Les vœux du président Poutine pour 2020

Le président russe, Vladimir Poutine, en décembre dernier
Photo: Alexei Druzhinin Agence France-Presse Le président russe, Vladimir Poutine, en décembre dernier

En Russie orthodoxe, le Nouvel An précède Noël. Le calendrier julien, toujours privilégié par les autorités religieuses, le fixe au 7 janvier. De sorte que, entre le 24 décembre et le 1er janvier, au moment où l’Europe et les États-Unis s’adonnent aux plaisirs de la « trêve des confiseurs », la Russie est encore très active. Elle sait mettre à profit ce décalage entre les calendriers. Pour prendre l’avantage dans certains dossiers, pour rappeler ses priorités de l’année écoulée et pour préparer l’année qui commence.

Depuis quelques jours, le Kremlin adresse au monde plusieurs messages de fin d’année. Le plus humanitaire concerne l’Ukraine. Le dimanche 29 décembre, un nouvel échange de prisonniers a eu lieu entre Moscou et Kiev. La dynamique de négociation, à l’arrêt depuis 2016, est prometteuse. Depuis un premier échange de 70 prisonniers le 7 septembre dernier et la reprise des discussions en format Normandie le 10 décembre à Paris, Vladimir Poutine semble concéder au nouveau président ukrainien des marges d’action nécessaires pour préparer son opinion à des compromis sur l’est de l’Ukraine. Mais, même si les signes d’apaisement pour 2020 sont appréciables, le rappel de fin d’année est clair : la Russie ne transigera pas sur la Crimée.

Russie orthodoxe, Iran chiite et Chine taoïste et bouddhiste ont également choisi la période des Fêtes (catholiques et protestantes) pour réaliser des exercices militaires d’ampleur dans l’océan Indien du 27 au 30 décembre. En déployant conjointement leurs flottes dans cette partie de l’espace maritime, les trois États ont lancé plusieurs mises en garde pour 2020.

Premièrement, la mer d’Oman et le golfe Arabo-Persique, zones cruciales pour le trafic maritime mondial, ne sont pas des arrière-cours américaines. Deuxièmement, l’Iran sera soutenu sur les mers et au Conseil de sécurité des Nations unies par ces deux grandes puissances nucléaires, navales et diplomatiques. Pour les États-Unis, 2020 sera peut-être l’année de l’apaisement dans les relations commerciales avec la Chine. Mais elle ne sera pas celle du relâchement dans les partenariats stratégiques de la Russie avec la Chine et l’Iran.

Course aux armements

La période a aussi été choisie par la Russie pour concrétiser plusieurs projets d’armement annoncés en mars 2018 par le président russe. En particulier, la Russie a largement annoncé la mise au point du complexe Avangard, système aérien sans pilote capable de voler à une vitesse de 27 fois celle du son, de changer de cap à l’approche de sa cible et donc de transpercer les systèmes actuels de défense antiaérienne.

Comme le retrait du traité sur les forces nucléaires intermédiaires, cela remet en cause les équilibres stratégiques en Europe issus des accords d’Helsinki en 1975. Là encore, l’annonce pour 2020 est limpide : la Russie ne renoncera pas à son statut de leader dans le domaine des armements stratégiques, pour son propre usage comme dans le commerce international. Et elle poussera son avantage si elle le peut afin de rattraper le retard pris durant la période d’humiliation des années 1990-2000.

La Russie vient également de rappeler, une fois encore, le rôle central qu’elle a reconquis en Syrie et au Moyen-Orient depuis 2015. Elle donne un soutien aérien essentiel au régime d’al-Assad dans les opérations qu’il a déclenchées dans la zone d’Idlib depuis la mi-décembre. L’année sera peut-être marquée par un processus politique de sortie de guerre en Syrie, mais ce sera sous les conditions de la Russie et sous son égide.

Voici la France, les États-Unis et l’Union européenne tout particulièrement avertis pour 2020 : la tentation du nombrilisme politique peut être grande. Réforme des retraites et municipales en France, guerre commerciale et campagne électorale présidentielle aux États-Unis, mise en place de la nouvelle Commission pour l’Europe. Les cartes de voeux que vient de leur adresser le président russe sont claires : le choix d’un repli sur soi risque d’entraîner un surcroît d’activité russe dans l’est de l’Europe, au Moyen-Orient et en Asie.

1 commentaire
  • Cyril Dionne - Abonné 6 janvier 2020 10 h 51

    Pas notre problème

    La Russie est une puissance de 2e ordre. Notre Vlad l’empaleur moderne n’y peut rien. La Russie est un pays en décroissance qui peine à se tenir debout grâce à ses produits hydrocarbures et où sa population diminue à vue d’œil. Si la Russie veut continuer de s’empêtrer en Syrie, bien bon leur fasse. Cela veut dire qu’ils n’ont rien appris de leur expérience militaire en Afghanistan.

    Si l’Europe en a tellement peur, il faudrait bien qu’il commence à s’armer convenablement au lieu de courir toujours à leur grand frère américain pour leur venir en aide. Ils sont majeurs et vaccinés. En plus, ce n’est pas notre problème ou celui des Américains.