Étalement urbain: reprenons le contrôle

«Le cadre actuel ne suffit pas pour exercer un contrôle sur l’urbanisation», mentionnent les auteurs.
Photo: Jacques Grenier Le Devoir «Le cadre actuel ne suffit pas pour exercer un contrôle sur l’urbanisation», mentionnent les auteurs.

L’étalement urbain a beaucoup fait réagir au cours des dernières semaines. Des données publiées récemment montrent que de plus en plus de gens s’installent à l’extérieur du territoire des communautés métropolitaines de Montréal et de Québec alors qu’ils y travaillent, augmentant ainsi la congestion routière et les gaz à effet de serre, en plus d’exercer une pression accrue sur les milieux naturels et les terres agricoles.

Le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation (MAMH) en fait trop peu pour enrayer le problème de l’étalement urbain. Pourtant, selon son propre Plan stratégique déposé en décembre dernier, ce phénomène « ne cesse de prendre de l’ampleur ». Puis, à la mi-janvier, la ministre Andrée Laforest a soutenu qu’une « grande conversation nationale » doit être entamée sur l’enjeu de l’aménagement du territoire.

La croissance vertigineuse des coûts de la congestion, qui atteint maintenant plus de quatre milliards de dollars par année, est notamment causée par l’exode annuel de 7000 personnes qui quittent le territoire de la Communauté métropolitaine de Montréal pour s’installer au pourtour. Cet étalement se traduit aussi par une dépréciation des environnements naturels, qui entraîne des coûts annuels supplémentaires de plus de 235 millions de dollars pour les municipalités du Grand Montréal. À cela s’ajoute une bonne partie de la facture à payer pour les inondations du printemps dernier.

Dans ce contexte, il était pour le moins paradoxal que la ministre Laforest, l’aménagiste en chef du Québec, approuve le schéma d’aménagement de la MRC de Montcalm alors qu’elle favorise un étalement urbain toujours plus lointain.

Le cadre actuel ne suffit pas pour exercer un contrôle sur l’urbanisation. Les orientations gouvernementales en matière d’aménagement du territoire, auxquelles les schémas d’aménagement et de développement devraient être soumis, sont en révision depuis beaucoup trop longtemps. Le gouvernement n’a donc pas d’orientations claires et perpétue une approche à la pièce.

Reprendre le contrôle

Selon la ministre Laforest, la « grande conversation nationale » sur l’aménagement « devra inévitablement englober les enjeux environnementaux, de transports, d’agriculture, d’architecture, etc. ». Nos organisations y participeront volontiers. Il est maintenant temps de reprendre le contrôle et de lancer les démarches en vue de l’élaboration d’une politique nationale, une idée qui faisait d’ailleurs partie de la plateforme de la Coalition avenir Québec lors de la dernière campagne électorale.

D’ici là, nous sommes d’avis que la ministre doit suspendre l’agrandissement des périmètres d’urbanisation, particulièrement dans les zones à forte pression à l’étalement autour des grandes villes. Sans cela, nous mènerons une conversation nationale alors même que se perpétuent des pratiques inadéquates partout sur le territoire. Le gouvernement doit aussi cesser d’autoriser le dézonage des terres agricoles et respecter les avis de la Commission de protection du territoire agricole.

La ministre des Affaires municipales doit préparer le Québec et les municipalités aux risques climatiques. Plusieurs volets du futur Plan d’électrification et de changements climatiques en dépendront. Ce plan devra favoriser un aménagement du territoire cohérent qui minimise les répercussions sur l’environnement et assure la résilience des milieux de vie dans toutes les régions du Québec.

Ces préoccupations doivent par ailleurs se refléter dans le cadre des travaux de modification de la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme prévus par le MAMH. Les objectifs annoncés de cette révision législative sont de renforcer le pouvoir des MRC et de moderniser le régime d’encadrement des zones inondables. Ces deux chantiers doivent cependant s’appuyer sur une vision plus large, cohérente et partagée, sans quoi ils risquent d’être inefficaces.

C’est pourquoi nos organisations demandent depuis bientôt cinq ans au gouvernement du Québec d’adopter une politique nationale d’aménagement du territoire afin de nous doter, enfin, d’une réelle vision et de baliser les décisions gouvernementales en matière d’aménagement.

Il faut cesser de gaspiller le territoire naturel et agricole. Il s’agit d’une ressource précieuse et limitée. Nous nous devons de le préserver pour les générations futures. Il est donc impératif de planifier son développement avec rigueur. La ministre Andrée Laforest doit saisir cette chance et finalement mettre à niveau le cadre entourant l’aménagement du territoire. Les attentes sont élevées et le temps d’agir est venu.

*Ont signé ce texte : Sylvain Gariépy, président de l’Ordre des urbanistes du Québec ; Marcel Groleau, président général de l’Union des producteurs agricoles ; Karel Mayrand, directeur général pour le Québec et l’Atlantique de la Fondation David Suzuki ; Sylvain Perron, coordonnateur du Mouvement ceinture verte ; Isabelle Poyau, directrice par intérim du Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement du Québec ; Christian Savard, directeur général de Vivre en Ville ; Colleen Thorpe, directrice générale d’Équiterre.


 
3 commentaires
  • François Beaulé - Inscrit 29 janvier 2020 06 h 45

    Les signataires sont pour la vertu mais encore...

    Ils se disent préoccupés des conséquences de l'étalement urbain depuis 5 ans. Alors que ces problèmes existent depuis des décennies. Mais ils ne font aucune proposition concrète.

    En voici:
    Imposer une densité des nouvelles constructions beaucoup plus élevée qu'actuellement. Partout sur le territoire et non pas seulement dans les communautés urbaines, puisque les gens évitent cette contrainte en s'éloignant toujours plus des centres urbains, ce qui augmente l'étalement au lieu de le diminuer.

    Augmenter la taxe sur les carburants et, peut-être, imposer une taxe kilométrique.

    Si les deux mesures précédentes ne suffisent pas, il faudrait que le ministère des affaires municipales limitent le nombre annuel de nouvelles unités de logement dans les municipalités périphériques, que celles-ci soient à l'intérieur ou à l'extérieur des communautés urbaines.

  • Daniel Cyr - Abonné 29 janvier 2020 08 h 12

    Le débat est clair que ce n'est pas la Loi sur les milieux humides qu'il faut revoir

    Le ministre de l'Environnement devrait aussi prendre acte de ce débat avant de changer quoi que ce soit à la Loi de protection des milieux humides, comme ce qu'il semble enclin à faire selon de récentes déclarations. L'étalement urbain fut et demeure un des facteurs majeurs de pertes de superficies de milieux humides dans le sud du Québec, et de la perte des services écosystémiques qu'ils procurent à l'ensemble de la population. Dans certaines MRC des couronnes métropolitaines, rives sud et nord confondues, ces écosystèmes naturels, réelles infrastructures de contrôles dans certains cas, ils ont pratiquement tous disparus. On doit donc compenser par des infrastructures artificiels que les municipalités n'ont plus les moyens de se payer. Pensez juste aux inondations qui ne cessent de monopoliser les manchettes des printemps. Cette année sera le tour de quelle région?

  • Alain Saladzius - Abonné 30 janvier 2020 11 h 19

    Et la gestion des eaux ?

    Le développement anarchique entraîne aussi des manques d'eau dans certaines municipalités là où l'étiage est sévère dans les rivières, ou là où la nappe phréatique est trop sollicitée. Et que dire des rejets d'eaux usées supplémentaires là où les infrastructures ne suffisent pas, et qu'il y a déjà des débordements ou que la capacité de la station d'épuration est atteinte ? Le MELCC alloue un délai pouvant atteindre 8 ans pour que les municipalités aient compensé les volumes d'eaux supplémentaires générés par les nouveaux développements.