Haïti, janvier 2010: le Québec était mobilisé

«Des maisons effondrées, des morts, des blessés jonchaient les rues de Port-au-Prince», se remémore l'auteur. 
Photo: Juan Barreto Agence France-Presse «Des maisons effondrées, des morts, des blessés jonchaient les rues de Port-au-Prince», se remémore l'auteur. 

Ce mardi-là, à 16 h 53, les élèves étaient à l’école, les bureaux n’étaient pas fermés, les rues étaient bondées et, tout à coup : la catastrophe. Des maisons effondrées, des morts, des blessés jonchaient les rues de Port-au-Prince.

Je me souviens. Le lendemain matin, une rencontre avait été organisée à mon bureau sur Saint-Michel avec des membres de la communauté haïtienne. J’avais demandé à la population, lors de la conférence de presse qui a suivi, de faire des dons à la Croix-Rouge.

Une onde de choc avait traversé le Québec. Des organismes, des municipalités, des établissements d’enseignement, religieux, des entreprises s’emparaient de ce drame. Les Québécois d’origine chinoise, japonaise, italienne, libanaise, et j’en passe, avaient organisé des activités caritatives. Le 26 mars, la Croix-Rouge avait déjà collecté 122 millions de dollars.

Ce jour-là, en tant que seul député d’origine haïtienne au Canada, je fus nommé coordonnateur de l’action gouvernementale auprès de la communauté haïtienne par le premier ministre Jean Charest. Nous avions formé une cellule de crise dans Saint-Michel pour être en contact avec la population et pour alimenter le gouvernement.

La cellule de crise gouvernementale était composée de la Sécurité publique, de Service Québec, d’Emploi et Solidarité sociale ainsi que d’autres intervenants. Dès le 14 janvier, par un temps glacial et dans la dignité, le Québec accueillait à l’aéroport le premier avion-cargo de sinistrés en provenance d’Haïti.

Je me souviens. Le dimanche 17 janvier, le premier ministre avait convoqué un Conseil des ministres auquel j’étais invité. Après que j’eus fait état de la situation, il demanda aux ministres leur coopération. Il avait donné le ton en accordant une aide financière à cinq organismes de coopération internationale présents en Haïti.

Je me souviens. Le ministre de la Santé et des Services sociaux avait annulé le délai de carence de la carte d’assurance maladie, alloué des intervenants sociaux, adopté une loi pour faciliter l’adoption en cours d’une centaine d’enfants.

Je me souviens. J’avais reçu un courriel d’un étudiant qui n’avait pas de nouvelles de ses parents et qui s’inquiétait de ne pouvoir payer sa rentrée scolaire. La ministre de l’Éducation avait annulé les droits de scolarité de la session d’hiver pour les étudiants haïtiens.

Je me souviens. À l’approche d’un spectacle-bénéfice, le ministre des Finances avait annoncé que tous les dons faits entre le 12 janvier et le 28 février seraient déductibles dans la déclaration de revenus de 2010 plutôt que dans celle de 2011 pour encourager les dons.

Je me souviens. La ministre de l’Immigration avait annoncé le 3 février 2010 la mesure phare du parrainage humanitaire. En utilisant l’ententeGagnon-McDougall, cette mesure élargissait la notion de famille en acceptant des soeurs, des frères et leurs enfants. Ceux-ci pouvaient être parrainés pendant cinq ans par leur famille ou par un tiers. Plus de 6000 Haïtiens avaient pu venir au Québec avec leur résidence permanente.

Je me souviens. Les partis d’opposition avaient bien accueilli tous les gestes du gouvernement.

Je me souviens enfin de cette note du premier ministre : « Je suis admiratif de ton travail et de ton dévouement. Puis-je te rappeler que nous avons suivi tes conseils et mis en place les mesures que tu nous avais recommandées ? Nous sommes tous fiers de toi et te remercions de nous avoir donné raison de te faire confiance. »

Aujourd’hui, je formule à nouveau mes remerciements aux Québécois et je souhaite que les personnes touchées aient pu retrouver la sérénité et qu’elles continuent de contribuer à notre terre d’accueil. Cette solidarité extraordinaire, je l’avais symbolisée en unissant les devises du Québec et d’Haïti : « Je me souviens, l’union fait la force. »

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