Alliés des femmes, des hommes invitent à partager leur solidarité

«(...) Plusieurs hommes se sont montrés solidaires de cette lutte en soutenant diverses actions et divers programmes pour aider les femmes vulnérabilisées», soulignent les auteurs.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne «(...) Plusieurs hommes se sont montrés solidaires de cette lutte en soutenant diverses actions et divers programmes pour aider les femmes vulnérabilisées», soulignent les auteurs.

Aujourd’hui, le Québec se souvient de ce jour-là, le 6 décembre 1989, jour d’un attentat perpétré contre quatorze étudiantes de Polytechnique, parce qu’elles étaient des femmes. Saluons d’abord le dévouement du Comité mémoire de bénévoles, le soutien indéfectible de l’école et la solidarité continue envers les familles et les camarades endeuillées par ce féminicide.

À ces élans empreints d’humanité, des personnes alliées se sont mêlées. Parmi elles figurent non seulement des responsables oeuvrant en éducation et en prévention des violences sexistes et sexuelles, des hommes d’affaires, des philanthropes, des humanistes, mais aussi des pères, des conjoints, des hommes bienveillants et des citoyens solidaires.

En cette fin de période dite des « douzejours » depuis la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes (25 novembre), plusieurs d’entre eux signent ici cette lettre ouverte. Et nous invitons solidairement d’autres hommes, tous groupes d’âge confondus, eux aussi unis contre cette violence multiforme, à partager largement et sans modération cette lettre dans leurs réseaux sociaux et professionnels.

Encore sur-responsabilisées au sein de cette lutte, alors qu’elles l’ont très souvent déjà investie et menée individuellement, parfois collectivement, les femmes de la majorité ont manifesté un soutien additionnel à leurs soeurs autochtones disparues et assassinées. Faut-il rappeler que ces dernières sont également onze fois plus à risque d’être interpellées par le Service de police de la Ville de Montréal ? Outre la fréquence des interventions policières démesurées à leur encontre, la criminalisation d’itinérantes autochtones en rajoute aux femmes responsables venant en aide aux femmes.

Lutte à partager

Depuis la vague de dénonciations des agressions à caractère sexuel (#MeToo / #MoiAussi), plusieurs hommes se sont montrés solidaires de cette lutte en soutenant diverses actions et divers programmes pour aider les femmes vulnérabilisées. Certains ont contribué à l’idéation d’actions nouvelles et bonifiées, comme la tenue d’un Forum sur la violence à l’égard des femmes et des filles et son impact sur les enfants.

Nous rêvions déjà de rendez-vous plus réguliers permettant d’impliquer d’autres acteurs de changement engagés dans l’élimination de ces violences. Polymorphes, ces violences touchent néanmoins davantage certaines femmes, qu’elles soient autochtones, itinérantes ; qu’elles aient un statut précaire, un problème de santé mentale, de consommation et/ou de prostitution ; qu’elles vivent avec un handicap ou avec le VIH ; qu’elles soient victimes de cyberviolence, de sextorsion, etc.

Nous ne pouvions alors que nous réjouir de voir figurer parmi les recommandations du rapport faisant suite à ce forum l’adaptation des services de première ligne aux réalités spécifiques de femmes particulièrement marginalisées et la mise sur pied de plus de services de deuxième ligne pour sécuriser, accompagner et autonomiser l’ensemble des femmes victimisées.

Ces mesures adaptatives urgentes rejoignent d’autres enjeux récurrents : le financement, la formation/sensibilisation et le partage de bonnes pratiques d’intervention et d’outils d’analyse propices à apporter une meilleure réponse aux violences faites aux femmes.

Ce n’est en effet que par un financement conséquent et récurrent que les politiques publiques pourront changer significativement la « vie des gens », des victimes de violence, comme des associations de femmes françaises ont dû le rappeler récemment au premier ministre du gouvernement Macron avant ses déclarations sur les mesures d’urgence.

Actions à entreprendre

S’il faut saluer l’adoption française d’une plateforme géolocalisant les logements disponibles pour le placement des femmes victimes de violence conjugale par les professionnels d’intervention et celle d’un bracelet électronique inamovible mis aux conjoints reconnus violents (comme en Espagne), ne faut-il pas déplorer la réponse de certains médecins face à la dangerosité des violences conjugales pour les femmes ?

Une réponse qui peut sembler inflexible, pour ne pas dire inadaptée, comme si le secret professionnel pouvait ne pas requérir des mesures exceptionnelles et comme si l’on pouvait s’abstraire du principe de précaution que ces violences imposent pourtant. Ces médecins justifient leur position au nom d’un respect inconditionnel du secret médical (qui ne pourrait être sujet à aucune levée circonstancielle). Il s’agirait d’une mesure qu’ils jugent inappropriée, paternaliste et dangereuse pour des femmes qui se retrouveraient re-victimisées par l’exposition aux conséquences d’un signalement médical éventuel.

Cette récupération d’un supposé « refus clairement exprimé » par une femme victime de violence conjugale, justifiant le maintien du privilège du médecin et de l’ordre médical établi, peut apparaître pour le moins discutable.

Si l’on peut déplorer un « manque de consensus » sur une définition claire de ces violences comme limite structurelle à la collaboration et au développement d’une politique adaptée aux besoins du terrain, on doit reconnaître que « la lutte antisexiste n’est pas seulement dirigée, comme la lutte anticapitaliste, contre les structures de la société, elle s’attaque en chacun de nous à ce qui est le plus intime et ce qui nous paraissait le plus clair » (Simone de Beauvoir, Les temps modernes).

L’intemporalité de ce propos et son invitation à maintenir une vigilance notre « vie durant » envers les droits des femmes en cas de « crise politique, économique ou religieuse » renvoie tant à la fragilité de ces « acquis » qu’au rôle des hommes pour les garder intacts, ainsi qu’à leur devoir de solidarité dans la mission antisexiste de l’école, pour que chacun y prenne enfin sa place, sans jamais empiéter sur celle de l’autre, des autres.

Ont également signé cette lettre : Michel Tremblay (dramaturge et romancier), Simon Boulerice (écrivain), Yannick Chapdelaine (comédien), Didier Julien (enseignant, UQTR et  Université Concordia), Rémi Fromentin (associé de recherche, CRCHUM), Georges Leroux (professeur émérite, UQAM), Robert-Paul Juster (Université de Montréal), Marc Lafrance (Université Concordia), Éric Charest (ENAP), Cédric Meyer (La gouvernance au féminin), Kévin Bergeron (travailleur culturel), Steeven Pedneault (Présâges), Alain Cacchione (professionnel des communications et du marketing), Ashraf Mohamed-Ahmed (architecte), Xavier Lecorgne (Ellio), Maxime Baril (Quintus), Patrick Verret (auteur-conférencier), Christian Adam (écrivain), Alain Labonté (auteur), Denis-Martin Chabot (auteur), Éric Nolet (citoyen).


 
1 commentaire
  • Martin Dufresne - Abonné 6 décembre 2019 20 h 12

    Quels rôles jouent aujourd'hui les hommes, au-delà du "NotMe" traditionnel?

    Dans le dernier paragraphe de ce texte passablement touffu, l'auteur lance une "invitation à maintenir une vigilance notre « vie durant » envers les droits des femmes en cas de « crise politique, économique ou religieuse » (et) renvoie tant à la fragilité de ces « acquis » qu’au rôle des hommes pour les garder intacts".

    Il est de bon ton pour des hommes de montrer patte blanche (ou "Ruban Blanc") chaque année, à l'occasion du 6 décembre, même si on peut s'étonner que la commémoration d'un des pires exemples de sexisme au pays serve ainsi à redorer l'image des hommes.

    Mais pour quiconque observe l'évolution actuelle des rapports de force entre hommes et femmes, les acquis que l'on tente de garder intacts (sinon de les accroître) sont plutôt ceux des hommes les plus sexistes. Lépine a fait école et le "masculinisme" fait plus de ravages qu'il y a 30 ans, avec des agresseurs avérés applaudis sur les plateaux télé.

    Plus discrètement, des pères violents qui auraient hier encore été éloignés de leurs victimes disposent aujourd'hui de "droits" de visite ou de garde (habituellement non surveillés) grâce à la moindre thérapie-prétexte ou théorie-bidon. Celles qui tentent de défendre les femmes et enfants menacées sont sommairement accusées d'un syndrome créé de toutes pièces: "l'aliénation parentale".

    La réalité même des femmes est de plus en plus battue en brèche.

    Forts de la nouvelle loi fédérale C-16, des violeurs peuvent aujourd'hui réclamer de purger leur peine dans un pénitencier féminin s'ils déclarent "s'identifier comme "femme"...

    Et il ne reste plus au Canada qu'un centre féministe de crise anti-viol qui résiste aux pressions de "servir les hommes", au risque du retrait de subventions essentielles.

    Plutôt que de s'attribuer un blanc-seing collectif, qui me semble vraiment un peu opportuniste, j'attends des hommes qu'ils constatent franchement bce mouvement de ressac qui prétexte "les droits des hommes" et qu'ils s'en désolidarisent ouverteme