Oui à la main tendue du premier ministre Legault

Le marché du travail est suffisamment ouvert pour justifier une révision du seuil maximal d’immigrants, selon les auteurs de cette lettre.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le marché du travail est suffisamment ouvert pour justifier une révision du seuil maximal d’immigrants, selon les auteurs de cette lettre.

Le premier ministre du Québec, M. François Legault, s’est dit ouvert à certains ajustements quant aux changements annoncés la semaine dernière en matière d’immigration. En tant qu’associations représentant les entreprises et les gens d’affaires, nous voulons saisir cette main tendue.

La première question que le gouvernement doit se poser a trait au seuil maximal d’immigrants qui seront accueillis au Québec. Les principaux problèmes que posent les nouvelles orientations découlent de cette limitation. Parce que le gouvernement se fixe une limite d’accueil de 52 000 immigrants à l’horizon 2022, il se voit contraint d’imposer des restrictions à diverses catégories d’immigrants économiques, la partie de l’immigration qu’il contrôle passablement.

Sans ce carcan du seuil maximal d’immigrants, le gouvernement ne serait pas obligé de réviser à la baisse les règles qui permettent aux étudiants et aux travailleurs étrangers temporaires d’accéder au Programme d’expérience québécoise, considérée comme une voie rapide et privilégiée pour obtenir le certificat de sélection du Québec.

Francisation

Nous comprenons que le gouvernement a voulu procéder à des ajustements afin d’accroître nettement le taux de rétention et d’intégration des immigrants à l’emploi. Ce travail a été accompli au cours de la dernière année. Les programmes de francisation et d’intégration ont été révisés, des ressources budgétaires et humaines ont été ajoutées et les processus de sélection des candidats à l’immigration et de traitement des demandes ont été revus. Bref, au terme de cette phase d’ajustement, il devrait être possible d’accueillir avec davantage de confiance et de succès un plus grand nombre d’immigrants afin de donner un coup de pouce à l’économie du Québec.

Par ailleurs, on ne contestera pas la volonté d’établir un lien entre les demandes d’immigration et les besoins du marché du travail. C’était une demande du monde des affaires. Mais vouloir choisir les étudiants qui auront droit au traitement accéléré de leur demande d’immigration sur la base de la liste des métiers en déséquilibre ou des professions demandées constitue un pari indûment risqué. Il faut savoir que ces listes, même si elles sont établies sur des bases rigoureuses, sont très restrictives, plutôt imprécises et qu’elles fluctuent dans le temps. Des métiers en équilibre théorique peuvent devenir très demandés dans un court laps de temps.

En plus des étudiants étrangers qui contribuent de façon importante au maintien des cégeps et des universités en région, les changements annoncés touchent également les travailleurs étrangers temporaires. Ils contribuent déjà à la croissance économique du Québec, ont déjà fait montre d’une capacité à s’intégrer et répondent à un besoin de main-d’oeuvre évident puisqu’un employeur a pris le temps et les moyens, parfois même avec l’appui du gouvernement, afin de le recruter à l’étranger.

Nous croyons qu’imposer de nouvelles règles aux immigrants, actuellement aux études ou à l’emploi et qui veulent demeurer au Québec pour y travailler, est une mauvaise solution. Proposer une période de transition permettant de laisser les étudiants étrangers actuellement au Québec déposer leur demande comme prévu aura probablement pour effet de dépasser le seuil maximal d’immigrants souhaité par le gouvernement. Mais si cela reflète un accroissement du nombre de personnes embauchées, l’économie du Québec ne s’en portera que mieux. Qui oserait s’en offusquer ?

Le marché du travail, dans l’actuel contexte de pénurie de main-d’oeuvre, est suffisamment ouvert pour justifier une révision du seuil maximal d’immigrants et un allégement des procédures de recrutement des nouveaux arrivants. Les entreprises déploient d’importants efforts pour maintenir le rythme de la croissance économique et c’est tout le Québec qui bénéficiera de l’apport de ces jeunes néo-Québécois, prêts à s’intégrer sur le marché du travail.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

1 commentaire
  • Mario Jodoin - Abonné 6 novembre 2019 00 h 45

    Pour une rare fois...

    ...je usis d'accord avec ces représentant.es du patronat!

    «Il faut savoir que ces listes, même si elles sont établies sur des bases rigoureuses, sont très restrictives, plutôt imprécises et qu’elles fluctuent dans le temps. Des métiers en équilibre théorique peuvent devenir très demandés dans un court laps de temps.»

    J'ai travaillé 20 ans dans ce domaine pour le fédéral, parfois en collaboration avec mes collègues d'Emploi Québec. Malgré la collecte de données qualitatives et quatitatives, il n'y a jamais de certitudes dans ce domaine. D'une part, les données utilisées sont fragiles encore plus quand on parle de celles par régions économiques. D'autre part, des prévisions, c'est difficle, surtout lorsqu'elles concernent l'avenir! Notre but était (et est encore) d'éclairer un choix de carrière, pas de décréter ce qui se passera. Ensuite, ce qui est bon pour les uns n'est pas nécessairement bon pour les autres. Une personne avec des contacts dans un domaine a priori pas très ouvert aura plus de possibilités qu'une personne sans contacts dans un domaine pourtant prometteur. Or, la caractéristique des étudiant.es en question est justement d'avoir développé des contacts.

    Bref, je suis bien content que jamais mes analyses n'aient servi à décider si une personne qui étudie au Québec doit rester ou partir. Et jamais ces analyses ne seront des bons outils pour ce faire.