M. Legault, que faites-vous lundi?

Les Autochtones qui vous donnent rendez-vous ne sont pas des «groupes»: ils sont les chefs de leurs nations respectives.
Photo: Annik MH de Carufel Archives Le Devoir Les Autochtones qui vous donnent rendez-vous ne sont pas des «groupes»: ils sont les chefs de leurs nations respectives.

Monsieur le Premier Ministre,

Depuis le début de l’année, vous avez eu le temps de vous asseoir avec Jim Illich, le grand boss de GNL Québec, de vous rendre jusqu’en Suisse pour frayer avec le gratin de l’élite mondiale. Vous avez toujours le temps de rencontrer les premiers ministres des provinces canadiennes, même ceux qui ne nous portent guère dans leur coeur, et vous acceptez de vous soumettre à leurs conditions, de ne pas trop les gêner en parlant des changements climatiques.

Pour vos homologues des Premières Nations, par contre, vous manquez de temps [NDLR M. Legault s’est dit vendredi prêt à discuter dans le cadre d’une rencontre au printemps]. Vous avez manqué la première rencontre du 17 octobre dernier, à peine quelques jours après les excuses officielles que vous avez prononcées au nom de l’État québécois dans la foulée des conclusions accablantes de la commission Viens.

 

Votre excuse ? Je vous cite : « Imaginez si le premier ministre commence à négocier avec 30 groupes ! » M. Legault, je n’ai pas besoin d’imaginer. En décembre 1978, votre idole politique, René Lévesque, convie les représentants des Premières Nations à une grande rencontre de trois jours, le « premier rendez-vous depuis la paix de 1701 ». Non seulement le premier ministre est présent autour de la table, mais ses ministres, dont Bernard Landry, Camille Laurin et Jacques-Yvan Morin, se succèdent au micro, et le dialogue s’installe.

En lisant le verbatim de la rencontre, on comprend pourquoi vous et vos prédécesseurs préférez Davos aux Autochtones. Le dialogue est franc, houleux, il vire parfois au dialogue de sourds. Le gouvernement de l’époque est tout frais, alors que les Autochtones n’en sont pas à leur premier tour de piste. Comme le résume un représentant huron-wendat, Denis Picard, « il y a une grande différence entre entendre et écouter, et j’aimerais qu’on soit écoutés ».

Malgré tout, la méconnaissance est admise, les frustrations exprimées, l’histoire confrontée : des préliminaires douloureux, mais essentiels à la réconciliation. Pour dialoguer, M. Legault, il ne suffit pas de faire des promesses à tout vent. Il faut parfois laisser les autres vous donner la réplique.

Il y a une grande différence entre entendre et écouter, et j’aimerais qu’on soit écoutés

Vous êtes le chef de notre État, le chef de ma nation. Les Autochtones qui vous donnent rendez-vous ne sont pas des « groupes » : ils sont les chefs de leurs nations respectives. Je veux croire à vos promesses, et je crois qu’ils veulent y croire aussi. Je veux vous voir saisir cette occasion historique de renouer avec le dialogue, de chef à chefs, de nation à nations, vous qui avez donné votre aval, cet automne, à la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones.

Mais quand je vois votre gouvernement à l’oeuvre, quand la protectrice du citoyen doit vous rappeler qu’il faut consulter les Autochtones lorsqu’on adopte une loi qui les concerne, quand ils apprennent par les journaux que c’est un collègue qui hérite des Affaires autochtones pendant une absence de la ministre, j’ai l’impression qu’on tourne en rond.

Le prochain rendez-vous aura lieu le lundi 27 janvier. Je serai autour de la table pour écouter nos frères et soeurs des Premières Nations. Et vous, où serez-vous ?

13 commentaires
  • Léonce Naud - Abonné 25 janvier 2020 02 h 22

    Fondements raciaux du statut Autochtone au Canada

    Curieux que personne au Québec, y compris à gauche, ne remette le moins du monde en question la politique d'apartheid racial du gouvernement du Canada en matière de relations entre les citoyens du pays.

  • Cyril Dionne - Abonné 25 janvier 2020 08 h 46

    Les « Indiens » de service

    Mme Massé, est-ce que vous en connaissez des Autochtones ou bien vous côtoyez seulement les grands chefs qui veulent garder intact l’infâme loi sur les Indiens et les prisons à ciel ouvert qu’on appelle communément les réserves et leurs privilèges qui y sont associés? On sait tous que vous essayer d’aller chercher des votes en vous agglutinant à une cause dont les préceptes vous échappent. Comment peut-on sincèrement parler de réconciliation alors que selon les plus hautes instances et lois du pays, ils considèrent les Autochtones comme des pupilles de l’état? Ce dossier, avec ses ramifications légales, constitutionnelles et législatives appartiennent dûment au gouvernement fédéral. C’est à la porte de Justin Trudeau qu’il faut cogner.

    Faire de la petite politique ne vous rendra pas plus palpables aux yeux de la très grande majorité des Québécois, vous savez, le 90% qui vous ignore complètement.

    • Pierre Rousseau - Abonné 26 janvier 2020 08 h 26

      M. Dionne, vous me semblez faire partie de ceux qui ne connaissent pas bien la question des droits des peuples autochtones. S'il est vrai que les « Indiens » sont de compétence fédérale, les droits des peuples autochtones sont enchâssés dans la constitution du pays et s'appliquent à tous les gouvernements, fédéral, provinciaux et territoriaux. En fait ces gouvernements, sauf celui du Nunavut, agissent plutôt en gouvernements coloniaux face aux peuples autochtones et Mme Massé a raison d'en parler. D'ailleurs, vous ne semblez pas être parmi les 90% des gens qui ignorent Mme Massé.

    • Cyril Dionne - Abonné 26 janvier 2020 20 h 13

      Qu'est-ce que vous ne comprenez pas dans une loi fédérale qu'est la loi sur les Indiens? Au provinciale, vous pouvez en parler jusqu'à le CH gagne la coupe Stanley, et cela ne fera aucune différence. Et non, je fais partis du 90% et plus qui s'aligne plutôt vers un 95%.

  • Denis Paquette - Abonné 25 janvier 2020 10 h 39

    peut on tout a coup, oubler leur trois milles ans dr 'histoire, peut être faudra-t-il y penser sincerement et arreté de les prendre pour d'autres

    que savez vous des amérindiens,,surtout que l'on nous en a caché la culture et les moeurs,, ne sommes nous pas arriver ici, , en croyant que l'on pouvait en faire notre pays, n'est ce pas une grande illusion

  • Paul Gagnon - Inscrit 25 janvier 2020 16 h 15

    Comme Manon Massé vit en territoire non cédé,

    peut-être devrait-elle penser à faire ses valises et retourner au pays de ses ancêtres. Vous savez la douce France qui l'est un peu moins en ce moment, car les amis de ses amis y réclament par milliers la mise à mort d'une adolescente de 16 ans pour avoir insulté leur religion – devinez laquelle!

    • Pierre Rousseau - Abonné 26 janvier 2020 08 h 31

      M. Gagon, il me semble que vous aussi avez de fortes chances de vivre sur un territoire autochone non cédé aux colons immigrés. La plus grande partie du sud du Québec ne fait pas l'objet d'un traité, donc territoires non cédés. Alors, ce qui vaut pour Mme Massé vaut aussi pour vous. En fait, ce genre de discussion de mène à rien et les nations autochtones ne revendiquent pas que les « colons » (settlers en anglais) s'en retournent chez eux. Ils veulent qu'on respecte leurs droits et qu'on négocie de bonne foi des traités modernes pour réparer les erreurs du passé.

  • Jean-Charles Morin - Abonné 25 janvier 2020 20 h 30

    La nouvelle quête de Madame Massé.

    Madame Massé semble s'être trouvé une nouvelle cause dans laquelle elle va s'impliquer totalement... jusqu'à temps qu'elle s'en trouve une autre quand elle verra qu’il n’a pas grand profit politique à tirer de la première, ce qui ne saurait vraiment tarder.

    Si elle tient tant que ça à écouter les doléances des chefs autochtones, elle va s'apercevoir assez vite qu'une fois passé le rituel des reproches et des états d’âme obligés, leurs voix deviennent vite assez discordantes du fait qu'ils ne s'entendent pas entre eux et qu'au-delà de la rhétorique victimaire habituelle, leurs opinions sibyllines peinent à mettre de l'avant quelque solution que ce soit pour résoudre des problèmes qui sont pourtant bien réels. Une chatte y perdrait ses petits. En tant que représentant de toutes ces communautés disparates, le grand chef Ghislain Picard marche sur des oeufs et il le sait.

    Un premier pas significatif pour instaurer chez les "Blancs" un véritable respect envers les nations autochtones serait d'abolir l'infâme loi fédérale sur les "Indiens" afin de traiter ces derniers comme des adultes autonomes et responsables mais assez curieusement, personne ne semble vraiment en faire une exigence du côté des principaux intéressés. Et de toute manière, il faut bien l'admettre ici, ce dossier délicat n'est pas du ressort de Monsieur Legault.

    Alors pourquoi les représentants autochtones tiennent-ils tant à voir notre premier ministre provincial? Le savent-ils seulement eux-mêmes? Si c'est pour faire de la figuration lors des cérémonies rituelles et fumer une bonne pipe en famille, Monsieur Legault a sûrement mieux à faire ailleurs. De toute manière, avec sa proverbiale guitare et ses chants scouts, Madame Massé saura avantageusement le remplacer.

    • Pierre Rousseau - Abonné 26 janvier 2020 08 h 44

      Ce commentaire représente malheureusement ce que véhicule les idées ethnocentristes des gens de la société dominante qui méprisent les peuples autochtones et les considèrent de haut. La situation est beaucoup plus complexe que d'abroger la loi coloniale sur les Indiens et quand on a la moindre connaissance des nations autochtones on sait qu'elles ont leurs identités propres, leurs langues et leurs cultures et que ce n'est pas uniforme à travers le pays ni à travers la province.

      Le gouvernement du Québec, tout comme le gouvernement fédéral, traite et a toujours traité les peuples autochtones comme un gouvernement colonial en imposant ses lois et ses politiques sans les consulter et sans leur consentement, ce qui va à l'encontre non seulement du droit international et de la Déclaration des NU sur les droits des peuples autochtones mais aussi de notre propre constitution (que le Québec a d'ailleurs refusé de signer).

      Les gouvernements coloniaux se sont enrichis avec les richesses naturelles à partir des terres autochtones, sans leur consentement, et on les a parqués dans des réserves car ils étaient devenus gênants. Chaque nation a quand même conservé ses traditions de gouvernance et les chefs de la loi sur les Indiens ne sont pas nécessairement les vrais leaders des nations en question, ça dépend de chancune. Je pourrais continuer mais on manque d'espace et c'est une question qui mérite beaucoup plus d'attention. Je suggère, si ça vous intéresse, d'aller dans les collectivités autochtones et d'essayer de les comprendre; au moins vous avez l'avantage que la plupart d'entre elles au sud du Québec parlent la langue du colonisateur, le français, ce qui rend la compréhension de leurs droits plus facile.