Le souverainisme, une flotte plutôt qu’un vaisseau amiral

La société et la politique ont changé, affirme l’auteure.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir La société et la politique ont changé, affirme l’auteure.

La formule est venue d’un participant à une rencontre des signataires de « Faut que ça bouge », une plateforme Web mise sur pied dans la foulée de l’annonce de ma décision de siéger comme députée souverainiste indépendante à l’Assemblée nationale, au printemps dernier. Je questionnais les jeunes présents, foncièrement souverainistes, mais orphelins politiques pour la plupart, sur la possibilité d’orchestrer un rassemblement de nos forces.

Il faut dire que la culture politique québécoise est fortement imprégnée d’un bipartisme longtemps installé sans broncher au coeur de notre histoire parlementaire. Nous avons été collectivement habitués à une certaine hégémonie d’organisations qui chapeautaient la promotion d’idées X ou Y.

Mais la société a changé.

La politique aussi.

La vérité pour le mouvement souverainiste, c’est qu’en mettant tous nos oeufs dans le même panier en cherchant constamment à recréer un prétendu « vaisseau amiral » de la cause, nous n’arriverons jamais à être au diapason d’une société qui, qu’on le veuille ou non, est de plus en plus fragmentée.

En ce sens, les différences idéologiques animant les souverainistes et les diverses formes d’approche et d’action politique préconisées ne devraient plus être considérées comme des tares au sein du mouvement, mais plutôt enfin comme des forces.

Dans mon nouveau livre Le projet Ambition Québec : s’organiser pour l’indépendance qui paraît ce mardi en librairie, je souligne que l’appui d’environ trois millions de Québécois sera nécessaire pour envisager une victoire souverainiste à moyen terme. Ce nombre est imposant. Nous devons en prendre pleinement conscience. Nous devrons multiplier les additions.

Éclatement

Plusieurs observateurs de la scène politique tournent en ridicule le nombre d’organisations ou de partis politiques souverainistes existant au Québec. Ce n’est pourtant que le résultat de ce qui se passe politiquement partout en Occident. Il y a de moins en moins d’hégémonie sur les grandes idées. Il existe de plus en plus de façons de rejoindre les gens, dans leur individualité et de leur parler. On peut déplorer ce phénomène, mais on ne peut certainement pas le nier.

Se rassembler, à l’époque qui est la nôtre, ne signifie donc pas dire et faire tous la même chose. Cela signifie plutôt viser le même port de destination. C’est pour cela que la vision d’une flotte, avec des membres et des moyens différents, qui se complètent pour naviguer ensemble au lieu de se lancer dans une guerre de compétition, est si intéressante pour le mouvement souverainiste.

Cette vision est facilement applicable au sein de la société civile souverainiste puisque, dans tous les cas, un appui gagné par une organisation n’enlève aucun appui à une organisation tierce. La difficulté est évidemment beaucoup plus importante lorsqu’on transpose cette même philosophie dans l’arène politique élective, où nécessairement, un vote de plus pour un candidat entraîne de facto un vote de moins pour un autre candidat.

C’est pour cela qu’en se confinant dans une logique où chaque parti souverainiste prétend rassembler l’ensemble, on ne peut pas avancer. Comme je le mentionne également dans mon livre, un jour, nous devrons envisager une façon d’y remédier, par une voie différente de celle qui a déjà été tentée, l’ultrapartisanerie des partis nous empêchant de la répéter.

Faudra-t-il pousser la pression sur les partis jusqu’à créer une structure se posant au-delà d’eux pour les convaincre d’embarquer ? La question devra se poser avec les acteurs politiques en place au moment où une telle démarche serait jugée nécessaire. À ce chapitre, les Organisations unies pour l’indépendance (OUI-Québec) joueront nécessairement un rôle crucial, par la nature de leur mission. Ils constituent la courroie naturelle de regroupement au sein du mouvement.

Sauf qu’une quelconque union électorale réunissant des souverainistes de toutes les tendances idéologiques n’est pas pour demain. Énormément de travail devra être investi pour que cela devienne possible. Pour créer ces conditions favorables à la navigation commune, nous devons pour l’instant retrouver nos fondements partagés, ceux qui nous unissent et qui nous inspirent dans la quête de ce pays auquel nous aspirons.

Bien que les partis continuent à jouer un rôle d’avant-plan sur la scène politique, je suis en ce sens persuadée que le renouvellement de l’action souverainiste se fera par l’entremise d’initiatives provenant de la base, des initiatives non partisanes favorisant la création et l’innovation. C’est ce à quoi je souhaite contribuer avec le projet Ambition Québec.

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35 commentaires
  • Claude Bariteau - Abonné 18 novembre 2019 07 h 16

    Avoir un même port en vue avec une flottille qui s’y dirige implique un minimum de coordination et des vues partagées le port atteint.

    C’est déterminant pour la mobilisation.

    Votre texte réfère à la flottille. Elle existe et se présente sous diverses formes. Si la coordination demeure à établir pour l’abordage, demeure aussi importante une idée partagée pour transformer ce port en pays.

    Ce point est majeur.

    Le port est l’État provincial du Québec. Le bateau amiral péquiste avait cette cible et le commandant faisait appel au peuple québécois pour en changer le statut.

    Or changer ce statut en celui d’un pays indépendant nécessite de créer un État indépendant qui pilotera le déploiement d’un régime québécois sur le territoire du Québec, par définition différent des régimes français, britannique et canadien.

    Comme alternative, il n’y qu’un régime républicain avec un système politique conçu et agréé par les membres des différentes flottilles qui émanent du peuple québécois et entendent prendre ce port dans le respect des règles de la démocratie définies au Québec.

    Pour que ça se fasse ainsi, ces membres doivent se définir en futurs citoyens et futures citoyennes de l’État indépendant du Québec, qui auront leur mot à dire dans la gouverne de l’État du Québec.

    Faut-il alors définir cet État avant l’abordage ?

    Selon moi, il importe plutôt que les membres de la flottille partagent quatre points essentiels mobilisateurs :

    1. un régime présidentiel ;
    2. une assemblée législative avec des fonds pour préparer des lois qui adopte des lois votés par des élus détenant collectivement un support majoritaire, que favorise un mode de scrutin proportionnel ;
    3. un exécutif qui rend des comptes aux élus ;
    4. des règles assurant au peuple un contrôle sur les élus entre les élections.

    Pourquoi ? Le faire avant peut compromettre l’abordage. Après ça permet de soupeser chacun de ces points, préparer un projet d’ensemble et obtenir l’aval des citoyens et d

  • Claude Saint-Jarre - Abonné 18 novembre 2019 08 h 11

    Constitution

    Vous êtes en faveur d'une Cobnstitution d'origine citoyenne, c'est-à-dire provenant de la souveraineté du Peuple. Mais ici vous parlez de la souveraineté de l'État. Celle du Peuple devrait précéder. Un processus constituant ouvert et non partisan est de mise aussi. Non?

  • Marc Therrien - Abonné 18 novembre 2019 08 h 25

    C'est le PLQ qui doit trembler un peu plus ce matin


    Il ne reste plus maintenant à la CAQ qu’à devenir ouvertement souverainiste elle aussi. Ainsi, si nous avions 3 partis, la CAQ, le PQ et QS, qui mettraient l’indépendance du Québec en avant-plan de leur action politique tout en présentant une allure différente que prendrait le pays rêvé, il ne resterait que le PLQ pour les Québécois qui tiennent encore à rester une province du Canada. En attendant, comme dans « En attendant Godot », il sera intéressant de voir les partis indépendantistes PQ et QS se battre soit pour accéder au statut de la 3ième opposition soit pour s’y maintenir aux élections de 2022.

    Marc Therrien

  • Claude Bariteau - Abonné 18 novembre 2019 08 h 27

    C'est le peuple et non les anges qui vont faire que l'État du Québec sera un État indépendant, de sorte que la souveraineté du peuple s'y affirme et la précède par l'expression de son choix.

    En démocratie, ça se passe ainsi. C'est différent d'un renversement militaire, d'une décision des parlementaires ou d'un groupe de conception qui a carte blanche. Une décision du peuple implique que le peuple, qui le créateur de l'État et demeure toujours souverain, adopte un système politique en conséquence dans un processus qui, en bout de piste, débouchera sur son aval.

    • Cyril Dionne - Abonné 18 novembre 2019 08 h 54

      M. Bariteau,

      Son projet d'une seule personne, elle, eh bien, c'est celui qui essaie de définir le sexe des anges indépendantistes. Mais vous pouvez être assuré qu'elle ne sera plus là à la prochaine élection. Les gens de son comté vont s’en débarrasser pour élire un ou une vrai.e indépendantiste la prochaine fois. Quelle hypocrite.

    • Claude Bariteau - Abonné 18 novembre 2019 09 h 54

      M. Dionne, mon commentaire s'adressait à M. Saint-Jarre, pas à Mme Fournier.

      Votre remarque à Mme Fournier me semble disproportionnée. Elle a choisi une voie difficile pour faire valoir une idée qui lui tient à cœur.

      Après les congrès du PQ et de QS qui ont fait de l’indépendance leur cible respective, son texte, qui annonce son livre, tombe à point.

      D’ici les prochaines élections, presque trois ans se seront écoulés et il est plus que probable que le contexte électoral du Québec ne sera plus le même et rien ne dit qu’il n’y aura pas des ajustements majeurs d’ici là auxquels elle aura contribué.

      Quant à son avenir politique, il lui appartient d’en décider. À date, elle s’investit à relancer l’idée d’indépendance tout en réalisant son travail de députée de Marie-Victorin avec honnêteté.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 18 novembre 2019 10 h 47

      @M. Bariteau

      Je suis d'accord avec vous, quand vous écrivez:Votre remarque à Mme Fournier me semble disproportionnée.".

      Moi aussi, j'ai été très déçu quand, une fois élue par et pour le PQ, elle s'est faite indépendante et faisant reculer le PQ au rang de 3e opposition.Cependant, il faut regarder en avant et l'idée d'un regroupement des forces est intéressante!

  • Jean-François Trottier - Abonné 18 novembre 2019 08 h 33

    Un sous-marin oui!

    QS a débuté sa vie active en réponse aux Lucides à Bouchard, et depuis attaque la PQ, le PQ et le PQ,

    Encore cette fin de semaine QS a tenu à faire un congrès sur le thème de l'indépendance pour gruger des votes au PQ en le qualifiant d'identitaire, comme si QS ne l'était pas bien plus!
    La stratégie de QS est faite pour que ça foire au premier mandat et ensuite accuser les "autres".

    Jamais il ne pourra y avoir coalition entre un parti humaniste comme le PQ et un parti idéologique qui déteste la moitié de la population comme QS. Rien à faire.

    Faudra un sous-marin.

    Un mouvement qui viendra du fond des eaux qui bougent sous celles qui stagnent, dont vous êtes peut-être une prédécesseure, et qui nous ramènera justement au fond de la question, qui est tant économique qu'administrative.

    Le Canada soutire du Québec mille fois plus qu'il ne lui donne, ne serait-ce déjà que parce que les Québécois sont les "méchants" du ROC, lui permettant de se donner belle image, lui, le "multiculturel" qui fait vivre les pouilleux que nous sommes.
    Mais les mines du Québec ne sont pas précisément à dédaigner, hein. Le Canada aimerait bien garder le Québec.... sauf les Québécois.

    Dans la réalité économique il coûte cher au Québec de rester dans ce carcan qui ne l'aide que sous forme de chèques, alors que c'est de structures et d'une vision différentes dont nous avons besoin.
    Du point de vue social, toutes les décisions viennent de Toronto ou ailleurs parce qu'il y a un énorme manque de capitaux locaux, c'est pire!

    Le Canada, pays "postnational", déteste tout ce qui est Nation, depuis les Premières jusqu'à la Québécoise. ben quin.
    Partout dans le monde on appelle ça un Empire. Celui-ci a encore des relents de Victoria, c'est dire!

    Un Empire, ça vit au dépends des parties.
    Ça nie les différences... sauf quand c'est folklorique. Des tites plumes, un ti-couteau...

    La base, le fond, le courant sous-marin, c'est l'économie.

    • Christian Montmarquette - Abonné 18 novembre 2019 13 h 54

      @ Jean-François Trottier,

      "Québec solidaire a débuté sa vie active en réponse aux Lucides à Bouchard, et depuis attaque la PQ, le PQ et le PQ.." - Jean-François Trottier

      Dans vos rêves Trottier, voici pour la CAQ :

      « Québec solidaire (QS) demande au premier ministre, François Legault, de ne pas utiliser les Québécois comme « cobayes » de l’« idéologie caquiste ». - Le Devoir

      À l’instar de l’ex-chef de gouvernement canadien Stephen Harper, M. Legault fait fi du consensus scientifique pour faire avancer des projets dont celui de troisième lien routier entre Québec et Lévis et celui de complexe de liquéfaction, d’entreposage et de transbordement de gaz naturel GNL Québec, a dénoncé le porte-parole masculin de QS, Gabriel Nadeau-Dubois, au terme du congrès 2019 de sa formation politique dimanche après-midi.

      La Coalition avenir Québec (CAQ) et QS ont des vues diamétralement opposées sur le Québec, a fait valoir le député de Gouin. « Une petite province sans ambition ou un pays qui voit grand. Un gouvernement qui nous divise, ou un projet de société qui nous rassemble », a-t-il affirmé devant un parterre de quelques centaines de personnes. Aux yeux de Manon Massé, la CAQ promeut « un nationalisme de peureux ». « La CAQ rêve du Québec d’hier. Nous, on est le parti du Québec tel qu’il est aujourd’hui." - Le Devoir

      Et voici pour les libéraux :

      C'est sous ce lien et directement de l'Assemblée nationale:

      http://www.assnat.qc.ca/fr/video-audio/archives-pa

    • Christian Montmarquette - Abonné 18 novembre 2019 15 h 38

      Le lien ne fonctionne pas, en voici un autre.

      Et voici pour les libéraux :

      C'est sous ce lien et directement de l'Assemblée nationale:

      http://www.assnat.qc.ca/fr/video-audio/archives-pa

      .

    • Jean-François Trottier - Abonné 18 novembre 2019 15 h 53

      M. Montmarquette, je vous interdit de me nommer sans précéder mon nom de Monsieur, dans son abréviation usuelle.

      Vous ne démontrez que le peu de respect que vous avez des autres. Ceci est une tentative bien stupide de faire monter le ton dans ces pages, l'une de vos répugnantes méthodes depuis des années.

      Et ensuite, lisez les réseaux sociaux. Et rendez vous à l'évidence.

      Ouo bien, lisez vos propres commentaires ici, tiens!

    • Christian Montmarquette - Abonné 18 novembre 2019 17 h 02

      '"Je vous interdit de me nommer sans précéder mon nom de Monsieur" - Jean-François Trottier

      Le respect, c'est comme le reste, ça se mérite.

      Le minimum, quand on veut le respect des autres, c'est de commencer par le pratiquer soi-même.

      On ne traite pas ses adversaires de menteurs à répétition en exigeant du repect par la suite.

    • Jean-François Trottier - Abonné 18 novembre 2019 17 h 43

      M. Montmarquette, au cas où vous feriez semblant de ne pas comprendre,

      Vous qui lancez des références partout pour donner de la crédibilité à ce que vous dites tout en sachant d'avance que personne ne les lira, je n'ai nul bbeson de vous pour trouver les débats de l'Assemblée Nationale.

      VOus savez aussi bien que moi que presque personne ne les lit, et bien peu de persdonnes les écoute.

      Ce que QS cherche, c'est gagner des votes, en les soutirant du PQ puisque ce n'est pas à lda CAQ ou au PLQ que vous y arriverez. QS, et vous en particulier, faites ce travail de sape depuis 10 ans et plus, là où ça compte vraiment, i.e. dans les réseaux sociaux, auutour des tables des bars et là où vous trouvez votre clientèle privilégiée, qui disons-le n'a pas beaucoup d'expérience politique, s'pas?

      D'où entre autres vos nombreuses sorties d'un âgisme douteux. Doi-je vous citer ? Par exemple
      "Il faut dire que ça ne doit pas être facile de grimper dans les poteaux pour clouer des pancartes avec une moyenne d'âge de 61 ans"
      - C. Montmarquette, https://www.ledevoir.com/opinion/lettres/491956/l-offre-du-pq-traitee-de-haut-par-qs

      ...et ce n'est pas le seule, vous le savez. Vous avez aussi déjà démontré un vif dédain pour votre société :
      "Et ne me demandez surtout plus d'être fier dans une société qui me fait honte"
      C Montmarquette, https://www.ledevoir.com/opinion/idees/555624/la-caq-et-la-tragedie-linguistique

      Voilà une belle phrase qui paraît bien chez les ados qui envoient tout au diable le temps de se trouver leur propre position. Normal d'ailleurs, j'en ai eu trois, hé! Pour un parti ou un partisan comme vous, ben, ça dit qu'ils ne devraient pas faire semblant d'aimer les gens.
      Détester tout ou partie de sa société, c'est détester des personnes. "Inclusivement" je suppose?

      Revenons à vos petites attaques perpétuelles contre le PQ. Je n'ai jamais dressé uine liste de celles-ci. Y tenez-vous ?

    • Jean-François Trottier - Abonné 18 novembre 2019 18 h 25

      ...et je mérite le respect, comme tout être humain.

      Deux détestables petites tentatives pour que je réplique, vous n'avez pas honte, M. Montmarquette?

    • Jean-François Trottier - Abonné 18 novembre 2019 18 h 28

      En fait je ne comprends pas que Le Devoir laisse passer des attaques personnelles comme celles que vous me servez, M. Monmarquette.

      Je parle de vos propos, jamais de votre personne.

      Vous allez plus bas que tout. Votre détestation mérite une attention particulière.