Il y a 50 ans naissait le Front de libération des femmes du Québec

Couverture du journal «Québécoises Deboutte!», novembre 1972
Photo: BANQ Couverture du journal «Québécoises Deboutte!», novembre 1972

Micheline Toupin fait partie du groupe organisateur de la manifestation des 200 femmes du 28 novembre 1969 contre le règlement 3926 de Montréal qui interdisait les manifestations, l’ancêtre du P-6.

C’est en leur nom et au nom de toutes les autres manifestantes — notamment Lise Landry et Suzanne Plamondon qui ont préféré la prison au paiement de l’amende – que nous commémorons cet événement historique resté à jamais gravé dans nos mémoires féministes. Et pour cause.

Avant 1969, il y a eu peu de manifestations « de femmes » au Québec. Le 28 novembre 1969 est l’un des rares moments où des Québécoises prennent massivement et illégalement la rue à la défense d’un autre droit essentiel : la liberté.

Liberté d’expression et de rassemblement à l’encontre d’un pouvoir despotique qui gouvernait Montréal. Filles d’un peuple « locataire et chômeur dans son propre pays », nous appartenions à une nouvelle génération de femmes : plus nombreuses à être instruites, politisées et engagées.

Non seulement ce sont des femmes qui les premières ont défié le pouvoir abusif de l’administration Drapeau-Saulnier à l’automne 1969, mais il faut savoir qu’elles répondaient à l’appel de nouvelles féministes. En effet, dans les mois précédant cette manif, un groupe de conscientisation féministe s’était formé autour de Naomi Brickman et de Nicole Thérien dans les locaux de la CSN, où cette dernière travaillait.

Deuxième vague

C’est dans ce groupe que naîtra le projet d’organiser une manifestation de femmes contre l’inique règlement. Et c’est dans ce groupe que germera l’idée de créer un front de libération des femmes. Pour s’en convaincre, il suffit de voir le bandeau identifié du sigle « FLF » porté par certaines manifestantes le soir du 28 novembre 1969.

Bref, plusieurs des instigatrices de cette manifestation — que rejoindront ensuite diverses militantes de gauche — sont celles-là mêmes qui fonderont le Front de libération des femmes du Québec peu de temps après. C’est pourquoi le 50e anniversaire de l’action mémorable du 28 novembre 1969 représente pour nous, anciennes militantes du FLF, le 50e anniversaire de naissance de notre mouvement. C’est donc un double anniversaire que nous célébrons aujourd’hui.

Avec le FLF, émerge sur la place publique un nouveau type de féminisme qualifié de féminisme de la deuxième vague ou de féminisme radical, celui qui s’attaque à la racine de l’oppression des femmes. Les féministes qui nous ont précédées rêvaient d’égalité et d’intégrer les femmes à la société sans en bouleverser les fondements.

Au FLF, nous rêvons d’une société tout à fait autre. Nous démasquons les enjeux politiques et économiques du domaine privé : dans la sexualité, la reproduction, le travail domestique et l’éducation des enfants. Nous remettons en question la socialisation des femmes et les assises traditionnelles de la famille et du mariage.

Pour nous, l’ennemi principal est le système patriarcal. Nous contestons une vision du monde construite par et pour les hommes, une forme de domination subtile et aliénante, intimement liée au colonialisme des capitalistes britanniques, anglo-canadiens et américains qui contrôlent et exploitent le Québec depuis 200 ans.

Car si la lutte des femmes contre le patriarcat est prioritaire pour nous, elle s’interconnecte aux luttes indépendantistes et socialistes comme en témoigne notre mot d’ordre : « Pas de Québec libre sans libération des femmes et pas de femmes libres sans libération du Québec. » En raison de notre triple objectif, nous nous sentons aussi très proches des femmes des mouvements de décolonisation ailleurs dans le monde.

Pionnier francophone du néo-féminisme québécois, le FLF a joué un rôle précurseur et fondateur. De jeunes Québécoises « debouttes » en prennent maintenant acte. C’est un 50e anniversaire vibrant de jeunesse que nous fêtons aujourd’hui !

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5 commentaires
  • Irène Durand - Abonnée 28 novembre 2019 08 h 09

    Merci Marjolaine

    Quel beau résumé, madame Péloquin, de l'émergence de ce mouvement toujours vivant malgré la complexité du monde, tel que nous le voyons maintenant. Le défi du futur sera la solidarité des femmes des divers courants féministes. Quoi qu'il en soit, il y a matière à célébrer cet anniversaire qui souligne un avancé vers la liberté des femmes et du Québec.

  • Marthe Savoie - Abonnée 28 novembre 2019 09 h 14

    Vous avez ouvert la voie

    Je ne peux que saluer le courage et la justesse des propos et actions du FLF, qui à l'époque chamboulaient les éminences grises à gauche qui voulaient que les changements du côté des femmes étaient, peut être nécessaires, mais secondaires à toutes les autres luttes, et qu'il nous fallait attendre, attendre et attendre encore avant de les porter au grand jour. Chapeau les filles!

  • Annie Marchand - Inscrite 28 novembre 2019 09 h 17

    Merci

    Votre texte fait état des luttes qu'ont mené des femmes courageuses. Aujourd'hui, des femmes doivent toujours se battre contre les violences qu'elles subissent.

    J'ajoute ces liens vers d'autres journaux qui relayent ce matin la prise de parole de la députée Christine Labrie concernant les messages haineux qu'elle et d'autres députées reçoivent via les réseaux sociaux. J'ignore pour quelles raisons le Devoir n'a pas jugé bon de diffuser cette nouvelle sur sa plateforme internet.

    https://www.lapresse.ca/actualites/politique/201911/28/01-5251538-violence-en-ligne-contre-les-femmes-des-messages-crus-lus-a-quebec.php

    https://www.journaldemontreal.com/2019/11/28/videocyberintimidation-les-deputees-regulierement-victimes-dinsultes-denonce-christine-labrie

    Si vous lisez les commentaires des internautes du Journal de Montréal, certains endossent carrément cette violence comme faisant partie du jeu politique.

    Il y a une forme de violence beaucoup plus subtile qui traverse notamment le fil des commentaires dans les différents médias québécois, sauf à La Presse qui les a tout simplement bannis, décision drastique. La plus commune est que nous, les femmes, ne comprenons rien, tactique qui vise à la fois à discréditer notre parole et à nous faire taire. Et cette tactique est présente partout, même au sein du Devoir... Je présume que le rôle de modérateur doit être très difficile à jouer.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 28 novembre 2019 17 h 34

    « une violence [sur] le fil des commentaires […] qui vise à discréditer [les femmes] Cette tactique est présente au Devoir...» (Annie Marchand)



    Eh bien! Le journal «Le Devoir» fait mousser la misogynie…

    En l'occurrence, votre commentaire vous discrédite fort bien, sans l'aide du Devoir.

    • Annie Marchand - Inscrite 28 novembre 2019 23 h 01

      M. Lacoste,

      Le Devoir n'a pas besoin de la faire mousser... Elle apparaît sans crier gare! Relisez mon texte. Je parle bien des interactions sur le fil des commentaires dans les différents médias. Je pourrais ajouter le fil des commentaires sur le site de Radio-Canada. Il ne faudrait quand même pas me prendre (ou me faire passer...) pour une idiote! Je sais bien qu'il n'existe pas de ligne éditoriale dans un tel cadre, ni de complot assassin!

      Comment est entrevue la parole des femmes versus celle des hommes sur ces forums? À partir de quoi peut-on juger qu'une parole dépasse le cadre de l'opinion? J'ajoute que le rôle de modérateur ne doit pas être facile à jouer.

      Dans les cas cités par Mme Labrie, il est clair qu'il y a misogynie. Or, il y a des paroles récurrentes que nous recevons les femmes, notamment celle que nous ne comprenons rien, tactique qui clôt toute possibilité de débattre, parole beaucoup moins percutante que celles reçues par Mme Labrie, on s'entend, mais qui use à la longue. Ce sont de petites formules subtiles qui passent incognito...

      N'est-ce pas curieux que je sois obligée de m'expliquer à ce point...