Quand Québec solidaire veut réécrire l’histoire

L'auteur croit que «Québec solidaire a sciemment saboté la dernière tentative d’ériger une coalition indépendantiste».
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir L'auteur croit que «Québec solidaire a sciemment saboté la dernière tentative d’ériger une coalition indépendantiste».

Dans Le Devoir du samedi 4 janvier 2020, un des dirigeants de Québec solidaire, André Frappier, a gauchement tenté d’exonérer son parti de tout blâme pour l’échec de la tentative, en 2017, d’unir tous les partis souverainistes québécois autour d’une même démarche vers l’indépendance.

M. Frappier était membre du Comité de coordination de QS — l’instance suprême qui dirige le parti et donne ses consignes aux « porte-parole » — au moment où les négociateurs de son parti, d’Option nationale, du Bloc québécois et du Parti québécois signaient une feuille de route commune sur le mode d’accès à l’indépendance. Les négociateurs de QS, dont le porte-parole masculin, Andrès Fontecilla, faisaient valider leurs positions par leComité de coordination de QS à chacune des étapes de la négociation, qui a duré plusieurs mois.

Ce document commun allait donner un signal important de rassemblement des souverainistes et un élan nouveau au mouvement. Dans l’hypothèse où QS ou ON remportait l’élection de 2018, ils pourraient mettre en oeuvre immédiatement les éléments de la feuille de route, conformément à leurs programmes. Dans l’hypothèse où le PQ prenait le pouvoir, il s’engageait à préparer le terrain dans un premier mandat et à faire de l’élection suivante, de 2022, le point de départ de la feuille de route, conformément à son programme.

La veille de la conférence de presse prévue pour rendre publique cette entente de principe, M. Frappier et, on le suppose, la majorité des membres du Comité de coordination ont décidé de renier l’entente et de désavouer leur porte-parole Fontecilla, qui a dû patiner ferme devant les journalistes pour expliquer ce retournement.

L’ex-cheffe syndicale de la CSN, Mme Claudette Carbonneau, qui avait coordonné les négociations au nom du Oui Québec, a commenté comme suit les explications de M. Fontecilla : « Le porte-parole d’une organisation sent le besoin de dire à la presse qu’il a mal interprété son mandat et qu’il y a “des écarts”. Écoutez, c’est pas tous les jours qu’on voit ça ! »

La porte-parole féminine de QS, Manon Massé, qui n’avait joué aucun rôle dans les négociations, a pour sa part indiqué par voie de communiqué : « nous reconnaissons qu’il y a eu un certain imbroglio dont nous devons assumer la responsabilité dans ce dossier ».

Les faits sont têtus, et le révisionnisme historique de M. Frappier n’y changera rien.

Réussir l’indépendance réclame la construction d’une coalition large qui doit réunir plus de 50 % des Québécois, d’accord sur l’idée d’avoir un pays, mais souvent en désaccord sur d’autres sujets. C’est ce qui s’appelle additionner.

L’histoire du mouvement souverainiste retiendra qu’en 1995, Jacques Parizeau du PQ, Lucien Bouchard du Bloc et Mario Dumont de l’ADQ avaient su additionner. Qu’en 2016 le PQ, Option nationale et le Bloc avaient su additionner. Mais que Québec solidaire, lui, a sciemment saboté la dernière tentative d’ériger une coalition indépendantiste.

L’auteur a publié l’an dernier Qui veut la peau du Parti québécois ?, où il relate plus en détail ces événements et il produit des balados politiques et historiques à laboitealisee.com.

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