Il faut adopter une vraie loi pour le climat au Québec

«Si le gouvernement prend au sérieux la crise climatique, il doit inscrire dans la loi ce que la science exige: une réduction d’au moins 50 % de nos émissions d’ici 2030 et la carboneutralité en 2050», écrit Dominic Champagne.
Photo: Francis Vachon Le Devoir «Si le gouvernement prend au sérieux la crise climatique, il doit inscrire dans la loi ce que la science exige: une réduction d’au moins 50 % de nos émissions d’ici 2030 et la carboneutralité en 2050», écrit Dominic Champagne.

Lettre ouverte à tous les députés de l’Assemblée nationale

Au nom des 285 000 signataires du Pacte pour la transition, je vous soumets ici les grandes lignes de notre contribution à la commission parlementaire sur le projet de loi 44, première loi sur le climat du gouvernement Legault.

Je tiens à souligner que je n’ai pas d’autre programme depuis un an que celui de mobiliser les gens autour de l’urgence sonnée par les scientifiques du GIEC, le 8 octobre 2018, une semaine après l’élection du présent gouvernement.

Un mois plus tard, je suis venu présenter au premier ministre une synthèse du rapport du GIEC qui faisait état de la gravité de la crise et de ses conclusions qui exigent « un changement rapide et radical de nos façons de faire ».

J’ai été très heureux d’entendre le premier ministre déclarer ceci dans son discours inaugural à l’Assemblée nationale : « La survie de notre planète est en jeu. Je ne peux ignorer ce défi de l’urgence climatique et continuer de regarder mes deux fils dans les yeux. »

Un mois plus tard, je suis venu remettre au premier ministre un projet de loi, rédigé et révisé par des juristes et des scientifiques chevronnés, qui engageait le gouvernement au respect de ses obligations climatiques, projet de loi que je remettais trois semaines plus tard au nouveau ministre de l’Environnement, puis à l’ensemble des députés et des partis d’opposition, dans l’espoir qu’une coalition puisse voir le jour au Québec en réponse à l’urgence.

Vingt gouvernements ont adopté des lois similaires, dont le Royaume-Uni et le Danemark, ce dernier ayant voté en décembre dernier une loi sévère qui oblige le gouvernement à réduire ses émissions de 70 % d’ici à 2030.

La gravité de la crise

Est-il besoin de rappeler la gravité de la crise ? Toutes les prévisions, scientifiquement prouvées, tous les incendies, canicules, sécheresses, toutes les inondations, les pénuries alimentaires et en eau, toutes les dévastations, de l’acidification des océans à l’effondrement de la biodiversité, ont-ils besoin d’être rappelés pour vous convaincre de l’urgence d’agir ?

Ce que les plus hautes autorités scientifiques nous disent, c’est qu’on peut, avec beaucoup de courage, d’efforts et de cohérence, parvenir à limiter le réchauffement à 1,5 ou à 2 degrés. Mais que la tendance actuelle nous entraîne droit dans le mur.

Selon le dernier bilan de l’Organisation météorologique mondiale, la température a augmenté de 0,2 degré de 2015 à aujourd’hui. Faisons le calcul. Ça signifie une hausse de 0,4 degré par décennie. Nous dépasserons donc le seuil de 1,5 degré Celsius en 2030, et le monde sera plus chaud de quatre degrés en 2090. La Banque mondiale, qu’on ne peut qualifier de groupe écologique radical, sonne l’alarme encore plus fort et nous met en garde contre un réchauffement de 4 degrés d’ici 2060. Elle affirme qu’il n’y a « aucune certitude que la planète puisse s’adapter à une telle hausse ».

L’un des climatologues les plus éminents, John Schellnhuber, nous dit : « La différence entre 2 degrés et 4 degrés de réchauffement, c’est la civilisation humaine. »

Nous reconnaissons l’immense difficulté que rencontrent nos dirigeants politiques depuis le jour où les scientifiques ont sonné l’alerte : répondre concrètement aux exigences de la science. Nous en appelons aujourd’hui à une union de toutes nos forces politiques pour en finir avec cette impuissance à passer de la parole aux actes, et des actes aux résultats.

Être conséquent

Si le gouvernement prend au sérieux la crise climatique, il doit inscrire dans la loi ce que la science exige : une réduction d’au moins 50 % de nos émissions d’ici 2030 et la carboneutralité en 2050.

La loi doit créer une institution forte pour mettre à exécution un plan conséquent, un Hydro-Québec de la lutte contre les changements climatiques, fondé sur la base de Transition énergétique Québec (TEQ), qui a fait la preuve de son efficacité et qui est déjà responsable de 65 % de nos réductions. Cette société d’État devra avoir les moyens des ambitions qui s’imposent, à commencer par réduire notre usage du pétrole et du gaz.

Après l’année de réflexion et de consultations, le gouvernement est cependant à même de constater que la seule transition énergétique n’arrivera pas à atteindre les cibles. Les efforts sont louables, mais ça ne sera pas suffisant.

La loi doit engager une transition écologique juste et globale de notre économie en mobilisant l’ensemble de la société québécoise, le gouvernement et chacun de ses ministères, chacune de ses institutions — Hydro-Québec, Investissement Québec, la Caisse de dépôt, les entreprises, les communautés, les municipalités, les écoles, le monde de la santé, celui de la construction et l’ensemble des citoyens. Chacun selon ses moyens, chacun sa juste part.

Une loi qui va intégrer un budget carbone, comme c’est le cas au Royaume-Uni, et qui va engager l’ensemble du gouvernement à respecter ce budget dans chacune de ses politiques. Une loi qui va nommer un ministre responsable de la lutte contre les changements climatiques, avec l’autorité nécessaire pour décider, diriger et coordonner les efforts du gouvernement. Un ministre responsable qui aura à rendre des comptes de façon transparente.

Le Québec sera derrière vous si vous adoptez une vraie loi pour le climat, où la science indépendante et les meilleures pratiques seront au coeur des décisions politiques et de leur mise en oeuvre.

Notre premier ministre a déjà confirmé sa présence à la COP26 en Écosse en novembre prochain. Et je nourris l’espoir qu’il puisse se présenter devant les autres nations en déclarant ceci : « Au Québec, on a entendu l’alarme de la science, on a pris acte des signaux de détresse de la nature et des appels de la jeunesse. Et aujourd’hui on débarque avec un plan, fruit d’un dialogue honnête et courageux entre le gouvernement, l’industrie, les travailleurs, la société civile et la population, et on vous dit qu’on s’est engagés dans une transition juste et qu’on va atteindre les cibles que la science exige pour 2030. »

Nous vous demandons de souffler dans la voile de notre gouvernement. Pour qu’il ait le courage de s’engager. Et d’agir en conséquence. Et que nous soyons tous unis pour le climat.

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