Bilan d’une première campagne électorale

«Le débat revient couramment dans l’actualité, mais, faute de changement, le message mérite d’être martelé à nouveau: il faut une réforme du mode de scrutin», écrit Chu Anh Pham.
Photo: Justin Tang La Presse canadienne «Le débat revient couramment dans l’actualité, mais, faute de changement, le message mérite d’être martelé à nouveau: il faut une réforme du mode de scrutin», écrit Chu Anh Pham.

On a beau suivre la politique dans les médias, s’impliquer pour une première fois est un défi de taille. Des pratiques courantes pour les vieux routiers peuvent être déstabilisantes pour des non-initiés, mais méritent quand même d’être remises en question. Voici quelques exemples.

L’élection fédérale de 2019 a été la première où les partis politiques n’ont bénéficié d’aucun financement public. Jadis, chaque vote permettait à un parti d’obtenir 2 $ en financement pour la prochaine élection. Ce versement a été aboli par les conservateurs, et les libéraux ont refusé de le rétablir. Désormais, la totalité des campagnes (publicités, pancartes, autobus, locaux, avion, etc.) doit être financée par des dons de citoyens.

Crédit d’impôt

Les donateurs bénéficient d’un crédit d’impôt qui existe depuis de nombreuses années. La Chaire en fiscalité et en finances publiques (CFFP) estime la dépense fiscale à environ 30 millions au fédéral en 2018. Bien que la partie du crédit d’impôt la plus intéressante vise la première tranche de dons entre 0 et 400 $ (75 %), les donateurs peuvent bénéficier d’un crédit d’impôt maximal de 650 $ par an.

Or, 30 millions, c’est presque la somme qui aurait été versée aux partis, selon l’ancien mode de financement public, considérant que près de 18 millions de Canadiens ont voté en octobre dernier. En tant que contribuable, est-il mieux de financer des donateurs chaque année ou de financer des partis politiques sur la base du vote populaire à chaque élection ?

Mon budget de campagne avoisinait les 6000 $. Le financement public m’aurait garanti un coussin de 8000 $ pour la prochaine campagne et assuré une plus grande pluralité des voix dans le débat démocratique. Les dépenses maximales par candidat et par circonscription tournent autour de 100 000 $.

Qui va chercher un crédit d’impôt maximal ? J’ai un ami très proche des libéraux qui n’a pas pu me faire une contribution amicale parce qu’il avait déjà plafonné ses dons. Mon objectif était de 30 $ pour payer deux pancartes. Or, ce plafond annuel est de 1600 $ pour des partis ; 1600 $ pour des candidats ; 1600 $ pour une course à l’investiture. Sans rancune, mais je comprends maintenant mieux ses nombreux selfies dans les hautes sphères politiques. Au Québec, le plafond des dons est de 100 $ ou 200 $ par année électorale pour limiter la promiscuité entre les donateurs et les politiciens.

Les « feuilles de Bingo »

Chaque heure au jour J, les bureaux de vote peuvent remettre une « feuille de bingo » qui indique qui est venu voter. C’est une pratique avantageuse pour les partis, surtout ceux qui ont beaucoup de ressources et qui peuvent compter sur des « runners », mais n’est-ce pas une atteinte à la vie privée des électeurs ?

Si Élections Canada nous interdit de faire de la publicité le jour des élections et d’avoir des pancartes affichées près des bureaux de vote pour ne pas altérer le jugement des électeurs, elle ne devrait pas aider les organisateurs politiques à faire de la sollicitation au téléphone.

Ce n’est pas tous les candidats qui peuvent conserver leur emploi en raison de leur engagement politique, notamment en raison de conflit d’intérêts potentiel. Personnellement, je devais prendre un congé sans solde à partir du dépôt de ma candidature pour la course à l’investiture (trois mois), avec possibilité de retour après les élections. Une compensation devrait être envisagée pour attirer des candidatures, comme donner accès à l’assurance-emploi pour ceux qui ne peuvent pas être maintenus en emploi, au moins le temps de la campagne officielle.

Réforme électorale

Le débat revient couramment dans l’actualité, mais, faute de changement, le message mérite d’être martelé à nouveau : il faut une réforme du mode de scrutin.

Au Québec, le NPD a récolté 10 % des voix, mais n’a obtenu qu’un seul siège. Au niveau national, il a obtenu 16 % des votes, mais seulement 7 % des sièges. Les libéraux n’ont eu que 33 % des votes et pourtant 46 % des sièges : 36 sièges de plus que les conservateurs, même si ces derniers ont obtenu plus de votes populaires. Autrement dit, il a fallu 118 581 votes au NPD pour obtenir un siège ; et seulement 37 653 au PLC. Et on se demande pourquoi les citoyens sont cyniques ?

Il n’y a pas de chemin facile vers le changement, surtout dans un système aussi archaïque que le nôtre. Le pays est actuellement profondément divisé politiquement. Le gouvernement minoritaire forcera au moins les partis à collaborer, chose que les partis devraient faire depuis bien longtemps.


 
1 commentaire
  • Raymond Labelle - Abonné 9 décembre 2019 03 h 06

    À défaut d'une réforme du mode de scrutin...

    ...au moins le retour à un système de financement des partis politiques sur les principes de la loi québécoise?

    Comme le gouvernement de Jean Chrétien en avait institué une au niveau fédéral et qui a été en vigueur pendant quelques élections.

    C'est le gouvernement Harper qui y a mis fin.

    Le PLC ne se fait pas beaucoup chauffer les oreilles pour qu'on rétablisse ce régime - que font le Bloc, le PVC et le NPD (le PCC est contre, on le sait)?