Rompre avec l’immobilisme

«Au lieu de miser sur un référendum dans un premier mandat, le PQ doit donc forcer la main du Canada anglais sur la Constitution», affirme l'auteur. 
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne «Au lieu de miser sur un référendum dans un premier mandat, le PQ doit donc forcer la main du Canada anglais sur la Constitution», affirme l'auteur. 

Au cours de son dernier congrès, les membres du Parti québécois ont clairement exprimé leur volonté de recentrer l’action du parti vers l’objectif d’indépendance. Tout le monde au PQ s’entend là-dessus. La question essentielle est de savoir comment.

La meilleure façon de manquer notre coup serait de se lancer dans une nouvelle séance de palabres. Combien de fois dans le passé, des ténors du parti ont appelé les militants à parler d’indépendance tandis qu’eux-mêmes multipliaient les mots comme souveraineté et pays dans leurs interventions.

Après chaque défaite, nous avons entendu qu’il fallait « mieux expliquer l’indépendance » ou encore que nous devions « sortir, parler, convaincre », pour reprendre une incantation qui était déjà employée quand je militais au PQ dans les années 1980, sans parler des formules comme « les conditions gagnantes », « la gouvernance souverainiste » et j’en passe.

Tout cela nous a condamnés à l’attentisme. On peut bien promettre les meilleures mesures du monde sur des sujets importants comme l’environnement, la santé, l’éducation, pour le Parti québécois rien ne remplacera des propositions concrètes pour réaliser la souveraineté. Si celui-ci n’incarne pas son combat pour la nation de façon tangible, il ne pourra rassembler les nationalistes de gauche et de droite et continuera de vivoter.

En ce qui touche l’indépendance, le geste concret par excellence est la tenue d’un référendum. Il y a dans la population une attente incontournable à ce que notre parti soit clair quant à ses intentions. Bien sûr, on doit parler de souveraineté, mais on doit surtout dire quand se tiendra le référendum pour la faire.

Certains choix sont ici possibles. On peut promettre un référendum dans un premier mandat, une option utilisée lors de notre défaite de 2007 ou prônée plus récemment par Martine Ouellet. On peut aussi se réfugier dans le flou. On refuse de s’engager et, en guise de faux-fuyant, on dit vouloir s’en remettre aux militants et / ou à la société civile. On a vu ce que cela a donné avec Pauline Marois en 2014.

La menace solidaire

La position floue était déjà la pire, mais elle fera encore plus mal au PQ en raison du nouveau discours de Québec solidaire sur l’indépendance. Toujours prompts à s’attaquer aux péquistes, les solidaires plastronnent : ils proposent de poser des gestes de rupture dès leur arrivée au pouvoir.

Par exemple un gouvernement QS empêcherait les institutions fédérales au Québec de fonctionner. Bien sûr, ils ne le feront jamais. D’abord parce qu’ils ne pourraient rien faire pour stopper les fonctionnaires fédéraux se rendant au travail. De plus, l’immense majorité serait en désaccord avec cette approche.

Mais devant un PQ qui se réfugierait dans l’indécision, le fade et le mou, les propositions fantaisistes de QS pourraient suffire à convaincre une partie des souverainistes qui sont toujours péquistes.

Comme je l’ai expliqué dans mon dernier livre, Après le naufrage, le PQ peut se démarquer de QS et des autres partis. Comme il est indépendantiste, il doit s’engager dans la contestation du régime fédéral. Comment ? En forçant une négociation constitutionnelle.

Bien sûr les fédéraux et les autres provinces n’ont aucune envie de parler du statut politique du Québec. Ils savent trop bien qu’une négociation remettrait cet enjeu au centre du jeu et c’est bien la dernière chose qu’ils souhaitent.

Depuis Meech, Charlottetown et 1995, ils n’ont de cesse d’endormir les Québécois en nous disant qu’il faut parler « des vraies affaires ». Mais nous pouvons leur forcer la main. En vertu d’une décision de la Cour suprême datant de 1998, tout ce dont le Québec a besoin pour forcer un nouveau round de négociation est d’une motion parlementaire votée par la majorité de ses députés. Il y aurait alors, suivant le plus haut tribunal, une « obligation faite à toutes les parties de venir à la table des négociations ».

Au lieu de miser sur un référendum dans un premier mandat, le PQ doit donc forcer la main du Canada anglais sur la Constitution tandis que le référendum se tiendrait dans un second mandat. La grande majorité des Québécois est contre le statu quo et contre la loi constitutionnelle de 1982 qui s’applique à nous contre notre gré. Il faut partir de cette situation.

À l’heure où la loi 21 est menacée par les tribunaux fédéraux, alors que notre langue recule, il est essentiel de faire en sorte que le multiculturalisme et le bilinguisme canadien cessent de s’appliquer au Québec, tout comme il importe de gagner des pouvoirs en immigration. Ces questions sont pressantes et seul un changement constitutionnel peut nous protéger. Il en va de la survie de notre nation.

J’ai la conviction que c’est en tentant de faire des gains, en faisant des gains, en menant le combat contre le régime que nos concitoyens se remettront à considérer l’indépendance comme une option pertinente, crédible et nécessaire. Pour que notre idéal puisse se réaliser un jour, il est toutefois primordial que le Parti québécois rompe avec les palabres et l’immobilisme.

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25 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 28 novembre 2019 02 h 14

    La même rengaine

    Cet hypothétique candidat à la chefferie du PQ fait comme les autres : il accuse QS de s’attaquer aux péquistes, mais n'attaque qu'un seul parti dans son texte, soit QS, mais aucun parti fédéraliste. La paille et la poutre?

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 28 novembre 2019 09 h 13

      M. Jodoin

      Oui, et ce M. Bastien se permet sans vergogne d'accuser les gestes de rupture de "fantaisies", tout en souhaitant "forcer la main du Canada anglais sur la Constitution tandis que le référendum se tiendrait dans un second mandat".

      Lieutenant zélé d'une armée défaite qu'il cherche à remobiliser, son unique chance est de récupérer les Solidaires qu'il méprise. C'est bien parti!

    • Jacques Patenaude - Abonné 28 novembre 2019 10 h 41

      D'accord avec vous le PQ et QS ne cessent de s'attaquer mutuellement et inutilement. Il faudrait parler de deux petits partis qui perdent leur temps à se concurrencer alors que l'électorat de chacun d'eux n'est pas compatible. Les deux partis sont aux antipodes sur toutes les questions sauf la souveraineté et encore. Pendant que ces deux partis ratatine à se combattre, ils oublient de s'attaquer ceux qui se partagent le pouvoir. On verrait ainsi si ces nains sont capable d'aspirer à gouverner avec un programme qui rallie l'électorat.

    • Cyril Dionne - Abonné 28 novembre 2019 14 h 19

      @ Lamy-Théberge

      Le Parti québécois n'a nul besoin des islamo-gauchistes, multiculturalistes et fédéralistes de QS. Ils ont deux fois le support de QS et sont en pente ascendante. QS, eh bien, c'est tout le contraire. C’est ce qui arrive aux girouettes et aux hypocrites.

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 28 novembre 2019 14 h 40

      @M. Dionne

      Des multiculturalistes fédéralistes, ils divisent donc le vote libéral : vous devriez applaudir, si votre propos était pour le moins sensé, et non simplement injurieux.

    • Cyril Dionne - Abonné 28 novembre 2019 16 h 24

      @ Lamy-Théberge

      Diviser le vote libéral, eux qui sont des fédéralistes et multiculturalistes, alors qu'ils s'annoncent comme des indépendantistes durant leur dernier enclave. Misère que c'est ridicule. Ils avaient pris soin de cacher toutes les femmes voilées et les Ève Torres, Dalila Awada, Nima Machouf, Vincent Marissal. Et annoncer la création d’une armée en plus d’une police secrète. Faut le faire; faut-il en rire ou en pleurer. Quels hypocrites.

      En parlant de sensé et de logique, le jour avant les élections, QS appuyait la position Bouchard-Taylor et ensuite, après le vote, ils l’ont renié. Et voilà où la baisse de 5% se situe. Et ce n’est pas fini pour eux.

    • Christian Montmarquette - Abonné 28 novembre 2019 21 h 01

      @ Cyril Dionne,

      "Le Parti québécois n'a nul besoin des islamo-gauchistes, multiculturalistes" - Cyril Dionne

      1 ) Québec solidaire n'est pas multiculturaliste, mais INTER-culturaliste, ce qui implique un devoir d'intégration.

      2 ) Québec solidaire, n'est pas islamiste, et va même plus loin que le PQ et la CAQ en matière de laïcité de l'État, notamment par l'abolition du financement public des écoles confessionnelles.

      3 ) Qu'est-ce qu'il y a d'islamiste dans le programme de Québec solidaire 2018?

      - Le salaire minimum à 15$ de l'heure ?

      - La gratuité scolaire du CPE à l'université ?

      - L'augmentation des prestations d'aide sociale ?

      - La réduction des tarifs de transport en commun de 50% ?

      - Une assurance dentaire pour tout le monde ?

      - Un régime de pension universel ?

      - La création de Pharma-Québec ?

      - L'augmentation des redevances sur les ressources naturelles ?

      - Des CLSC ouverts 24 heures par jour 7 jours sur sept ?

      - L’augmentation du nombre de paliers d'impôt pour une fiscalité plus équitable ?

      - La construction de 12,000 logements sociaux ?

      - La création d'une banque nationale du Québec ?

      * Extraits de la plateforme électorale et du cadre financier 2018 de Québec solidaire, endossé 3 économistes indépendants et appuyé par 65% des Québécois dans un sondage Léger.

      https://quebecsolidaire.net/nouvelle/cadre-financier-de-quebec-solidaire-les-versements-au-fonds-des-generations-seront-affectes-a-la-lutte-aux-changements-climatiques

    • Jacques Patenaude - Abonné 28 novembre 2019 21 h 17

      @Dionne
      "Ils avaient pris soin de cacher toutes les femmes voilées et les Ève Torres, Dalila Awada, Nima Machouf, Vincent Marissal"
      Est-ce que selon vous Vincent Marissal faisait-il parti des femmes voilées?

  • Léonce Naud - Abonné 28 novembre 2019 03 h 48

    L’obsession référendaire ou jouer l'avenir d'une Nation au poker

    Pour quelle raison le Québec ne deviendrait-il pas indépendant « à la canadienne » ? Le Canada actuel n’est rien d’autre qu’une ancienne colonie britannique devenue un Dominion puis graduellement un pays, un peu chambranlant mais pays quand même avec une armée, une marine et une aviation. Bref, les vraies affaires.

    Depuis un siècle et demi, une poignée de Canadiens anglais ont consacré leur vie à faire du Dominion of Canada une entité politique indépendante de la Grande-Bretagne. Le tout s'est finalement réalisé sans que personne ne pense à organiser quelque référendum que ce soit. Faut croire que la mentalité de ces braves gens n’était pas celle de joueurs de poker. D'ailleurs, si on avait demandé son opinion à la population du Canada, à savoir si elle désirait se séparer de la Grande-Bretagne, la majorité aurait sans doute répondu non...en commençant par les Canadiens français.

    Selon le Premier ministre Jean Lesage, en 1963 : « Les Canadiens français ont, dans l'ensemble, toujours perçu la Couronne comme leur protectrice. Les Canadiens français seraient les derniers à s'intégrer aux États-Unis. Ils demeureront dans le Commonwealth ». D’ailleurs, lors du coup de force de Trudeau père en 1982, le gouvernement de René Lévesque s’opposa fermement à la rupture du lien colonial qui unissait encore à cette époque le Canada à la Grande-Bretagne.

    Certains pays naissent de coups de poker. La plupart doivent cependant leur existence à des dirigeants qui préfèrent le jeu d’échecs. Au fait, qu'est-ce au juste que ce jeu ? Un roi, une reine, des tours, des cavaliers, des fous pas si fous que çà, des troupes, des stratégies. Les éléments de base des peuples ou des nations. De quoi donner des idées…

  • Jean Jacques Roy - Abonné 28 novembre 2019 06 h 18

    Ré-ouvrir la Constitution? Pourquoi?

    Monsieur Bastien développe un argumentaire où il déplore les conséqueces négatives pour le PQ de ce qu’il qualifie d’immobilisme. Bref, il reproche à son parti d’avoir cessé d’appeler à un référendum pour l’indépendance du Québec.

    Que propose-il au PQ pour reprendre l’initiative? Une élection et un mandat pour appeler à un référendum?

    Non. M. Bastien reprend le schéma électoraliste en 2 étapes de Lisée. Dans un premier mandat Lisée disait convaincre l’électorat à l’indépendance et appeler à un référendum dans un 2e mandat! Dans le scenario de M. Bastien, ce n’est plus ça. Le 1er mandat d’un gouvernement péquiste ne prépare pas à l’indépendace. Au contraire, PQ demanderait la re-ouverture de la Constitution Canadienne, la même que René Levesque a refusé de signer en 1982, Pourquoi?

    - Signer à condition d’encaster plus de droits provinciaux pour le Québec? Bref, vouloir ouvrir un processus de négociation pour assurer l’hébergement du Québec dans l’État canadien! Cette approche serait certainement applaudie par la CAQ!
    - Le ridicule serait de faire ouvrir la constitution. Ce étant, faire mine de négocier, et terminer le spectacle en déclarant aux constituants canadiens l’intention du PQ de faire appel à un référendum s’il est élu dans un prochain mandat!

  • Claude Bariteau - Abonné 28 novembre 2019 06 h 30

    Vous parlez d'indépendance en début de texte pour finir avec une négociation avec le Canada pour gagner des pouvoirs visant à protéger une « nous » ethnoculturel associé à la « survie de notre nation ».

    Vous devriez vous présenter au PLQ ou à la CAQ, deux partis fédéralistes qui n'ont rien à cirer avec l'indépendance, mais pour lesquels vos idées seraient les bienvenues.

    • Jacques Patenaude - Abonné 28 novembre 2019 11 h 30

      Ce que m. Bastien propose c'est le beau risque mais en annonçant d'avance qu'il vise l'échec de la négociation: Pas crédible pour 5 cennes. René Lévesque proposait au moins une négociation de bonne foi.

  • Jean Lapointe - Abonné 28 novembre 2019 06 h 51

    Frédéric Bastien est bien mal parti

    «Pour que notre idéal puisse se réaliser un jour, il est toutefois primordial que le Parti québécois rompe avec les palabres et l’immobilisme.» (Frédéric Bastien)

    Je trouve que c'est bien mal commencer pour faire accepter sa façon de voir en laissant entendre que ce qui a été fait a été mal fait. Et si c'était surtout pour d'autres raisons que tout ce qui a été fait n'a pas donné les résultats escomptés.

    Est-ce vraiment une bonne façon de se rendre populaire en commençant par faire des reproches?

    La proposition de Frédéric Bastien est discutable. Alors discutons-en. Personnellement j'y reviendrai plus tard.