Appel à la libération des prisonniers scientifiques

La chercheuse franco-iranienne Fariba Adelkhah
Photo: Thomas Arrive / Sciences Po / AFP La chercheuse franco-iranienne Fariba Adelkhah

Depuis plus de sept mois, les chercheurs Fariba Adelkhah et Roland Marchal sont détenus à la prison d’Evin, en Iran. C’est la prison tristement célèbre qu’ont connue les Québécoises Homa Hoodfar, incarcérée pendant trois mois en 2016, et Zahra Kazemi, qui y est morte en 2003.

Faussement accusés d’avoir porté atteinte à la sûreté de l’État, nos collègues ont été arrêtés, semble-t-il, afin de servir de monnaie d’échange dans une période de haute tension géopolitique avec l’Iran. Puisqu’ils n’ont mené aucune activité politique ou liée au renseignement dans ce pays, ce sont des prisonniers scientifiques.

Anthropologue, spécialiste réputée de la société iranienne, Fariba Adelkhah a entamé le 24 décembre une grève de la faim avec une universitaire australienne, Kylie Moore-Gilbert. Dans une lettre ouverte, elles disent se battre pour leur liberté, mais aussi pour celle des autres chercheurs emprisonnés. Sociologue, expert de l’Afrique, Roland Marchal rendait visite à Fariba Adelkhah lorsqu’il a été arrêté à l’aéroport de Téhéran.

Par la présente, nous demandons au gouvernement du Canada et aux universités québécoises et canadiennes d’appuyer les efforts internationaux visant à obtenir la libération de ces deux prisonniers scientifiques ainsi que celle de tous les universitaires, iraniens et étrangers, détenus arbitrairement en Iran.

Si le CERIUM intervient aujourd’hui de manière publique, c’est parce que Fariba Adelkhah et Roland Marchal sont tous les deux chercheurs au Centre d’études et de recherches internationales (CERI) de Sciences Po Paris, un établissement qui a servi de modèle à la création du CERIUM et avec lequel nous entretenons des liens étroits. Roland Marchal a été invité au CERIUM en 2010.

Mais en exigeant la libération de nos collègues français, nous pensons à tous les universitaires, chercheurs et intellectuels dont la liberté, et parfois la vie, est mise en danger en Iran et à travers le monde. En 2019 seulement, selon l’association Scholars at Risk, 273 universitaires ont été persécutés sur la planète : victimes de meurtre, d’atteinte à leur intégrité physique, « disparus », emprisonnés, congédiés ou subissant des restrictions à leur liberté.

La plupart de ces universitaires vivent sous des régimes autoritaires, comme l’Iran, la Chine, la Turquie ou la Russie. Certains, comme Fariba Adelkhah et Roland Marchal, y étaient de passage.

À juste titre, les chercheurs des pays démocratiques sont attachés à la liberté académique qui leur permet d’exercer leur métier, soit la production et la diffusion du savoir, en toute indépendance. C’est une liberté aussi précieuse que rare dans le monde. Mais lorsque la liberté individuelle au sens le plus simple du terme est menacée, ce sont les droits fondamentaux qui sont en jeu. Ceux-ci, on l’oublie parfois, sont universels.

*La liste complète des signataires:

Le comité de direction du CERIUM

Magdalena Dembinska, science politique

Frédéric Mérand, science politique

Cynthia Milton, histoire

Chercheurs et chercheuses du CERIUM

Valérie Amiraux, sociologie

Vincent Arel-Bundock, science politique

Guillermo Aureano, science politique

Karine Bates, anthropologie

Karim Benyekhlef, droit

Ryoa Chung, philosophie

Jocelyn Coulon

Régis Coursin, sociologie

Peter Dietsch, philosophie

Graciela Ducatenzeiler, science politique

Pascale Dufour, science politique

Gabriel Fauveaud, géographie

Michel Fortmann, science politique

Marion Frogier, études cinématographiques

Mamoudou Gazibo, science politique

Jean-François Gagné, science politique

David Grondin, communication

Solange Lefebvre, études religieuses

Patricia Martin, géographie

Maria Martin de Almagro, science politique

Theodore McLauchlin, science politique

David Meren, histoire

Laurence Monnais, histoire

Eric Montpetit, science politique

Martin Papillon, science politique

George Ross, science politique

Christine Rothmayr, science politique

Denis Saint-Martin, science politique

Alain Saulnier, communication

Guillaume Sauvé, science politique

Adrien Savolle, anthropologie

Lee Seymour, science politique

Michèle Stanton-Jean, CRDP

Samuel Tanner, criminologie

Jean-Philippe Thérien, science politique

Simon Thibault, science politique

Marie-Joëlle Zahar, science politique

2 commentaires
  • Claude Gélinas - Abonné 4 janvier 2020 11 h 27

    Honte à l'Iran !

    Vivement la libération de ces scientifiques de haut niveau qui n'ont rien à faire en pression sauf servir de monnaies d'échanges.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 4 janvier 2020 14 h 36

    Madame Zahra Kazemi, violée par ses geôliers iraniens et assassinée en détention le crâne défoncée à coups de garcette




    La journaliste canadienne Zahra Kazemi (1948 - 2003) a été assassinée en prison à Téhéran par les autorités iraniennes.

    Ce crime à ce jour est couvert par le gouvernement iranien.