Les Archives nationales du Québec ont 100 ans

«Les Archives nationales recouvrent toute notre histoire, depuis les civilisations autochtones et le Régime français jusqu’à notre vie moderne. Elles racontent plus de 400 ans d’histoire», rappelle l'auteur.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir «Les Archives nationales recouvrent toute notre histoire, depuis les civilisations autochtones et le Régime français jusqu’à notre vie moderne. Elles racontent plus de 400 ans d’histoire», rappelle l'auteur.

Créées en 1920 par l’Assemblée législative, les Archives nationales du Québec célèbrent leur premier centenaire. Elles sont la mémoire du Québec. Leurs collections enchaînent les étapes de la construction de la nation et montrent la transmission, de génération à génération, de ses éléments fondamentaux, de ce qu’il nous a fallu conserver pour rester nous-mêmes dans les mutations du monde. Nos Archives nationales sont aussi un grand service public, pièce centrale dans le dispositif de la gouvernance numérique en formation de l’État québécois.

Les Archives nationales recouvrent toute notre histoire, depuis les civilisations autochtones et le Régime français jusqu’à notre vie moderne, en passant par les phases du développement de la société québécoise. Elles racontent plus de 400 ans d’histoire.

À la vérité, elles conservent bien des mémoires. En priorité, celles des vies de millions de personnes qui, ces derniers siècles, ont vécu dans la vallée du Saint-Laurent et ses prolongements territoriaux. Leur existence porte la nôtre. Elle est inscrite dans les registres, les greffes, les correspondances, les croquis, les photos témoignant de leurs entreprises, labeurs et réussites.

Nos archives conservent aussi la mémoire de centaines d’organisations et d’institutions religieuses, agricoles, industrielles, commerciales, urbaines, scientifiques, universitaires, coopératives, politiques et autres qui ont structuré la société et porté des espérances partagées.

Enfin, nos archives conservent la mémoire des actes des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire, y compris tous leurs liens avec les citoyens, les institutions, les villes et régions et les partenaires étrangers du Québec : liens historiques avec la France et la Grande-Bretagne, liens politiques avec les partenaires canadiens, liens économiques avec les États-Unis, liens linguistiques et culturels avec les pays de la francophonie, et plus encore.

Toutes ces mémoires convergent et forment une narration unique, la narration d’une communauté distincte, linguistiquement et culturellement, d’une nation ancrée en Amérique du Nord et imprégnée des valeurs de la civilisation occidentale. Nos Archives nationales constituent la mémoire de cette nation. Elles disposent de preuves indiscutables des transmissions incomparables effectuées ici entre les générations qui l’ont progressivement constituée.

Grand service public

Les Archives nationales constituent aussi un très grand service public. Elles disposent d’installations qui couvrent toutes les régions du Québec ; accueillent les documents de 2300 ministères et organismes publics pour lesquels les équipes de Bibliothèque et Archives nationales du Québec ont mis au point une technologie avancée, le dispositif Advitam ; reçoivent et conservent les archives privées d’intérêt public ; apportent leur soutien à des services d’archives privés ; enregistrent près de 4,2 millions de consultations de leurs documents numériques et répondent à plus de 60 000 demandes d’aide-conseil et de référence annuellement.

Le capital cumulé des Archives nationales fait penser à celui de la Caisse de dépôt et placement : 67 km linéaires de documents textuels, plus de 13 millions de documents numérisés, 15,5 millions de documents graphiques, plus de 100 000 documents audiovisuels, etc. Une richesse indiscutable pour les historiens, sociologues, géographes, créateurs, écrivains, cinéastes, journalistes… pour tous ! En cette ère numérique, on ne fera pas l’avenir sans recours à ce capital unique pour la bonne gouvernance, la connaissance scientifique et la création intellectuelle et culturelle.

Nous avons l’habitude d’identifier archives et passé. Mais dans la civilisation numérique qui s’installe à la vitesse grand V, il nous faut désormais conjuguer archives et avenir. En effet, les archives du monde constituent une fabuleuse richesse, un gigantesque gisement de données que les scientifiques ont commencé à explorer et à exploiter, de la médecine à la démographie, de l’histoire au droit et à l’urbanisme, de l’architecture à l’agriculture, du droit de propriété intellectuelle à la génétique, etc.

De nouvelles narrations et médiations émergent et vont dominer la vie intellectuelle et scientifique de ce siècle. Il importe que le Québec soit partie de ces narrations et médiations, que ses chercheurs trouvent ici les matériaux de leurs entreprises. Ces narrations vont éclairer d’une nouvelle lumière le passé humain, y compris le nôtre. Voilà pourquoi il importe de rendre nos Archives numériquement et spatialement disponibles pour que le Québec, dans toutes ses dimensions, ne soit pas exclu des recherches en cours et à venir, pour qu’il soit partie prenante des narrations en gestation.

La transmission, qui constitue un des flux de l’histoire, se fait déjà et se fera de plus en plus dans cet espace numérique. Inconnu il y a un demi-siècle, il absorbe aujourd’hui une part sans cesse croissante de l’activité humaine. L’an dernier, l’achalandage de BAnQ numérique a augmenté de 33 %. En ce sens, ce centenaire est fondateur. Il crée l’occasion de réfléchir à la valeur enrichie de nos archives, capital précieux pour l’avenir, pour notre avenir.

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