Peut-on recycler tout notre papier?

«Les recycleurs nord-américains sont en grande majorité des producteurs de carton, et il y a de moins en moins de recycleurs de papier», relèvent les auteurs.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir «Les recycleurs nord-américains sont en grande majorité des producteurs de carton, et il y a de moins en moins de recycleurs de papier», relèvent les auteurs.

En 2017, les citoyens découvraient que les papiers qu’ils mettent dans leur bac de récupération ne sont que très peu recyclés au Québec. Les centres de tri qui tirent leur épingle du jeu (il y en a !) sont ceux qui ont cessé de produire des ballots de papier mélangé. Pourtant, ces centres de tri ne peuvent les envoyer en totalité à des recycleurs au Québec, ou même en Amérique du Nord. Nous sommes persuadés que l’innovation québécoise et la recherche de solutions locales de transformation du papier doivent obligatoirement être priorisées.

Pour comprendre ce qu’il se passe, faisons un parallèle avec la préparation d’une sauce à spaghetti. Vous pouvez utiliser des tomates fraîches de saison, des tomates italiennes congelées ou encore des conserves de tomates. Les entreprises de l’industrie de la tomate peuvent vous vendre chacune d’entre elles, mais l’effort pour le faire et le prix que vous êtes prêts à payer influent sur leurs choix. La logique est la même pour les matières recyclables.

Historiquement, les usines nord-américaines achetaient des ballots dits de « papier mixte ». Avec le temps, des usines asiatiques, principalement chinoises, ont augmenté leur consommation de papier mixte, ont toléré que celui-ci soit composé de contaminants (plastiques, restants de nourriture, etc.) et, surtout, ont continué à payer un prix élevé. Pour plusieurs centres de tri, le calcul devenait simple : le papier mixte était moins coûteux à trier et rapportait plus d’argent. La plupart ont profité de cette économie non durable pendant plusieurs années.

Ainsi, lorsqu’en 2017, ces pays asiatiques ont commencé à refuser les ballots qu’ils ont eux-mêmes contribué à créer, les centres de tri se sont heurtés à un mur. Pensez-y, si demain la moitié de la population du Québec ne veut plus de tomates, les maraîchers vont devoir rapidement se diversifier.

Investissements

Pourtant, certains centres de tri s’en sortent mieux aujourd’hui. Ils ont investi des millions de dollars dans leurs installations et dans la création d’emplois au fil des années. Ces améliorations leur ont notamment permis de mieux séparer les matières, de retirer les contaminants, assurant ainsi la qualité des ballots. Les plus proactifs ont même cessé la fabrication du ballot de « papier mixte ». Ce sont ces centres de tri qui aujourd’hui réussissent à vendre leurs papiers, certes, à des prix très inférieurs par rapport à la dernière décennie, mais ils ne risquent pas d’être enfouis.

Cela étant, un ballot de papier de qualité peut-il être entièrement recyclé à l’heure actuelle au Québec ?

Les recycleurs nord-américains sont en grande majorité des producteurs de carton, et il y a de moins en moins de recycleurs de papier. Le recyclage, comme la sauce à spaghetti, est une recette. Vous pouvez mettre un peu de poivrons, mais vous ne pourrez pas remplacer toutes les tomates de votre sauce. De la même façon, vous pouvez utiliser un peu de papier pour votre recette de carton, mais vous ne pourrez pas faire une boîte de livraison avec seulement le journal de votre bac de récupération.

C’est là que le bât blesse : les centres de tri doivent continuer à investir pour produire un papier de qualité que les recycleurs locaux ne peuvent actuellement reprendre qu’en partie.

Si on a mis, avec raison, une pression sur les centres de tri pour qu’ils améliorent la qualité de leurs produits, il est maintenant important d’en faire tout autant pour créer des marchés innovants et de nouveaux débouchés pour le papier recyclé au niveau local. La solution ne peut provenir que d’une collaboration accrue des acteurs clés de l’industrie.

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