Nous avons les moyens d’éradiquer le VIH

La stigmatisation associée à l’orientation homosexuelle et au VIH — notamment dans certaines communautés culturelles — participe à la réticence de consulter.
Photo: Getty Images La stigmatisation associée à l’orientation homosexuelle et au VIH — notamment dans certaines communautés culturelles — participe à la réticence de consulter.

Voilà plusieurs années qu’à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le VIH / SIDA, nous répétons que les moyens existent pour éradiquer le VIH. Comment se fait-il que nous ayons à récidiver le 1er décembre 2019 ? Quelles sont les barrières qui, dans les pays du Nord, freinent l’éradication du VIH en limitant l’accès au dépistage et au traitement ?

Plusieurs stratégies simultanées peuvent contribuer à l’éradication, mais malgré ces outils efficaces, il reste encore des obstacles à surmonter, certains que nous ne sommes pas parvenus à dissiper et d’autres, plus récents, issus de la mouvance sociale et géopolitique.

Les avancées scientifiques ont fait des progrès exceptionnels, mais il reste des zones d’ombre. L’éradication du VIH passe par la mise en place de deux types d’interventions simultanées : 1) dépister toutes les personnes vivant avec le VIH, les mettre sous traitement pour rendre leur charge virale indétectable et 2) prescrire la PrEP (prophylaxie pré-exposition) à toutes les personnes séronégatives à risque face au VIH, sachant que toute personne nouvellement infectée aurait pu être candidate à la PrEP. À ces stratégies s’ajoutent la lutte contre la stigmatisation et l’utilisation du condom.

Ces interventions sont-elles compatibles avec des obstacles tels que la mésestimation par les personnes concernées des risques encourus face au VIH, la crainte des médicaments (et de leurs effets secondaires), les difficultés d’accès aux soins et aux services ? La stigmatisation associée à l’orientation homosexuelle et au VIH — notamment dans certaines communautés culturelles — participe également à la réticence de consulter.

Réduire les barrières d’accès, c’est, entre autres, assouplir les corridors de soins, rejoindre les personnes au lieu d’attendre qu’elles se dirigent vers les services de santé. La clef du succès, c’est l’étroite collaboration entre les milieux cliniques et les milieux communautaires. Les organismes communautaires font la différence, nous rappelle le thème de la Journée mondiale 2019.

Stéréotypes

Il faut, en parallèle, accroître les connaissances des individus, sensibiliser et former les professionnels de la santé à la PrEP, dont l’efficacité varie entre 95 % et 99 %. Ces interventions sont sous-utilisées, y compris chez les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes.

Certains médecins sont mal à l’aise de parler de sexualité avec leurs patients ou résistent à l’idée d’aborder le sujet avec ceux-ci par peur de les stigmatiser en laissant sous-entendre une promiscuité sexuelle, stéréotype véhiculé par l’usage de la PrEP. Ces mêmes stéréotypes peuvent empêcher des personnes de demander la PrEP par crainte du jugement. Et, il faut malheureusement admettre que des médecins refusent de prescrire la PrEP comme d’autres refusaient de prescrire la pilule contraceptive il y a quelques décennies.

Au chapitre de la mouvance sociale, les dernières années ont vu l’arrivée de migrants au statut précaire qui a soulevé de nouveaux obstacles dans la prise en charge. D’une part, la santé (en particulier la prévention) peut ne pas figurer au rang des priorités de personnes dont l’exigence minimale est de se nourrir. D’autre part, le « système » de santé peut être perçu comme une oppression, une menace de renvoi dans le pays d’origine. Finalement, le système de santé demeure inaccessible à quiconque dépourvu de couverture (Régie de l’assurance maladie du Québec, Programme fédéral de santé intérimaire).

Attardons-nous sur ces derniers cas. Comment prendre en charge une personne migrante vivant avec le VIH qui ne bénéficie d’aucune couverture médicale ? Le système actuel ne permet ni de dépister ni d’effectuer les tests nécessaires pour suivre l’efficacité des traitements, qui, par ailleurs, ne sont pas accessibles aux personnes sans couverture. En collaboration avec le SIDEP+, des organismes communautaires et des programmes compassionnels de compagnies pharmaceutiques, nous avons développé des corridors underground de prise en charge. Chaque cas, unique, représente une longue série d’étapes laborieuses qui s’ajoute à un passé tragique. Ce devrait être un incontournable que tous les membres d’une société aient accès aux mêmes soins, quelle que soit leur couverture de santé.

En 1920, Charles-Edward Winslow publiait cette définition de la santé publique dans Science : « La santé publique est la science et l’art de prévenir les maladies […] par le moyen d’une action collective concertée visant […] à organiser des services médicaux et infirmiers en vue du diagnostic précoce et du traitement préventif des maladies. » Cette vision s’applique au contexte du VIH : dépister tôt, traiter tôt, prescrire la PrEP au plus grand nombre et prendre en charge les populations vulnérables.

Il est regrettable que la prévention soit le parent pauvre de la santé globale. Le VIH peut être éliminé si l’on prend les moyens de le faire.

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