L’importance des étudiants étrangers

L’accès au PEQ est un enjeu qui touchera un grand nombre de personnes détentrices d’un diplôme d’études de maîtrise et de doctorat. 
Photo: Michael Monnier Le Devoir L’accès au PEQ est un enjeu qui touchera un grand nombre de personnes détentrices d’un diplôme d’études de maîtrise et de doctorat. 

De nombreux professeurs d’université québécois ont appris cette semaine que plusieurs de leurs étudiants originaires de l’extérieur du Canada ne seront plus admissibles au Programme de l’expérience québécoise (PEQ).

Cette décision nuira à la recherche québécoise et à la capacité des universités québécoises à recruter chez nous les meilleurs étudiants au monde pour faire avancer les sciences, l’ingénierie, la santé, les lettres et la société. Nous demandons respectueusement que l’Assemblée nationale reconsidère ce changement de politique […].

Les étudiants diplômés devront avoir des diplômes dans des domaines particuliers déterminés par le gouvernement. Or, des étudiants provenant de l’extérieur du Canada sont et seront inscrits dans des dizaines de programmes de formation qui ne sont pas inscrits dans ces domaines.

Par exemple, dans la liste des domaines de formation admissibles au Programme de l’expérience québécoise (PEQ) – volet diplômés, on compte seulement sept diplômes de formation doctorale, qui sont principalement des formations de doctorat professionnelles comme en médecine et en optométrie.

Ces programmes sont de toute façon très contingentés et c’est l’offre de formation qui manque, pas les étudiants. Nous avons appris, au moment où la présente lettre était en rédaction, qu’une disposition de droits acquis a été ajoutée par les responsables au gouvernement, et que par le fait même, les modifications au programme ne seront pas appliquées aux étudiants dont le programme de formation est déjà amorcé.

Cela ne change pas notre position puisque nous craignons les effets à long terme des modifications. De plus, comme la liste des programmes admissibles sera mise à jour régulièrement, un étudiant qui étudie aujourd’hui dans un domaine inscrit sur la liste pourrait se retrouver à ne plus avoir accès au PEQ à la fin de ses études. Cela place les étudiants dans une situation d’instabilité constante quant à leur carrière future dans un contexte d’études déjà très exigeant.

Grande valeur

Nous croyons que les modifications des règles auront un effet dissuasif pour les étudiants étrangers qui voudraient venir étudier au Québec, effet qui du même coup réduira le pouvoir attractif de nos laboratoires et centres de recherche.

Indépendamment des répercussions de nature économique ou financière sur les universités, la science ne peut fonctionner à son plein potentiel dans un vacuum fermé. Cette mesure, qui amènera un cloisonnement des universités du Québec, aura un effet négatif sur la productivité, la créativité et la qualité de la recherche.

L’accès au PEQ est un enjeu qui touchera un grand nombre de personnes détentrices d’un diplôme d’études de maîtrise et de doctorat. À la Faculté des sciences et de génie de l’Université Laval par exemple, plus de 40 % des étudiants aux cycles supérieurs proviennent de l’extérieur du Canada […]. 

Ces étudiants étrangers sont sélectionnés par les chercheurs et leurs établissements pour les compétences qu’ils ont acquises dans leur programme de formation antérieure, l’excellence qu’ils ont démontrée dans leur cheminement, et leur potentiel de contribution à la recherche au Québec. Ils sont donc parmi les meilleurs de leur programme […].

Les étudiants chercheurs contribuent donc à la découverte et à l’innovation dans les domaines qui ont été jugés les plus méritants par les organismes québécois et canadiens. Ils sont donc une forme de main-d’oeuvre fortement qualifiée, mais qui, contrairement à des travailleurs sur le marché du travail, font leur travail pour des salaires minimes. Ils gagnent entre 15 000 $ et 25 000 $ pour des étudiants à la maîtrise et entre 18 000 $ et 27 000 $ pour des études au doctorat […].

Certains groupes de recherche, laboratoires et instituts québécois se verraient amputés d’une grande partie de leur main-d’oeuvre hautement qualifiée si on devait réduire le pouvoir attractif du Québec pour les jeunes diplômés du monde entier. Or, si ces jeunes chercheuses et chercheurs ne croient pas qu’il leur est possible de s’installer ici une fois leur diplôme obtenu, notre pouvoir d’attraction deviendra pratiquement nul.

Coût nul

Pourquoi offrir la possibilité de garder les étudiants étrangers aux cycles supérieurs au Québec après leur graduation ? Les étudiants qui arrivent de l’étranger pour faire leurs études au Québec ont environ 16 à 18 années de scolarité. Il s’agit donc d’étudiants dont la plus grande partie de la scolarité a été couverte par une autre société et est donc un coût nul pour le Québec.

En les accueillant, nous récoltons les fruits de cet investissement. De plus, en leur donnant la possibilité de rester ici, nous récoltons le fruit de notre investissement dans leur formation. En leur demandant de partir, c’est toute une expertise dans un domaine dont une autre société bénéficiera, ce qui sera donc une perte pour le Québec. Nous perdons donc sur deux fronts.

Les étudiants étrangers aux cycles supérieurs diplômants au Québec ont passé de deux (maîtrise) à quatre ans (doctorat) dans un milieu de travail ou de recherche qui a évalué, entre autres, leur capacité de travail et d’intégration dans un milieu souvent dominé par des Québécois. Leur diplomation est donc un gage de leur qualité professionnelle, mais aussi de leur capacité à s’intégrer dans la culture et la société québécoises.

Les étudiants étrangers aux cycles supérieurs diplômants au Québec n’immigrent pas seulement dans les grands centres, mais sont dispersés partout au Québec. Les étudiants étrangers ont donc déjà souvent franchi un des obstacles auxquels font souvent face les immigrants, celui de sortir des grands centres.

Les étudiants étrangers aux cycles supérieurs diplômants au Québec ont acquis des connaissances et des habiletés transversales qui les préparent pour un travail qui est beaucoup plus large que la spécialité de leur diplôme. Ils ont appris à travailler en équipe, à faire de la recherche, à innover, à réfléchir à des problèmes complexes, à faire de la gestion d’équipe, à développer des projets et à les financer. Ils sont prêts à devenir des travailleurs dans de nombreux secteurs autres que ceux définis par leur diplôme et inclus dans une liste limitée des domaines visés par les nouvelles normes. Une formation à la maîtrise dans un domaine non inscrit à la liste par exemple peut ouvrir la porte à un doctorat en médecine, qui lui y est inscrit.

De plus, l’adéquation entre formation et marché du travail n’est pas uniquement linéaire. Par exemple, en administration, certaines trajectoires forment des généralistes qui peuvent intervenir dans plusieurs milieux. Aussi, dans certains secteurs (par exemple le jeu vidéo), on recrute volontairement des gens ayant des profils très différents (historiens, étudiants en littérature) justement pour leurs connaissances précises ou leurs compétences de fond.

Et que dire des personnes qui, peu importe leur formation, ont envie de se lancer en entrepreneuriat ? Cela apporte aussi beaucoup à une société. Finalement, il est difficile, voire hasardeux de tenter de prévoir quels secteurs vont émerger et fleurir dans une province comme le Québec.

Au cours des dernières années, la recherche au Québec s’est internationalisée. Plus de la moitié des articles publiés par des chercheurs établis au Québec comprennent des auteurs d’autres pays que le Canada alors que ce nombre était de 35 % il y a 15 ans.

Nous croyons que le développement scientifique du Québec doit continuer de se faire, et que de diminuer le pouvoir d’attraction du Québec pour les étudiants étrangers va ralentir ce progrès.

En résumé, les nouvelles règles ne peuvent que nuire à l’avancement du Québec.

*Ce texte est signé par les professeurs de 14 établissements universitaires du Québec. La liste complète est publiée sur nos plateformes numériques.

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