Groupe Capitales Médias: le silence de la CSN sur les régimes de retraite

La faillite de GCM risque d’amputer de 30% les rentes de 950 employés retraités.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir La faillite de GCM risque d’amputer de 30% les rentes de 950 employés retraités.

Monsieur Jacques Létourneau, président de la Confédération des syndicats nationaux (CSN)

Nous prenons acte de l’appui public de la centrale syndicale à notre cause tel qu’exprimé dans le communiqué diffusé le 11 décembre, en marge de la manifestation des retraités du Groupe Capitales Médias (CGM) devant le siège social de Power Corporation du Canada.

À juste titre, vous dénoncez la vente de GCM à Martin Cauchon en 2015 qui a été une « transaction immorale aux conséquences dévastatrices » pour les retraités. Ces anciens travailleurs « sont les victimes d’une transaction qui aura comme résultat d’amputer une portion importante de leurs rentes », peut-on lire dans le communiqué.

Nous remercions aussi la Fédération nationale des communications d’avoir accepté d’assumer le coût de location des autocars partant de Québec pour la manifestation.

Toutefois, nous aurions aimé que la CSN et la FNC soient représentées lors de la manifestation devant le siège social de Power. Nous nous expliquons mal cette absence. Unifor (FTQ) avait des représentants sur les lieux. De plus, nous ne comprenons pas pourquoi le communiqué du 11 décembre ne fait pas mention de la manifestation devant le siège social de Power Corporation.

Dans le même ordre d’idées, nous n’arrivons pas à saisir ce qui a poussé la centrale à ne pas nous fournir les services d’experts et d’avocats depuis que le Groupe Capitales Médias a été placé sous la Loi sur la faillite et l’insolvabilité, puis sous la Loi sur les arrangements des créanciers des compagnies.

À certains moments, on avait le sentiment que la CSN se préoccupait plus de sauver des emplois de cadres dans les journaux avec les coopératives que d’aider des retraités qui ont été membres de la centrale syndicale pendant de nombreuses années.

Au cours des dernières semaines, nous avons demandé à vous rencontrer à deux reprises. La dernière réponse que nous avons reçue a été de nous rencontrer une fois la terminaison des régimes de retraite confirmée, avec comme conséquence une coupe des rentes de 30 % et, possiblement, une fois que le tribunal nous aura enlevé toutes possibilités de recours juridiques.

Dernièrement, nous avons demandé d’avoir deux observateurs aux négociations entre les syndicats et le syndic (ou les coops pilotées par la CSN). Cela nous a été refusé. Incidemment, ces supposées négociations n’ont rien donné aux retraités. Une rencontre avec vous nous aurait permis d’éclaircir certains points.

Pourquoi la CSN ne nous a-t-elle pas prévenus des problèmes aux régimes de retraite reliés à la transaction en 2015 avec Martin Cauchon ? Si on savait à ce moment qu’il y avait des évidences que M. Cauchon ne pourrait assumer le paiement du déficit en cas de faillite ou de fermeture, pourquoi ne pas l’avoir dit publiquement à ce moment et surtout, pourquoi ne pas avoir informé les membres des syndicats ?

Le silence de la CSN a fait en sorte que des employés ont accepté de partir en préretraite sans savoir que leurs rentes risquaient d’être réduites. Des retraités ont pris des engagements en toute confiance, se disant que leurs rentes étaient assurées alors qu’elles ne l’étaient pas.

Par ailleurs, un ou des représentants syndicaux laissent entendre que le refus des associations de retraités d’accepter la coupe de 30 % des rentes fera tomber les coopératives. En soi, c’est tout à fait illogique. C’est comme si la CSN prenait en otages les employés des journaux pour forcer les retraités à renoncer à leur droit de poursuites.

Un tel chantage est indécent, voire honteux de la part de la CSN. Québecor aurait fait la moitié de telles menaces que la CSN l’aurait dénoncée vivement sur la place publique. Nous vous rappelons, en outre, que les retraités de la White Birch ont pu poursuivre le syndicat Unifor et que l’usine de Québec est toujours en production.

La plupart des membres des comités de direction des associations de retraités sont d’anciens officiers syndicaux qui ont milité pendant plusieurs années. Ils ne se reconnaissent plus dans la CSN d’aujourd’hui.

En terminant, nous vous invitons à appuyer le premier ministre François Legault, qui a entrouvert la porte la semaine dernière à la mise en place d’un programme d’assurances rentes pour les retraités victimes d’une faillite ou d’une fermeture.

En Ontario, un tel programme existe depuis près de 40 ans. Cela nous apparaît être une solution intéressante dans la mesure où le programme est rétroactif à notre situation. Il permettra d’éviter de nombreux autres drames au cours des prochaines années.

Le Réseau FADOQ, qui compte 535 000 membres, appuie un tel programme d’assurances. La semaine dernière, l’Association des retraitées et des retraités de l’éducation du Québec (CSQ) a également donné son appui à la lutte que nous menons et à la mise en place de protections pour les rentes des retraités en cas de faillite ou de fermeture.

Il n’y a aucun consensus social pour couper les rentes des retraités, qu’ils soient du secteur privé ou du secteur public.

6 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 18 décembre 2019 07 h 52

    Les syndicats

    Depuis quand les syndicats travaillent pour leurs ex-membres? Lorsque vous ne payez plus de cotisations, à leurs yeux, vous cesser d’exister. Ils sont aussi avides pour l’argent et le pouvoir qui vient avec que ceux qu’ils disent combattre.

    Ceci me rappelle la grève des travailleurs du CN et leur syndicat, les Teamsters, qui ont pris en otage les fermiers québécois lors de la pénurie de propane récemment. Le syndicat des Teamsters est connu pour son histoire de corruption et d’implication dans le crime organisé, surnommé le « Pacte du diable ». En 1986, la Commission présidentielle américaine sur le crime organisé avait signalé que les dirigeants des Teamsters « étaient fermement sous l'influence du crime organisé depuis les années 1950 » et a accusé le président général des Teamsters, Jackie Presser, d'avoir utilisé la violence pour contrôler les opposants aux dirigeants syndicaux.

    Alors, vous êtes surpris que la CSN ne vole pas à votre secours? Ils sont bien plus pressés à protéger les emplois de ceux qui travaillent et qui paient des cotisations que de ceux qui en ont payé toute leur vie active au sein de ce syndicat. Ne soyez pas surpris si les représentants syndicaux vous laissent entendre que le refus des associations de retraités d’accepter la coupe de 30 % des rentes fera tomber les coopératives. Les prises d’otages, eux, ils connaissent ça.

    • Bernard Dupuis - Abonné 18 décembre 2019 11 h 46

      Il me semble que cela fait longtemps que je n’ai pas lu un tel commentaire antisyndical depuis longtemps au Québec.

      Le commentaire se base à plusieurs reprises sur des faussetés. Dire que lorsque vous ne payez plus de cotisations à la CSN, vous cessez d’exister. Les auteurs du texte ci-dessus, beaucoup plus nuancés, reconnaissent que la Fédération nationale des communications n’a pas complètement oublié l’existence des retraités du Groupe Capitales Média puisque celle-ci a assumé le coût des autocars relatif à une manifestation. Il est donc exagéré de dire que les retraités ont cessé d’exister.

      En ce qui concerne la grève des travailleurs du CN, on en profite pour appeler la période peu reluisante où quelques dirigeants des Teamsters étaient « sous l’influence du crime organisé ». Ces événements, bien que très graves, ne suffisent pas pour diaboliser à tout jamais les syndicats.

      Toutefois, pas de remarques sur les dirigeants de Capitales Médias et du CN qui sont les principaux responsables de la perte des régimes de retraite et de la grève au CN sauf pour dire que les syndicats sont aussi avides d’argent et de pouvoir que Power Corporation du Canada et le CN. Voilà que les syndicats sont des organisations de travailleurs comparables à des entreprises milliardaires. Il ne faut tout de même pas faire de la CSN une odieuse organisation capitaliste.

      Enfin, on ne va pas jusqu’à traiter les syndicats de « nazis », mais on les compare encore à d'impitoyables criminels en disant « Les prises d’otages, eux, ils connaissent ça ». C’est une autre attaque extrêmement exagérée qui nous place sur la pente glissante de l’absence de toute nuance.

      Si les syndicats ont fait des erreurs et ne nous donnent pas tout ce que l’on veut, est-ce une raison pour les dépeindre tout en noir comme on le fait dans ce commentaire à l'emporte-pièce. Sans la CSN, dans quel état de soumission et de misère se trouveraient encore aujourd'ui les travailleurs québéoiis?

    • Bernard Dupuis - Abonné 18 décembre 2019 11 h 55

      Il aurait fallu écrire "... les travailleurs québécois?"

  • Raynald Rouette - Abonné 18 décembre 2019 16 h 56

    La CSN n’est pas à blâmer


    Plutôt tous ceux et celles qui n'ont dit mots à partir du moment que La Presse a cessé d'imprimer. Tant à l'interne qu'à l'externe. Les lumières rouges clignotantes avec sirènes auraient dû apparaître lors de la transformation en OSBL de La Presse sans les journaux régionaux et la transaction avec Martin Cauchon.

    Encore là, il semble que la politique de l'autruche et l'omerta dans le milieux des médias faisaient l'affaire de tous. Aujourd'hui le réveil est brutal. La CSN n'a rien à voir avec la situation actuelle, ni le gouvernement actuel, ni les organismes à qui il est demandé de s'impliquer financièrement dans cette nouvelle aventure qui est plus que risquée pour ne pas dire autre chose... Il faut demander des comptes aux anciens propriétaires et aux représentants des gouvernements de l'époque. Les manœuvres plus que discutables ne proviennent pas de la CSN. Il est trop facile de blâmer celle-ci. Parmi les retraités de ces journaux, y'a t'il des journalistes d'enquêtes encore capables de faire un travail de recherches et pourquoi sont-ils demeurés silencieux dans ces dossiers durant tout ce temps? Les réponses aux diverses questions soulevées sont-elles encore accessibles et disponibles...? Encore aujourd'hui, il y a beaucoup de non-dits dans l'air...

    • Raynald Rouette - Abonné 19 décembre 2019 16 h 25


      J'ajouterai sans me tromper, que la CSN n'a jamais eu accès aux états financiers de tous les anciens propriétaires de GCM...?

      De plus, avec les derniers développements et la remise en cause des quittances par le juge ainsi que les retraités, voilà l'occasion et les motifs pour faire avorter le projet de relance de ces journaux...!

  • Joane Hurens - Abonné 19 décembre 2019 11 h 03

    Martin Cauchon: le pivot

    La famille Desmarais voulait se défaire discrètement et en douceur de ses obligations envers les travailleurs et les retraités de ses journaux. Abracadabra! Et le tout est « vendu » à Martin Cauchon, ex-ministre libéral, proche de Chretien, qui a toujours été très proche des Desmarais. Mais qui a financé Cauchon qui ne possède pas de fortune personnelle?
    Il est tentant de croire que Martin Cauchon n’aura été qu’un prête-nom pour liquider en sous-main et à petit prix l’empire médiatique de la famille.
    Et tout ça serait légal, je suppose.
    Et comme c’est laid. Pas mal plus laid que les concerts, les pavillons et expositions de musée que la famille Desmarais parraine «généreusement » à coup de millions, certains de ces millions dont on connaît maintenant l’origine.
    C’est curieux mais tout à coup, le Musée des Beaux-Arts m’apparaît moins beau.
    On le savait depuis longtemps, les très riches aiment se péter les bretelles, avec l’argent des autres, avec goût si possible.
    Les Desmarais devraient poser un geste significatif envers ces retraités en injectant les millions nécessaires pour corriger une grande injustice. Le mécénat contribue au standing d’un nom prestigieux mais une réputation d’exploiteur pourrait l’entacher irrémédiablement.