Projet Royalmount: un manque de planification

«Sans nouveaux pouvoirs et sans urbanisme commercial, les nouveaux développements commerciaux continueront à se développer comme le Royalmount», affirme l'auteur.
Photo: Carbonleo «Sans nouveaux pouvoirs et sans urbanisme commercial, les nouveaux développements commerciaux continueront à se développer comme le Royalmount», affirme l'auteur.

La mairesse de Montréal reconnaissait récemment que son pouvoir d’intervenir sur le projet Royalmount était restreint. Je partage malheureusement cet avis. Toutefois, il est de son devoir de réclamer de nouveaux pouvoirs auprès du gouvernement du Québec afin de s’assurer qu’une telle situation ne se reproduise pas.

Dans son rapport de février dernier, la commission sur le développement économique et urbain de l’agglomération de Montréal avait d’ailleurs demandé des modifications législatives au gouvernement du Québec « afin de prévoir l’ajout d’un nouvel outil urbanistique visant à assurer la cohésion de tout développement d’envergure régionale, avec les objectifs inscrits au Schéma d’aménagement et de développement de Montréal » en lien avec les consultations sur le Royalmount. Ce nouvel outil, à mon avis, ce devra être l’urbanisme commercial.

Urbanisme commercial

D’un point de vue législatif, l’urbanisme commercial renvoie à l’encadrement des développements commerciaux par les pouvoirs publics. Le but ici est de mieux arrimer l’activité commerciale avec les autres composantes de la ville (habitations, bureaux, institution, etc.). Cet outil sert également à trouver un équilibre entre l’offre et la demande commerciale, ce qui veut dire que la croissance du développement commercial doit se faire au même rythme que la croissance de la population.

Une étude du groupe Altus en 2009 estimait les besoins commerciaux pour l’ensemble de l’île de Montréal à un peu plus de 1,8 million de pieds carrés pour la période 2016-2021. C’est donc dire que le Royalmount, avec ses 1,3 million de pieds carrés d’espaces commerciaux, viendrait accaparer à lui seul la quasi-entièreté de la demande commerciale de l’ensemble des Montréalais, et ce, pour une période de 5 ans.

L’offre commerciale doit également se diffuser dans des endroits qui le justifient. Or, le Royalmount ajoutera plus d’un million de pieds carrés de surfaces commerciales dans un secteur qui en compte déjà 4 millions (Marché Central, Rockland, Place Vertu, etc.) Le problème, c’est qu’il ne répondra pas à une nouvelle demande commerciale. Il va plutôt chercher à faire ces gains au détriment de ces concurrents.

Le cas français

À cet égard, la France est un bon modèle à suivre en matière d’urbanisme commercial. En effet, ces derniers ont créé un Schéma de développement commercial (SDC), un document qui rassemble des objectifs clairs en matière d’aménagement commercial (densification, transport, qualité environnementale, etc.), tout en délimitant des zones pour le développement commercial à l’échelle métropolitaine.

Afin de veiller au respect de ces critères, la France a créé les commissions départementales d’aménagement commercial (CDAC), une entité qui est responsable d’analyser et de réviser tous les projets commerciaux de plus de 20 000 pieds carrés sur son territoire, ce qui correspond à la taille moyenne d’un Walmart. Ces documents de planification sont donc directement opposables aux projets commerciaux, ce qui n’est malheureusement pas le cas au Québec.

Seule la réglementation actuellement permet d’encadrer les développements commerciaux, mais comme nous avons pu le voir avec le Royalmount, ces pouvoirs sont limités et sont détenus par la ville de Mont-Royal. Montréal ne peut donc pas intervenir actuellement dans ce projet, malgré le fait que les répercussions se feront sentir sur l’ensemble de son territoire.

Sans nouveaux pouvoirs et sans urbanisme commercial, les nouveaux développements commerciaux continueront malheureusement à se développer dans la même voie que le Royalmount.
 



Une version précédente de ce texte, qui identifait l'auteur comme chargé de développement à Atelier Habitation Montréal, a été modifiée.

 

6 commentaires
  • Jacques Pellerin - Abonné 17 décembre 2019 05 h 55

    Un succès annoncé?

    Je crois que ceux qui ont planifié ce centre commercial ne fréquentent pas cet endroit.

    Traverser cette intersection demande facilement 1/2 heure, ect ce meme la fin de semaine, car tout est bloqué de Cavendish (quand vous venez de l'ouest pour prendre le rond-point de Cote de Liesse) , Saint Louis (quand vous venez du nord, par Marcel Laurin ou Décarie), ou Décarie (quand vous venez de l'est par la locale).

    Rajouter un centre commercial dans ce contexte ajoutera facilement 1/2 heure de plus au bouchon....

    Cette dynamique va durer un certain temps...le temps que les clients potentiels apprennent a éviter cet endroit...qui devrait fermer assez rapidement par la suite

    A moins que le plan de Ville Mont-Royal et Cote-St-Luc soit de construire des viaducs, et de débloquer Cavendish pour sauver la mise.

  • Brigitte Garneau - Abonnée 17 décembre 2019 07 h 10

    Que de gaspillage!

    Vraiment, au propre comme au figuré! Ville Mont-Royal semble tout droit sortie du temps des dinosaures et c'est Montréal qui devra se taper les effets secondaires...alors que le commerce en ligne prend de l'ampleur et que la construction de bâtiments commerciaux semble complètement désuète. Cherchez l'erreur! Alors qu'il faut désengorger la circulation, moins de véhicules, plus de transports en commun. Alors qu'il faut penser à réduire sa consommation pour...PROTÉGER L'ENVIRONNEMENT! Comme dans Astérix: Les Dieux sont tombés sur la tête. Ou encore comme dirait l'autre: On n'arrête pas le progrès! Misère...

  • Patrice Soucy - Abonné 17 décembre 2019 08 h 04

    Le choix de Legault

    Quebec a l’obligation d’intervenir. Les municipalités sont ses créatures et s’il n’y avait pas eu de recul de Charest sur la fusion on n’en serait pas là.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 17 décembre 2019 08 h 51

    Une île, une ville

    Avec une seule municipalité sur l'île de Montréal, il serait beaucoup plus malaisé de créer des absurdités comme Royalmount.

    La Coalition avenir Québec doit réanimer le projet de fusionner toutes les villes de l'île de Montréal en une seule. Si le Parti libéral n'avait pas pris le pouvoir en 2003, ce serait réglé aujourd'hui.

    Politiquement parlant, la CAQ n'aurait rien à perdre sur l'île de Montréal. Les résidents des petites villes qui tiennent à leur indépendance ne votent pas pour elle de toute façon. Par contre, dans le reste du Québec, cette décision pourrait être payante, Montréal étant perçue comme une enclave.

  • François Beaulé - Inscrit 17 décembre 2019 09 h 03

    Le gouvernement du Québec a le pouvoir de définir les limites des villes

    N'eût été des « défusions » permises par Jean Charest, qui reconnaît aujourd'hui son erreur, les terrains du projet Royalmount auraient fait partie de la Ville de Montréal. Ces terrains sont situés en périphérie de Ville Mont-Royal, à bonne distance de sa zone résidentielle. Les nuisances causées par ce développement commercial affecteront Montréal alors que la majeure partie des revenus fonciers appartiendront à VMR. C'est injuste. Le gouvernement pourrait redéfinir les limites des villes pour inclure ces terrains dans la Ville de Montréal.