est encore plus forte chez les jeunes entre 18-et 25 ans, avec 74% opposés à la formule de la CAQ et 57% opposés à Bouchard-Taylor.

« Les Québécois et les signes religieux » - Vox Pop Labs

      Source : http://voxpoplabs.com/fr/signes-religieux/

  • Jean Lacoursière - Abonné 5 février 2020 06 h 06

    Se voir non pas comme on est, mais plutôt et tout d'abord à travers ce qu'on subit ou croit subir.

    Une personne n'a pas la peau foncée ou des traits physiques orientaux. (Par exemples.)

    Elle n'est pas d'ascendance berbère ou caribéenne.

    Non.

    Elle est « racisée ».

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 5 février 2020 10 h 08

      Littéralement, ‘personne racisée’ signifie ‘personne à qui une race a été attribuée’.

      On sous-entend, par le moyen de cette périphrase : « Je ne suis pas d’accord avec le concept de la race, mais je ne peux pas m’empêcher d’y faire référence. »

      Le racisme ne consiste pas à distinguer des différences de pigmentation de la peau, mais à y attacher une importance démesurée.

      Malheureusement, l’utilisation du qualificatif ‘racisé’ perpétue involontairement cette importance démesurée par ceux qui croient combattre le racisme.

    • Gilles Théberge - Abonné 5 février 2020 11 h 45

      Et ça n'a rien à voir avec les croyances religieuses d'une personne.

      Il faut dire que les croyances religieuses sont en parfait accord, je dirais même plutôt en harmonie avec la culture des personnes. Quand je vois par exemple un homme porter une « djellabas », il est extrêmement rare que ce ne soit pas une personne originaire du Maghreb. Et qu'il ne soit pas musulman.

      On voit rarement de Tremblay porter une djellabas. Comme monsieur Martel, je ne suis pas d’accord avec le concept de la race, mais je ne peux m’empêcher d’y faire référence par la simple observation des gens qui m'entourent.

  • Irène Doiron Et M. Pierre Leyraud - Abonnée 5 février 2020 07 h 30

    Une fiction contre une autre fiction ?

    Le texte de P Mouterde remet bien les points sur les i par rapport au "Manifeste" et par rapport au 'Contre Manifeste". Cependanr quand je lis:"Et cela parce qu’on y conçoit désormais les acteurs sociaux non pas comme des entités appartenant à une même société, formant un « nous collectif » susceptible de s’auto-émanciper de toutes les oppressions respectives accumulées dans l’histoire, mais comme des monades sociales fragmentées à l’infini, séparées les unes des autres à tout jamais : femmes (racisées ou pas), Autochtones, LGBTQ, handicapés, etc." je me demande si, à la fiction des "monades sociales fragmentées" il n'oppose tout simplement pas une autre fiction, celle d'un "nous collectif" imaginaire, suceptible de "s'auto émanciper". En effet, une société est une collectivité de collectivités ( classes sociales )cimentées par des liens sociaux et toutes ces collectivités n'ont pas les mêmes intérêts face au capitalisme et face à la mondialisation. Certains de ces intérêts (économiques, politiques, sociaux...) étant diamétralement opposés ce "nous collectif" n'existe tout simplement pas et des collectivités ont des intérêts à sauvegarder dans le "systéme actuel". Quand à "l'auto émancipation" si cela veut dire qu'une "émancipation" ne peut jamais être "importée"et encore moins imposée à un groupe, une personne, cela est une évidence.Mais une émancipation n'est aussi jamais seulement QUE l'oeuvre de ceux qui s'émancipent, car en s'émancipant ils en émancipent d'autres.
    Pierre Leyraud

  • Tremblay Hugo - Inscrit 5 février 2020 07 h 44

    Marx, père des activistes aveugles ?

    Et si tout partait de Marx et même un peu avant...Marx a développé une critique qui se voulait scientifique du capitalisme qui a débouché sur un engagement politique. Et aujourd'hui, il y a des marxiens et des marxistes, les premiers tout en reconnaissant un apport de Marx à la connaissance économique n'endossent pas cette vision de vérité immuable et les implications politiques de Marx. Alors que pour les marxistes, il y a une adhésion presque religieuse à un discours.On l'a vu, le monde n'a pas changé et les expériences de gauche ont créé des politiques pires sur certains points que le capitalisme. Quand le monde changera, ce sera comme un accouchement, on doit oui accompagner mais ne pas forcer les choses. Les activistes désirent mettre ce monde à leur main,ce qui donne peut-être un sens à leur vie mais c'est la vérité au bout du compte qui en souffre...

  • Stéphane Thellen - Abonné 5 février 2020 07 h 46

    Contre le dogmatisme, point

    Si les critiques du Manifeste étaient loin d'être parfaites, je ne pense pas qu'elles portaient essentiellement sur la dimension conservatrice du propos autant que sur les contradictions, les amalgames, le procès fait aux institutions d'éducation supérieure sans données factuelles probantes, bref tout ce que les auteurs du texte dénonçaient eux-mêmes. Comme le notait bien Jonathan Durand Folco, le problème c'est le dogmatisme.