Grève chez Swissport: si rien ne change, ce ne sera pas la dernière fois

La grève, qui a débuté le 31 décembre, touche Swissport Fueling Services, une entreprise qui effectue de la sous-traitance aux aéroports Montréal-Trudeau et Mirabel.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne La grève, qui a débuté le 31 décembre, touche Swissport Fueling Services, une entreprise qui effectue de la sous-traitance aux aéroports Montréal-Trudeau et Mirabel.

Avec la grève des employés de Swissport, chargés du ravitaillement des avions aux aéroports Pierre-Elliott-Trudeau et Mirabel, il est temps que la population comprenne un peu mieux la réalité de ces travailleurs qui y gagnent leur vie. Depuis quelques années, on assiste à une dégradation des conditions de travail. Cette détérioration est accompagnée d’une augmentation des responsabilités, de la charge de travail et des risques d’accident.

Par exemple, que ce soit sous des températures de moins 30 ou de 30 degrés, lors d’une tempête de neige ou d’un orage, les gens qui ravitaillent les avions à Montréal-Trudeau doivent manipuler seuls de l’équipement lourd et assurer la livraison de milliers de tonnes de carburant dans un environnement bruyant, stressant et dangereux, tout ça pour un salaire d’environ 16 $ l’heure.

Le conflit actuel n’est que la pointe de l’iceberg. Si rien n’est fait pour corriger la situation, la grève et les moyens de pression risquent de devenir les seules façons de se faire entendre pour les travailleurs des aéroports canadiens.

Pour éviter que les employeurs mal intentionnés puissent faire passer le profit avant les êtres humains, nous avons demandé à plusieurs reprises au gouvernement canadien de colmater les trous dans le Code du travail canadien. Malheureusement, rien n’a été fait.

Pour avoir pleine autorité sur les conditions et l’environnement de travail des aéroports canadiens, plusieurs transporteurs et gestionnaires d’aéroports ont recours au « contract flipping ». Le contract flipping consiste à relancer un processus d’appel d’offres afin de trouver un plus bas soumissionnaire dans l’objectif de baisser les coûts et d’augmenter les profits. Lors d’un changement de contrat, les travailleurs perdent leur emploi, leur ancienneté et leur régime de retraite. S’ils veulent ravoir leur emploi, c’est habituellement au prix de reculs importants dans leurs conditions de travail et leurs conditions de vie.

Injustice

Dans le cas qui nous intéresse, lorsque le contrat de service est passé aux mains de Swissport Fueling Services, on s’est retrouvés avec un nouvel employeur qui refusait d’embaucher aux mêmes conditions des gens d’expérience. Il leur offrait même dans certains cas le salaire minimum, ou à peine plus.

Imaginez un instant : ça fait 25 ans que vous travaillez pour un employeur, vous y avez développé vos connaissances et fait progresser vos conditions de travail pendant tout ce temps. Un bon matin, votre employeur vous avise qu’il a perdu le contrat de service et qu’à compter du lundi suivant, c’est une autre entreprise qui assurera le service. Vous apprenez ensuite que vous pouvez postuler pour le même emploi auprès de l’entreprise qui a obtenu le contrat, un emploi qui comporte les mêmes responsabilités, le même nombre d’heures, les mêmes équipements, où c’est seulement le nom de l’entreprise qui change.

Sauf que, lorsque vous postulez pour ce nouvel emploi, faire le même boulot ne vaut plus 24 $ l’heure, mais 13 $ l’heure. Vous n’avez plus cinq semaines de vacances, mais deux semaines. Il n’y a plus de régime de retraite, votre couverture d’assurance collective ne couvre presque rien et, finalement, le nouvel employeur n’a pas l’obligation de vous embaucher car vous n’êtes plus syndiqué. Donc, si ça ne fait pas votre affaire, dégagez !

Cette façon de faire injuste et irrespectueuse n’a pas sa place dans nos aéroports. Elle détériore des conditions de travail et finit par briser des vies. Elle nuit également à la qualité, à l’efficacité et à la sécurité des services offerts dans nos aéroports. Si rien ne change, le contract flipping ne fera que générer de plus en plus de conflits et de perturbations dans le transport aérien au Canada.

La faute n’incombe pas aux travailleurs ou à leur syndicat. La faute incombe au gouvernement canadien, qui refuse de corriger les lois qui permettent à des entreprises d’abuser de leurs employés et qui cultivent la colère des travailleurs. En ce moment, seuls les transporteurs aériens et les gestionnaires profitent de ce genre de pratique.

Notre position est qu’il devrait y avoir une transmission des droits des travailleurs et de la convention collective lors du passage d’un contrat d’un employeur à un autre. Les soumissionnaires de contrats devraient en tenir compte lorsqu’ils participent à un appel d’offres. Les travailleurs devraient pouvoir maintenir leurs conditions de base et ne pas repartir de zéro dans leurs négociations. Si rien n’est fait, nos aéroports vont devenir une fabrique d’emplois précaires.

Les voyageurs ont le droit de savoir.


 
6 commentaires
  • Mathieu Lacoste - Inscrit 3 janvier 2020 09 h 03

    « des machinistes et des travailleurs des aéroports Montréal-Trudeau et Mirabel »



    … Qui, au vu de la photographie qui couronne cette lettre, vivent chez nous en anglais.

    • Claude Gélinas - Abonné 3 janvier 2020 12 h 32

      Important à signaler toutes ces pancartes en anglais de travailleurs qui sauf erreur sont obligés de travailler dans cette langue. Par contre, il faut déoncer ce capitalisme sauvage.

  • Gilles Fontaine - Abonné 3 janvier 2020 09 h 51

    Comme pour les retraites

    Bon texte. Il explique toute la problématique de la vente/rachat d'une entreprise. TOUTEFOIS, la FTQ-CSN devraient se garder un peu de gêne. Vous êtes complice du recul important des rentes de retraite des employés du Groupe Capital Média. Comment avez-vous osé exiger une clause de non poursuite des ex-travailleurs ? En somme faites ce que nous exigeons du gouvernement, mais nous, on s'en lave les mains.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 3 janvier 2020 18 h 37

      "Comment avez-vous osé exiger une clause de non poursuite des ex-travailleurs ? "

      Mais comment osent-ils poursuivre leur ancien syndicat quand ceux-ci font leur possible pour faire survivre les emplois qui sont sur le point de disparaitre ?

      Et dans la pratique, que vaux donc un régime de retraite a prestations déterminés qui compte systématiquement sur l'entreprise pour renflouer les manques de fonds alors que l'entreprise en question est sur le point de disparaitre ?

      Ici la relance de ces journaux repose sur un refinancement de l'ordre de 25-30 millions$.

      Vous voudriez y ajouter quelques 65 millions$ de déficit actuariel ?

  • Raynald Rouette - Abonné 3 janvier 2020 10 h 40

    L’esclavage de retour au Québec

    Est en chute libre, tout ce qui a été construit et acquis par les syndicats pour de meilleures conditions de travail depuis la 2ème guerre mondiale. Il n'y a qu'à observer comment les choses se déroulent depuis l'avènement de la mondialisation...

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 3 janvier 2020 13 h 21

    « Important à signaler toutes ces pancartes en anglais de travailleurs qui sauf erreur sont obligés de travailler dans cette langue.» (Claude Gélinas)


    ... Donc, le syndicat les contraindrait à manifester en anglais...

    Blague à part, loin de susciter la sympathie, de manifester de la sorte en anglais à Montréal est plutôt méprisant pour la majorité.