David contre Publisac

Transcontinental, propriétaire du Publisac, utilise toutes les tribunes possibles pour influencer les décideurs, dont la mairesse Valérie Plante.
Photo: Josie Desmarais iStock Transcontinental, propriétaire du Publisac, utilise toutes les tribunes possibles pour influencer les décideurs, dont la mairesse Valérie Plante.

Je me soucie depuis longtemps de l’impact de nos choix collectifs sur l’environnement et je compte parmi le nombre croissant de citoyens qui souhaitent secouer le statu quo et agir concrètement pour transformer nos façons de faire. J’ai participé activement à la consultation publique sur le contrôle des circulaires, réalisée par la Commission sur l’eau, l’environnement, le développement durable et les grands parcs de la Ville de Montréal. Cette consultation est le fruit d’un travail titanesque réalisé à l’initiative de Charles Montpetit, qui après deux ans de travail a soumis à la Ville la pétition de 16 000 signatures requise pour en forcer la tenue. Plus de 40 mémoires ont été présentés sur place par des organismes et des citoyens, dont le mien, et 53 mémoires et 870 avis ont été transmis aux commissaires hors séance. Des milliers de citoyens de partout au Québec dénoncent cette pratique, désastreuse pour l’environnement.

La semaine dernière, la Commission a remis son rapport et recommande la mise en place d’un système par inscription (opt in) faisant en sorte que seules les résidences ayant apposé un autocollant à cet effet recevront le Publisac. Voilà une décision pleine de sens.

Depuis lors, Transcontinental, propriétaire du Publisac, utilise toutes les tribunes possibles pour influencer les décideurs, dont la mairesse Valérie Plante, à qui les dirigeants du géant des médias adressent des menaces de poursuite à peine voilées devant la presse, afin qu’elle ne donne pas suite aux recommandations et qu’elle maintienne le statu quo. Tout y passe, de ces menaces à la fermeture massive des journaux locaux, en passant par les pertes d’emplois et la survie même des familles à faibles revenus.

Nous sommes collectivement sensibles à ces enjeux. De nombreuses recommandations sont d’ailleurs faites en ce sens par les commissaires responsables du dossier. Il existe des manières de contourner certaines problématiques et d’atténuer l’impact de cette transition devenue nécessaire pour la planète. En matière d’environnement, nous avons tous des efforts et des deuils à faire, même Transcontinental.

Des circulaires numériques sont déjà en place et plus de 94 % des ménages ont présentement accès à Internet. Quant aux journaux locaux, plusieurs ont déjà effectué une transition heureuse, hors Publisac ou numérique, et de nombreux autres utilisent déjà des canaux de distribution alternatifs. Des solutions existent, probantes, pérennes. Il est faux et démagogique de la part de Transcontinental de prétendre le contraire. La vérité, c’est plutôt que 5 % des revenus de l’entreprise sont en jeu.

Le canari dans la mine

Ce litige entre choix écologique et choix économique est, à l’aube de nécessaires changements dans l’exploitation de nos ressources, comme le canari dans la mine. Les mesures nécessaires à la sauvegarde de notre environnement auront un impact important sur nos habitudes. Il faut l’accepter et agir. Si de telles initiatives transformatrices sont empoisonnées par les lobbies, comment pourrons-nous mettre en place les mesures de l’avenir ? Le combat s’annonce long si l’on pense qu’on ne parle ici que de limiter la distribution inutile et polluante de simples circulaires publicitaires. Qui plus est pour des gens qui, dans une très large proportion, n’en veulent pas. N’en déplaise aux dirigeants de Transcontinental, selon l’Institut économique de Montréal, à peine 25 % des citoyens feront l’effort d’appeler pour demander à recevoir le Publisac (une proportion qui pourrait atteindre 35 à 40 % dans certaines régions plus éloignées). Comment plaider en faveur d’une distribution massive et indifférenciée devant un tel constat ?

Le Publisac, c’est plus de 182 millions de sacs en plastique et 100 000 tonnes de déchets par an. Ces sacs feraient 2,5 fois le tour de la Terre ou couvriraient 497 stades olympiques chaque année. Leur volume est si grand qu’il représente 11 % de tout ce qui entre dans les centres de tri québécois, soit un neuvième du problème à régler ! Ils sont recyclables, certes, mais pour l’être, le sac doit être séparé de son contenu, sinon, hop ! à l’enfouissement, ce qui arrive dans près de la moitié des cas.

Il est temps que ça cesse.

Transcontinental doit respecter la décision prise par les élus choisis démocratiquement pour nous représenter. Elle doit cesser de recourir au chantage et à l’intimidation et plutôt faire partie de la solution, en travaillant avec la collectivité plutôt que contre elle, pour effectuer une transition harmonieuse vers un nouveau mode de distribution plus respectueux des Québécois et des Montréalais, de leurs valeurs et de leur environnement.

Quant à nous, citoyens, il est de notre devoir de soutenir nos élus dans leur prise de décision et de les encourager à mener ce difficile combat pour notre avenir commun.

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6 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 13 décembre 2019 08 h 48

    Bravo !

    Je l'utilise pour l'alimentation mais je pourrrais le faire par internet. 100% d'acord pour le ''opt-in''.

  • Denis Drapeau - Abonné 13 décembre 2019 08 h 56

    Excellent texte, merci.

  • Gilles Théberge - Abonné 13 décembre 2019 09 h 35

    Je suis parfaitement d'accord avec ce point de vue. Depuis des années je me demande bien à quoi sert cette distribution pour ne pas dire ce gaspillage de papier de toutes sortes à chaque semaine dans ma boite aux lettres.

    Chaque semaine je remet intégralement cette publicité dans la poubelle de récupération, en me demandant à quoi ça sert tout ca? Sinon essentiellement à remplir les camions de ramassage de récupération...!

    On manque cruellement de travailleurs au Québec. Voilà une bonne occasion de trouver de l'emploi utile.

  • Robert Morin - Abonné 13 décembre 2019 11 h 39

    La paille et la poutre...

    Je veux bien que l'on s'attaque au Publisac, une croisade bien facile pour ceux et celles qui veulent se donner bonne conscience. Moi aussi j'ai longtemps déploré ce sac de plastique et tous ces dépliants papier. Mais avec du recul, et ayant pu constater à quel point c'est un outil directement lié aux commerces de proximité et aux besoins des moins bien nantis, j'ai revu ma position.

    Par exemple, les opposants et opposantes au Publisac ont-ils recours aux achats en ligne (p. ex. Amazon), ou, pire, aux services d'épicerie en ligne? Si oui, je leur recommande d'aller lire les récents reportages sur l'empilade de camions remorques qui s'agglutinent actuellement dans les stationnements de Postes Canada. Qui calcule l'impact gigantesque de tout ce transport (souvent aller et retour, car un fort pourcentage de ces produits achetés en ligne sont retournés à l'expéditeur «sans frais», mais pas sans impact... pas la bonne taille, pas la bonne couleur, etc.) Et puis, tous ces colis achetés en ligne sont suremballés de plastique, pour éviter les bris durant le transport. Vraiment beaucoup plus qu'un simple sac de plastique de type «Publisac», n'est-ce pas? Et puis le Publisac fat la promotion des commerces de proximité, alors que c'est tout le contraire dans le cas d'Amazon et des autres distributeurs en ligne. Finalement, à ceux qui invoquent comme solution de rechange les applications spécialisées dans les «spéciaux de la semaine» sur Internet, je vous demande comment vous faites pour tolérer un tel capharnaüm, tout ce déluge de promotions et de publicités non sollicitées? Moi, ça me lève le coeur...

    Alors à bons entendeurs, salut, et regradez ce qui se passe dans votre cour avant de vous donner bonne conscience en vous attaquant à des têtes de turc comme le Publisac ou encore la fameuse croisade futile contre les pailles de plastique, certes nuisibles à l'environnement, mais si dérisoires. Cessons de frapper à côté du clou et de prendre des vessies pour des lanternes.

  • Robert Tamilia - Inscrit 13 décembre 2019 15 h 38

    Robert Tamilia

    Selon l'argument, Publisac nuit trop à l'environnement. Alors quoi dire des centaines de millions d'autres d'articles achetés comme les revues, livres, les reçus, le vin, boites de céréales, boites en conserve, boites de pizza, le lait, yogourt, etc. etc. Tous ces articles résultent en des "déchets". Tout ce qui est consommé à de tels effets. Donc on devrait consommer seulement selon des lois ou des restrictions gouvernementales ?