Claude Béland 1932-2019: au-delà du Mouvement Desjardins, un idéal de société

Claude Béland, président du Mouvement Desjardins de 1987 à 2000
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Claude Béland, président du Mouvement Desjardins de 1987 à 2000

Déjà de nombreux commentateurs se sont prononcés sur l’héritage laissé par Claude Béland au Mouvement Desjardins. Sans nier son apport à ce grand complexe coopératif durant sa présidence, qui s’est étendue de 1987 à 2000, en s’attardant à son parcours de vie émerge un idéal d’une société plus juste, celle de démocratiser l’économie, de partager la richesse.

Dès sa tendre enfance, son contexte familial l’amène à être au diapason des besoins des autres enfants de la maison et à ne pas être tourné vers ses seuls besoins. Lors de ses études au collège Jean-de-Brébeuf dans les années 1940, par ses engagements étudiants et ses écrits, le jeune Claude témoigne d’une sensibilité au collectif.

Il est perméable à l’influence de son père, Ben Béland, comme le disait l’expression de l’époque, « homme d’affaires » engagé sur une base bénévole dans la fondation de la Caisse d’Outremont et du regroupement des caisses de Montréal. Claude fait d’ailleurs ses premières armes comme caissier à cette caisse.

Par la suite, dans les années 1950, fraîchement muni de son diplôme d’avocat, il développe une expertise en droit commercial et coopératif. Il met ainsi son savoir au service des chauffeurs de taxi et va aussi appuyer la coopérative de travail de l’imprimerie Harpell à Sainte-Anne-de-Bellevue. Ce travail se fait à l’occasion sur une base pro bono ; Claude Béland ne compte pas son temps.

Il sera également des premiers pas de la Fédération des caisses d’économie au début des années 1960 jusqu’à son intégration dans le Mouvement Desjardins au tournant des années 1970-1980. Sur une période d’un peu plus d’une vingtaine d’années, il facilite ainsi la naissance de ce regroupement francophone de caisses qui se constituent principalement en milieu de travail et veille à l’intégration des caisses anglophones, les credit unions. Il participe au Sommet de la coopération organisé en 1980 par le gouvernement Lévesque.

Parallèlement, avec l’idée d’exposer le plus grand nombre de personnes aux vertus de la coopération, il amorce une carrière d’enseignant à l’Université de Montréal et, question de combler un vide de connaissance, rédige coup sur coup un ouvrage d’initiation au coopératisme et un autre sur les procédures des assemblées délibérantes, mécanisme essentiel à la vie démocratique, qui, au fil du temps, va prendre son nom : le code Béland !

Ses convictions dans la coopération, il ne les limite pas à la grande organisation financière originaire de Lévis, mais souhaite les partager. Ainsi, peu de temps après son élection à la tête du Mouvement Desjardins, en 1987, il convainc les dirigeants des autres réseaux coopératifs et mutualistes de s’engager dans une grande réflexion sur l’apport de ces formes d’entreprises collectives au mieux-être des citoyens, qui donnera lieu aux états généraux de la coopération en 1992 et à l’adoption d’un manifeste sur la coopération.

Si, durant ses années au Mouvement Desjardins, il délaisse pour des raisons évidentes l’enseignement, il ne refuse jamais une invitation à aller rencontrer des étudiants. Habile communicateur, il sait faire passer le message. Je le vois encore en 1994, devant un groupe d’une cinquantaine de mes étudiants à l’UQAM, ravis d’avoir accès à ce prestigieux invité.

Le pédagogue n’est jamais loin ! Il prend la craie et résume au tableau de façon magistrale le modèle coopératif par les « 4 P » : une propriété collective ; un pouvoir ne s’appuyant pas sur le capital, mais sur la règle « d’un membre, un vote » ; un partage des résultats basé sur l’usage et non le capital détenu et un patrimoine inaliénable. Le message est limpide !

Dans son essai L’évolution du coopératisme dans le monde et au Québec (Fides, 2012), il démontre la tension permanente tout au long de l’histoire entre les forces de solidarité, de mutualité et qui oeuvrent pour le bien commun, et celles nourries par la quête de pouvoir, de contrôle au bénéfice d’un nombre restreint.

Même s’il reconnaissait que les dernières avaient tendance à dominer, il gardait foi en un avenir meilleur. La clé ? L’éducation à la solidarité, au bien commun, à une citoyenneté active. Peu de gens le savent, mais au cours des dernières années de sa vie, il appuyait un organisme engagé dans la promotion de la philosophie auprès des jeunes. On ne pourra lui reprocher d’avoir manqué de cohérence dans cet engagement exemplaire en faveur d’un monde plus juste qui s’est étendu sur une vie !

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4 commentaires
  • Yves Graton - Abonné 26 novembre 2019 07 h 24

    homme engagé

    Claude avait le profil d'un jésuite laicisé

  • Christian Dion - Abonné 26 novembre 2019 08 h 22

    Sans lui enlever tout le mérite de ses réalisations, M.Béland m'avait
    dessus lorsqu'il refusait de dévoiler le montant de son salaire à titre
    de président de Desjardins, une coopérative de surcroit.
    Christian Dion

  • André Côté - Abonné 26 novembre 2019 09 h 18

    Merci!

    Claude Béland, un personnage exemplaire comme on en trouve rarement.

  • Pierre Jasmin - Abonné 26 novembre 2019 10 h 23

    Merci. M. Girard

    Votre article me paraît essentiel, au moment où trop de témoignages semblent trahir le message coopératif de Claude Béland.