Des lits pour sauver des vies

L’accès aux refuges est encore difficile à Montréal.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir L’accès aux refuges est encore difficile à Montréal.

Vous êtes-vous déjà imaginé passer la nuit à –25 degrés, épuisé par le stress de la rue, le ventre creux par une alimentation défaillante et avec des vêtements humides, voire trempés ? Croyez-vous sincèrement qu’il est possible d’avoir accès à un refuge en claquant des doigts ?

La réalité est que l’accès aux refuges est encore difficile. Souvent, les personnes itinérantes souhaiteraient avoir accès à un lieu de répit, sans stress, à la chaleur, mais ce n’est pas toujours possible. C’est souvent le cas pour les personnes qui ne cadrent pas dans les critères d’accès des ressources, qui en sont bannies ou lorsque les ressources ne sont pas disponibles pour les accueillir.

Pensons par exemple aux personnes qui consomment des substances, celles qui ont un animal de compagnie, qui sont en couple, qui font partie d’une minorité sexuelle ou qui ont des troubles de comportement. Vous, vous n’auriez pas des sautes d’humeur dans ces conditions ?

Cette année à Montréal, l’offre de service hivernale est bonifiée, ce qui démontre une grande volonté de mettre en place un filet de sécurité autour des personnes itinérantes pendant les grands froids. Le problème est qu’à l’heure où ces lignes sont écrites les refuges affichent complet et fonctionnent au maximum de leur capacité. Pourtant, les ressources supplémentaires restent inaccessibles malgré le froid qui frappe la métropole, et ce, jusqu’au 2 décembre. Beaucoup de lits vides qui pourraient sauver des vies.

Rappelons qu’en période hivernale, les haltes-chaleur et l’unité de débordement offrent une solution aux personnes itinérantes qui sont réfractaires, restreintes ou bannies dans les refuges d’urgence en place. Il s’agit d’un lieu où la personne peut se reposer et se réchauffer.

Tous sont admis, même les êtres à quatre pattes. Dans ce cas, ces ressources à haut seuil de tolérance sont nécessaires bien avant le 2 décembre et elles devraient ouvrir 24 heures sur 24, mais c’est loin d’être le cas. Les gens doivent en repartir le matin à 7 h, même lors des grands froids. Pourtant, bien des provinces l’ont compris. À Toronto, les haltes-chaleur sont ouvertes dès le 15 novembre 24 heures sur 24. Et nous, dans la métropole, que se passe-t-il ? Et en région ?

Ce qu’il faut comprendre, c’est que, pour bien des personnes, ces ressources ne sont pas une solution parmi d’autres, mais la seule option qu’elles ont pour survivre. En ce moment, ce trou de service oblige les personnes itinérantes à devoir jongler avec des ressources limitées. Quand on indique -10, -15 ou -27 degrés ressentis au baromètre, nos capacités de faire face à ces conditions métrologiques sont restreintes, ce qui engendre de très grands risques pour la santé, la sécurité et l’intégrité des personnes qui y sont exposées. Certaines vont jusqu’à devoir se faire amputer à la suite de complications liées à une engelure ou même mourir d’hypothermie.

Cette situation est alarmante. Personne ne devrait être laissé derrière à aucun moment de l’année, été comme hiver. Nous devons arrêter d’exposer des personnes itinérantes à de très grands risques de mourir. Combien d’entre elles mourront cet hiver ? Aucune donnée du coroner ne nous permettra de le valider puisqu’elles sont inexistantes.

Les personnes itinérantes ne sont pas des citoyens de seconde zone ; il est crucial d’agir le plus rapidement possible afin que les ressources alternatives ouvrent dès les premiers froids. Tous ont le droit de vivre en sécurité et dans la dignité, et ce, durant toute l’année.

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6 commentaires
  • Robert Taillon - Abonné 19 novembre 2019 07 h 40

    Intégrité

    Si les administrations fédérales, provinciales et les villes mettraient enfin fin aux évasions fiscales et autres malversations, socialement on pourrait faire une différence pour protéger les plus faibles de la société. Si on considère ce qui se tramme actuellement, il suffit de prendre un peu de recul, il y aura surement encore plus de gens incapables de se loger dans les années à venir. C'est une honte quand on considère les revenus et les dépenses folles des administrations. Plus d'intégrité pour plus de justice sociale !

    • Jeannine I. Delorme - Abonnée 20 novembre 2019 21 h 22

      Bravo !

  • Maurice Amiel - Abonné 19 novembre 2019 09 h 02

    les ex-hôpitaux à la rescousse

    Puisque qu'un hôpital est par défintion dévoué à soulager la souffrance humaine, pourquoi ne pas remettre à cette vocation les ex-hôpitaux de la ville de Montréal en les transformant en lieux d'hébergement de secours à l'année longue?

    Merci
    Maurice Amiel, abonné

  • Carol Minville - Abonné 19 novembre 2019 09 h 22

    Ils aboutissent au urgence

    Quant les froids commencent, les SDF les plus vulnérables tentent leur chance dans les urgences des hôpitaux. Ils ont souvent des troubles psychiatriques, des problémes de toxicomanies et même parfois des troubles cognitifs sévères. Ils seront souvent tellement intoxiqué qu'il faut les couchés ou bien ils se diront suicidaires avec un plan ce qui oblige aussi de les coucher. Enfin ils utilisent toutes les subterfuges possibles pour avoir un peu de chaleur. Tout cela par manque de ressource comme vous l'expliquez si bien.

    Par humanité parfois on les laissent dormir dans les salles d'attentes. Mais c'est un pis-aller dont on ne veux surtout faire la promotion. Ce n'est pas la mission des urgences et souvent les administrateurs exigent l'application strictes des politiques.

    Cette utilisation des ressouces d'urgences est trés couteuses. Cette argent renvoyer dans des ressouces pour aider les SDF diminuerait certainement les couts de santé pour tout le monde.

  • Françoise Breault - Abonnée 19 novembre 2019 16 h 55

    Scandaleux

    Dire qu on se prétend civilisé!..

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 19 novembre 2019 18 h 40

    « passer la nuit dehors à –25Cº, épuisé, le ventre creux, avec des vêtements humides ? Croyez-vous qu’il est possible d’avoir accès à un refuge en claquant des doigts ?» (Les auteurs)

    Non pas en claquant des doigts, mais en cassant un carreau, après quoi j'attendrais la voiture de police pour que l'on me coffre au chaud dans une cellule.

    L'idée n'est pas la mienne, c'est une astuce que l'on entendait autrefois chez nos anciens clochards qui peuplaient le centre-ville de Montréal au début des années soixante et dix, à l'époque où une bonne part de ceux-ci étaient des vétérans de la Deuxième Guerre mondiale.