Dehors, le clergé

«Il est convenu dans notre société que la séparation de l’Église et de l’État est un fait bien établi et accepté, même du côté du clergé», souligne l'auteur.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir «Il est convenu dans notre société que la séparation de l’Église et de l’État est un fait bien établi et accepté, même du côté du clergé», souligne l'auteur.

N’eût été la sagacité d’une journaliste du quotidien Le Devoir (« Le clergé écarté de l’ordre de préséance pour les cérémonies publiques au Québec », 22 novembre 2019), la nouvelle de l’exclusion de tout membre du clergé catholique romain de l’ordre de préséance du Québec aurait passé totalement inaperçue.

La journaliste ajoute même que c’est par la voie de son journal que la nouvelle a été communiquée au principal intéressé, le cardinal Gérald C. Lacroix, archevêque de Québec et primat du Canada. C’est vrai qu’une modification dans l’ordre de préséance, dont l’initiative relève de l’exécutif, ne change pas le monde… mais cela exprime une intention qui mérite d’être expliquée.

D’abord, rappelons brièvement que cet ordre de préséance est un instrument protocolaire qui désigne les personnes considérées comme importantes dans une société donnée. Conséquemment, il guide le gouvernement lorsque vient le moment d’établir un rang lors de prises de parole, de salutations dans les discours officiels et la place qu’occupent certains dignitaires dans les cérémonies officielles, notamment.

On comprend que l’exercice n’est pas simple à réaliser lorsque les valeurs, généralement adoptées par des segments de la population de plus en plus diversifiés au Québec, sont soumises à des évolutions profondes et rapides. Il en est ainsi du principe de laïcité de l’État, invoqué par une source citée par la journaliste pour justifier l’exclusion de tout représentant du clergé de l’ordre de préséance du gouvernement du Québec.

Cela est regrettable pour au moins deux raisons. D’abord, il est convenu dans notre société que la séparation de l’Église et de l’État est un fait bien établi et accepté, même du côté du clergé. Ainsi, nous pourrions bien reconnaître que la notion d’une préséance d’ordre protocolaire n’est plus considérée comme un droit, mais plutôt comme une marque de déférence pratiquée par une société qui sait reconnaître le rôle important de l’Église dans l’établissement des grandes missions de l’État (éducation, santé, services sociaux, coopération, notamment) qui ont conduit à la société évoluée, développée et prospère que nous connaissons aujourd’hui.

Ensuite, si l’importance que l’on accorde à certaines personnes dans l’Ordre de préséance repose sur leur degré de représentativité sociale, on peut difficilement ignorer que divers relevés statistiques révèlent que la grande majorité (certains disent 74,7 %, d’autres 90,7 %) de la population québécoise déclare être de confession catholique romaine. Alors, si l’on considère que l’archevêque catholique de Québec, cardinal et primat du Canada, s’avère le chef d’une des plus imposantes composantes de notre société, ne peut-on pas considérer plutôt mesquin, obtus et d’une grande incivilité de l’exclure, sans préavis ni consultation, de l’ordre de préséance du Québec ?

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27 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 29 novembre 2019 06 h 43

    Place aux ignares


    Tout à fait juste. Voilà ce qui arrive quand des ignares et obtus nous gouvernent.

    M.L.

    • Bernard Terreault - Abonné 29 novembre 2019 08 h 27

      Et l'Archevèque Anglican, dont le premier a été nommé par le roi d'Angleterre en personne autour de 1763, et le Grand Rabbin, et le Mufti (attention à l'antisémitisme et à l'arabophobie!) ?

    • Cyril Dionne - Abonné 29 novembre 2019 09 h 23

      Cher M. Lebel,

      Non, c’est dehors toutes les religions qui carburent aux amis imaginaires et qui sont très néfastes pour le bien de la société. Depuis quand celles-ci devraient avoir préséance sur le gouvernement du Québec? Depuis quand celles-ci pratiquent un rôle important dans l’établissement des grandes missions, en éducation, en santé, en services sociaux, en coopération et j’en passe?

      Il ne faudrait jamais oublié que les églises se sont insérées de façon hypocrite dans la société québécoise après la Conquête vu que toute l’intelligentsia française avait mis le cap ailleurs pour des îles de sucre. Et ce sont ces religieux qui ont profité des pouvoirs et ils ne se sont jamais gênés pour les prendre et en abuser. Les églises n’ont pas contribué aux missions de la société de facon gratuite; elles en ont profité. Elles ont maintenu une dictature et une censure sur le peuple québécois jusqu’à la Révolution tranquille.

      Il ne faut pas être gêné aujourd’hui pour revendiquer une politesse protocolaire dans les affaires de l’État connaissant fort bien tous les scandales sexuels qui émanent de cette même église. Combien de scandales sexuels avez-vous besoin avant de dire que cette église a été négative au point de vue sociétal? Et c’est l’archevêque catholique de Québec, cardinal et primat du Canada qui en sont responsables et qui cachent encore bien plus grand scandale. Depuis quand faut-il honorer une organisation qui se comporte comme des criminels et qui a les mêmes caractéristiques que la mafia qui pratique l’omerta?

    • Gilles Théberge - Abonné 29 novembre 2019 11 h 34

      « La laïcité (française) si mal comprise à Rome, consiste a respecter toutes les religions mais à n'accorder à aucune un statut particulier
      (SONOMA : Frédéric Martel, Robert Laffontl éditeur).

      C'est ça la laïcité monsieur Lebel. N'accorder de statut particulier à aucune.

      Aucune, ça veut bien dire aucune n'est-ce pas? Ainsi, toutes sont respectées.

      Et toutes, ça veut bien dire toutes n'est-ce pas...?

      C'est la conséquence de la loi sur la laïcité et c'est très bien ainsi!

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 30 novembre 2019 07 h 54

      « Place aux ignares » (Michel Lebel)

      Lesquels ?

      Si on tient compte de la réaction de l’évêque auxiliaire de Québec, citée dans le texte de Mme Sioui (A), on comprendra qu’il a utilisé un langage moins contraignant que courtois pour affubler sa pensée ou la pensée-volonté de l’Église de Rome au Québec sur ou concernant le nouvel « Ordre de préséance » !

      Place aux Ignares ?

      Bref ! - 30 nov 2019 -

      A : https://www.ledevoir.com/politique/quebec/567562/les-autochtones-a-la-place-du-clerge
      « Son collègue l’évêque auxiliaire à Québec Marc Pelchat a perçu dans la décision du gouvernement un signe qu’une « sorte d’esprit laïciste s’étend » au Québec. « On sent qu’il y a des pas de plus qui se font pour que la séparation [entre le religieux et le politique] soit encore plus grande. Et même, de nous rendre, je ne sais pas, peut-être même invisibles », a-t-il observé. » (Marie-Michèle Sioui, Le Devoir)

      Ps. : En passant, de Mémoire-Histoire sur ou concernant l’Enfance de Duplessis-Léger, le Gouvernement du Québec et certaines Corporations professionnelles se sont EXCUSÉS, sauf l’Église !

    • Michel Lebel - Abonné 30 novembre 2019 09 h 42

      Marcel Blais,

      Les ignares(Fafouin) sont les Legault et cie,c'est aussi simple que cela!

      M.L.

  • Marc Therrien - Abonné 29 novembre 2019 07 h 15

    Pardonnez-nous cette offense


    C'est notamment quand on constate comment l'Église catholique s'occupe des problèmes de pédophilie de ses prêtres en les traitant comme des péchés plutôt que commes des crimes qu'on réalise que les pouvoirs de celle-ci sont effectivement séparés des pouvoirs de l'État qui ainsi, peut très bien se passer de lui accorder préséance.

    Marc Therrien

  • Jean-François Trottier - Abonné 29 novembre 2019 07 h 39

    "qui sait reconnaître le rôle important de l’Église dans l’établissement des grandes missions de l’État (éducation, santé, services sociaux, coopération, notamment)"

    Reconnaître ou admettre que l'Église s'est bien servie au passage ?
    Ou bien qu'elle a empêché chaque fois qu'elle a pu la population d'avoir un régime démocratique aux vrais pouvoirs locaux, comme en 1837, ou de développer de vrais pourparlers avec les américains pour s'unir avec eux, en 1810?
    Pas que je sache si cette dernière option était souhaitable, mais ce n'était certainement pas le rôle d'une religion de décider de telles choses.

    On arguera qu'en d'autres temps se vivent d'autres moeurs. Eh bien dans ces autres temps que vous vivons aujourd'hui, une organisation-sangsue qui a utilisé autant ses représentants que ses fidèles pour s'enrichir et grossir son influence n'a pas plus de place, en tout cas ses gros bonnets et représentants officiels, dans une cérémonie, que n'en aurait un descendant du Kayser en Allemagne, quoi qu'ait pu "donner" la royauté à ce pays en terme de services essentiels.

    Je suis prêt à reconnaître les efforts des gens qui, sous la soutane, ont pu avoir le plaisir d'enseigner ou de donner des soins, certainement.

    Mais leurs patrons, les évêques, le pape et toute l'organisation toute faite d'humains malgré ses décisions pas très humaines ? Certainement pas.

    Ce sont les religieuses et religieux qui méritent l'admiration.
    Même et surtout ceux qui dès les années cinquante, voyant la profonde bêtise d'un système d'éducation où l'on additionnait des hosties avec des burettes, ont aidé de tous leurs efforts à modifier cet état de fait.

    J'ai beaucoup de reconnaissance, mais certainement pas envers l'Église.

    • Marc Pelletier - Abonné 29 novembre 2019 10 h 00

      L'auteur dit que 80 % des québécois déclarent être de confession catholique.

      En vous lisant M.Trottier, je constate cependant que vous utilisez beaucoup plus l'acide que l'eau bénite pour asperger les gens !

    • Gilles Théberge - Abonné 29 novembre 2019 11 h 36

      Je Vous conseille de lire SONOMA de Frédéric Martel monsieur Pelletier.

      Peut-être que ça vous ferait voir les choses autrement...

    • Jean-François Trottier - Abonné 29 novembre 2019 12 h 02

      M. Pelletier, seriez-vous des gens qui confondent religion et foi?

      La confession est un acte de foi, par une garantie de membership à cette organisation très humaine, uniquement humaine, qu'est une religion, qui se monnaye en influence?

      Cette organisation humaine a fortement contribué à conserver les gens de la nation québécoise encore plus pauvres en argent qu'ils ne l'étaient en esprit, en attitude qu'on disait humble mais qui était carrément prostrée.

      Ceci suite au pacte entre Londres et Rome (1766?), qui donnait les terres aux Anglais (et anglicans), et les âmes, voulues saintes au point d'être martyres, au pape.
      La collusion anglicanisme-Couronne était un fait établi depuis 230 ans. Le pacte entre Rome et Londres était tout neuf.
      Ne trouvez-vous pas étrange que les religions soient aussi dévouées à l'État, et que celui-ci les paie de leur écoute en échange?

      J'ai vu des "bons pères" sacrer en privé contre le maudit pouvoir de l'Église pendant qu'ils discutaient les idées de Paul Gérin-Lajoie pour un futur système d'éducation., eux pourtant si mesurés en d'autres temps. Leurs idées? Le système qui est né 6 ans plus tard.

      J'entends encore l'un d'entre eux dire que la philosophie ne se limite par à Augustin ou Thomas D’Aquin, et qu'il était écœuré de n'enseigner qu'à de futurs notaires. Il voulait des agronomes, lui! Et des physiciens. Pas l'Église, et elle manœuvrait en conséquence.

      La Grande Noirceur n'est pas un terme vain, monsieur. Elle est comparable à toutes les autres dans le monde et l'histoire, où une religion tient le haut du pavé et considère l'ignorance comme une vertu.
      Les religions portent à faux : elles disent dédaigner le pouvoir et les biens de ce monde, mais n'agissent que pour avoir le pouvoir et les biens de ce monde.
      Et bien sûr je ne parle pas du tout des fidèles. C'est l'organisation qui est faussée.

      Mon acide est un élixir en regard de ce que disait ce père, qui l'a vécu.

    • Jean-François Trottier - Abonné 29 novembre 2019 14 h 13

      Et j'aime les gens, c'est précisément pourquoi je n'aime pas ces organismes de pouvoir.

  • Johanne Archambault - Abonnée 29 novembre 2019 08 h 01

    Z’êtes pas tanné de parler de ça?

    C'est fini, justement. Les pendre, en plus, peut-être?

  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 29 novembre 2019 08 h 17

    Pas d'accord pantoutte

    «...reconnaître le rôle important de l’Église dans l’établissement des grandes missions de l’État (éducation, santé, services sociaux, coopération, notamment) qui ont conduit à la société évoluée, développée et prospère que nous connaissons aujourd’hui.»

    Ne serait-ce pas plutôt à partir du moment où la société québécoise s'est libérée du joug du clergé que cette société s'est mise à évoluer?

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 29 novembre 2019 13 h 25

      Incroyable que le Québec ait pu survivre après avoir été soumis si cruellement à tous ces esclavages. À défaut d'avoir une existence positive, se cantonner dans la posture de la victime.

    • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 29 novembre 2019 13 h 51

      @Desjardins
      Si l'on a vécu ce passé, il n'est pas surprenant qu'on ait eu le goût d'en sortir. La loi sur la laïcité est une suite logique dans le processus de maturation du peuple québécois vers la prise de responsabilité de son destin.
      Sus à la victimisation!